‹ Œuvres complètes: comédies, vaudevillesChapitre 148 sur 165 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LOLOTTE; ROSELYN, entrant par le fond, entouré > TOUTES

LES Dames ; puis M. VERMONT.

TOUTES LES DAMES

AIR de la valse de Robin des Bois.

Qu'il est aimable !

LE MÉDECIN DE DAMES

C'est adorable...

Un trait semblable Sera cité; Et sa présence Nous rend d'avance Et l'espérance Et la santé.

ROSELYN, à madame de Cernay.

Combien j'admire Ce doux sourire !

(a madame Vermont.) Que votre empire A de douceur!

(a madame Raymond.) Vermeille rose, A peine éclose, A, je suppose, Moins de fraîcheur.

TOUTES LES DAMES

Qu^il est aimable ! etc.

Bonjour, bonjour!... j'ai cru que je n'arriverais jamais, je ne peux pas suffire, et pour échapper à deux ou trois belles clientes, j'ai été obligé de partir incognito ; ainsi ne me trahissez pas.

j^me RAYMOND.

Incognito, un médecin incognito ; c'est délicieux !

ROSELYN.

Oui, ça a quelque chose de mystérieux, on se croirait en bonne fortune, si on n'y était pas toujours, mesdames, quand on vient pour vous voir, (a madame Vermont.) Mais je vous fais compliment, vous avez ici une situation charmante; d'abord c'est très-sain, c'est beaucoup... quelle différence avec votre hôtel de la rue de Provence, où l'air est chargé d'azote !

M™® DE CERNAY

Qu'il est savant !

ROSELYN.

Moi! du tout, au contraire.

AIR de La Sentinelle.

Il le fallait jadis, mais maintenant Nous avons fait bien des métamorphoses... Il faut, sous peine ici d'être pédant, Cacher toujours le savoir sous les roses.

Sur les livres pourquoi pâlir ?

Le seul instinct et me guide et m'éclaire.

Et sans chercher à l'acquérir,

Moi j'ai trouvé l'art de guérir,

Comme vous trouvez Tart de plaire.

M. VERMONT, sortant du cabinet, une lettre à la main.

Ce qui me rassure du moins, c'est qu'ici à la campagne, nous serons à l'abri du docteur.

ROSELYN.

Pardon, je n'avais pas vu le maître de la maison, cet excellent M. Vermont.

M. VERMONT, étonné.

Parbleu! celui-là est trop fort! pas de congé, même le dimanche! (ii s'assied auprès de la table.) Votre scrvitcur, monsieur.

ROSELYN.

Votre irritation d'estomac n'a pas eu de suites ?

M. VERMONT

Non, monsieur.

ROSELYN.

Ces banquiers sont intraitables.

M. VERMONT

Qu'est-ce que c'est, monsieur ?

ROSELYN.

Je dis qu'on ne peut pas vous traiter, que vous avez une santé de fer.

(il tourne le dos à M. Vermont, et va causer bas avec madame Raymond.)

LE MÉDECIN DE DAMES

j^me VERMONT, allant à son mari.

Failes-lui donc politesse.

M. VERMONT

Apprenez que je ne flatte personne, je suis indépendant, je suis chez moi, (n se lève.) et vous allez voir...

ROSELYN, à madame Raymond.

Je vous remercie, elle va Ijeaucoup mieux.

M"^^ DE CERNAY

Qui donc?

ROSELYN.

Une de mes clientes, la femme du grand banquier, celui qui est chargé de l'emprunt.

M. VERMONT, vivement.

De l'emprunt ! il y en aura donc un?... Pourrait-on y entrer? à quelle époque? à quelles conditions? savez -vous tout cela?

ROSELYN.

Certainement : est-ce qu'on a rien de caché pour son médecin ?

M. VERMONT

Comme ça se rencontre ! moi qui voulais en prendre... Docteur, une partie de billard ?

Je vous remercie ; après déjeuner.

Mine VERMONT.

Comment 1 est-ce que vous n'avez pas déjeuné ?

ROSELYN.

Non, vraiment: est-ce que j'ai le temps?

M^^ DE CERNAY

Il serait possible ! mais voilà qui est affreux !

jVime RAYMOND.

C'est horrible à imaginer.

il.- XIV. 20

jyjms VERMONT.

Ce pauvre docteur !

LOLOTTE

Il n'a pas déjeuné !

jyime VERMONT.

Amanda! Dubois! Lafleur ! (a m. Vermont.) Mais voyez donc, monsieur, appelez vos gens.

M. VERMONT

Eh ! parbleu ! j'y vais moi-même ; nous avons là cette hure de sanglier...

ROSELYN.

Y pensez-vous? il y aurait de quoi me donner une gastrite, je sucerai une aile de poulet, une cuisse de faisan, ce qu'il y aura; mais ici dans le salon, pour ne pas quitter ces dames.

M. VERMONT

Je vais vous envoyer ce qu'il faut, et puis je vous attendrai au billard.

(il sort par le fond.)

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