SCÈNE V
Les MÊMES, excepté M. Vermont.
ROSELYN.
Mais, dites-moi, je ne vois pas votre charmante nièce, madame de Limeuil.
LOLOTTE, à part.
J'étais bien étonnée qu'il n'en eût pas encore parlé. (Haut.) Monsieur, selon Pordonnance, elle est malade dans son appartement.
ROSELYN.
Une poitrine si délicate, qui exige tant de ménagements !
(a madame de Cernay.) Et VOUS, belle dame, VOS vapeurS ?
LE MÉDECIN DE DAMES
j^me Dg CERNAY.
Je les ai toujours : mon mari ne veut pas me donner de voiture.
ROSELYN.
C'est affreux ! car enfin, la santé avant tout; j'en parlerai, et dès demain vous aurez une bonne berline.
M^e CERNAY.
J'aimerais mieux un landau.
ROSELYN.
A la bonne heure ! je dirai un landau.
(pendant ce temps, un domestique en livrée a placé sur un guéridon plusieurs plats et un couvert.) j^me VERMONT.
Allons, venez déjeuner.
(les dames entourent le docteur et le conduisent à la table. Il s'assied au milieu d'elles. Lolotte est seule sur le devant de la scène.)
AIR : C'est moi, c'est moi, etc. (Léocadie.) Ensemble.
TOUTES LES DAMES
C'est moi qui veux le servir; Pour nous quel bonheur! quel plaisir!
Oui, c'est moi, cher docteur, qui dois, en vérité, Servir la Faculté.
LOLOTTE
Comment î il se fait servir !
L'état de docteur est un vrai plaisir; C'est charmant, en vérité, D'être de la Faculté!
C'est moi qui dois vous servir ; D'honneur, tant de soins me feront rougir î Quel bonheur ! je dois, en vérité, Tomber aux pieds de la beauté.
LOLOTTE, à part pendant que l'on sert Roselyn. Que de frais ! que de prévenance !
Jamais on n'eut tant de bonté...
Oui, renonçant à la fierté.
Pour lui seul, hélas ! on dépense Soins et douceur et complaisance;
Puis, quand jvient le mari.
Ces dames n'ont plus rien pour lui.
Ensemble, TOUTES LES DAMES.
C'est moi, qui veux le servir, etc.
ROSELYN.
C'est moi qui dois vous servir, etc.
LOLOTTE
Vraiment il se fait servir, etc.
ROSELYN.
Un vin excellent^ car il est très-léger; je vous en demanderai encore un peu.
RAYMOND, lui versant.
Docteur, je suis inquiète sur Oscar, mon fils.
Si vous allez vous tourmenter, c'est très-mauvais pour une nourrice; il faut vous distraire, vous amuser; du reste, pour le petit bonhomme, de Feau de gomme, de la diète, beaucoup de diète... je vous demanderai encore une aile, (a madame vermont.) Vous, belle dame, toujours le même régime, et quant à cette jeune et jolie...
(Montrant Lolotte.)
LOLOTTE
Moi, monsieur, je ne suis pas malade.
ROSELYN.
C'est pour cela.
AIR : J'en guette un'petit de mon âge. (Les Scythes et les Amazones.)
Pour conserver cette jeunesse,
LE MÉDECIN DE DAMES
Cette fraîcheur, ces traits charmants,
(a M"^« Vermont.) Point d'hymen ! que rien ne nous presse, Du moins, encor deux ou trois ans...
LOLOTTE, à part.
Il faut, même sans qu'on y pense, Subir sa consultation, Et voilà ce pauvre Léon Compris aussi dans l'ordonnance!
SGÈlNE VI.
Les mêmes; UN DOMESTIQUE.
LE DOMESTIQUE
M. le colonel de Ramsay demande à présenter ses homma ges à ces dames.
j^me VERMONT.
Ce jeune militaire qui est notre voisin de campagne?
]^me RAYMOND.
Qui a une si belle fortune ?
LOLOTTE
Mieux que cela, qui est le colonel de Léon.
^me VERMONT.
Lolotte, je vous ai priée de ne plus parler de Léon, un petit fat, un étourdi qui me fait sans cesse des compliments sur ma santé, et me répète toujours que j'engraisse.
LOLOTTE
Dame ! c'est facile à voir.
jj^me VERMONT.
Alors, c'est inutile à dire. Quant au colonel, nous allons le recevoir j au salon; venez, mesdames.
(Elles sortent.)
ROSELYN.
Attendez donc que je vous donne la main.
LE DOMESTIQUE, l'arrêtant.
Monsieur, madame de Limeuil vient de sortir du bain, et comme elle a appris l'arrivée de M. le docteur, elle va descendre.
ROSELYN.
C'est différent, je ne souffrirai pas... je vais au-devant d'elle lui offrir mon bras, (a Loiotte.) Adieu, adieu, petite.
(il entre dans l'appartement à gauche.)