‹ Œuvres complètes: comédies, vaudevillesChapitre 23 sur 165 · ANTONINE, ESTELLE · texte numérisé non relu

ANTONINE, ESTELLE

ESTELLE

Que je suis heureuse, au milieu du fracas de celte journée, de me trouver seule un instant avec toi !

ANTONINE

Ma bonne sœur, toi à qui je dois tout, car enfin, c'est un sacrifice que de me laisser marier la première; ton mariage était arrêté avec M. Bonnemain, les billets de part envoyés, je crois même qu'un journal l'avait annoncé.

ESTELLE, riant.

C'est pour cela que ça n'a pas eu lieu ; mais tu ne me dois

LE PLUS BEAU JOUR DE LA VIE

pas de reconnaissance, car, s'il faut le dire la vérité, ce mariage-là m'aurait rendue bien malheureuse. Je te remercie de m'avoir enlevé ma conquête; c'est un service d'amie.

ANTONINE

Qui ne m'a rien coûté. Il est si joli de porter des diamants pour la première fois!

ESTELLE

AIR : Voulant par ses œuvres complètes. {Voltaire chez Ninon.)

Dans une heure l'hymen l'engage, Tu m'oublîras près d'un époux.

ANTONINE

Peux-tu tenir un tel langage?

Quelle différence entre vous !

Songe donc qu'en cette demeure, Toujours auprès de toi, voici Dix-huit ans que je l'aime, et lui, Je vais commencer dans une heure.

ESTELLE

Pauvre sœur! Fasse le ciel que cela dure longtemps!

ANTONINE

Et pourquoi pas ? avec un mari qui est riche, et qui no me refuse rien.,. Je ferai des toilettes magnifiques, j'irai dans le monde, je serai admirée, enviée : est-ce qu'il est d'autres plaisirs? Quant à moi, dans mes rêves, je me suis toujours représenté le bonheur entouré de cachemires et élincelant de pierreries.

ESTELLE

C'est singulier, ce n'est pas l'idée que je m'en faisais.

ANTONINE

Oh ! loi, tu n'as pas d'ambition, c'est une qualité qui te manque, et puis une tête trop romanesque : lu t'imagines qu'il faut être folle de son mari.

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