IL — XIV
ESTELLE, souriant.
Chacun a ses travers.
ANTONINE
Tu me rendras la justice de dire que j'ai respecté tes erreurs, et si jamais Frédéric paraît... il faudra bien qu'il t'épouse... Un jeune homme charmant... je ne dis pas non... l'ami de notre enfance, mais qui n'a pas de fortune, et puis qui demeure à Bordeaux. Comment veux-tu qu'on se marie par correspondance? Mais sois tranquille; je lui ferai avoir une place à Paris par le crédit de mon mari, et un receveur général doit en avoir.
ESTELLE, l'embrassant.
Que tu es bonne !
ANTONINE
Pauvre sœur ! ça ne sera jamais bien considérable, tu ne seras pas heureuse, tandis que moi...
AIR du vaudevile de La Robe et les bottes.
J'aurai toujours un brillant entourage.
ESTELLE
Moi, le bruit n'est pas de mon goût.
ANTONINE
J'aurai des gens, un superbe équipage.
ESTELLE
Moi, l'amour qui tient lieu de tout.
ANTONINE
Sans mon époux au bal j'irai sans cesse.
ESTELLE
Moi, je serai près du mien; nous aurons, Moi, le bonheur...
ANTONINE
Moi, la richesse.
ESTELLE
Dans quelque temps nous compterons.
LE PLUS BEAU JOUR DE LA VIE
ANTONINE, lui donnant un écrin.
En attendant, reçois ce gage d'amitié et de souvenir, c'est mon présent de noces.
ESTELLE
C'est trop beau ; tu t'es ruinée.
ANTONINE
Oh ! c'est avec l'argent de mon mari. Je suis bien fâchée de ne te donner qu'une parure en turquoises ; mais tu sais que, vous autres demoiselles, vous ne portez pas de diamants,
ESTELLE, souriant.
C'est juste ; il n'y a que vous autres femmes mariées.
ANTONINE
Fais-moi le plaisir d'avertir mes petits cousins, mes cousines, j'ai aussi des cadeaux pour eux.
ESTELLE
Voici déjà notre cousin Jules, et je vais t'envoyer nos bonnes amies.
(Elle entre dans la chambre à gauche.)