V AUDIO VILLE S
JULES, qui a regardé autour de lui si personne ne venait, s'approche de Bonnemain, et lui dit, à voix basse :
Monsieur, ça ne se passera pas ainsi.
BONNEMAIN
Hein I que me veut encore celui-là?
Apprenez, monsieur, que, parmi ses parents, ma cousine trouvera des défenseurs; et je vous demanderai pourquoi vous vous permettez de la chagriner ainsi.
BONNEMAIN
Il faut peut-être que je la remercie de ce qu'elle ne m'aime pas!
JULES, avec joie.
Comment, monsieur, il serait possible? ce serait pour celai
BONNEMAIN
Précisément.
JULES, cherchant à cacher sa joie.
Eh! mais il n'y a pas de quoi vous fâcher ni vous mettre en colère. Voyez-vous, mon cher cousin, il ne faut pas vous décourager ; cela viendra peut-être, sans compter que les apparences sont trompeuses.
BONNEMAIN
Ah ! vous appelez cela des apparences ! Un jeune homme qui l'aimait avant son mariage, et qui ici, devant moi, lui a remis un billet!
JULES
Que dites-vous?
BONNEMAIN
J'étais là, je l'ai vu.
JULES, vivement.
Il se pourrait! et vous êtes resté aussi calme, aussi tranquille! A votre place, je l'aurais tué.
r. E PLUS BEAU JOUH DE LA VIE
BONNEMAIN
A la bonne heure, au moins, en voilà un qui prend mes intérêts.
AIR de V Artiste.
Beau-père, belîe-mère, M'en veulent, je le croi; Et la famille entière Se ligue contre moi.
Lorsque chacun me blâme.
Quel serait mon destin, Si par bonheur ma femme N'avait pas un cousin!
JULES
Non, je n'aurais jamais pensé que ma cousine fût capable d'une telle perfidie ! Certainement, je croyais, comme vous me le disiez tout à l'heure, qu'elle ne vous aimait pas, qu'elle n'aimait personne ; mais supposer qu'elle a une autre inclination, c'est une horreur, c'est une indignité!
BONNEMAIN
N'est-ce pas? (a part.) C'est le seul de la famille. (Haut.) Allons, allons, jeune homme, calmez-vous, (a part.) En voilà un du moins que je peux recevoir chez moi sans danger.
(Lui prenant la main.) MoU COUSiu, mOU chcr COUSiu, VOUS êtCS
le seul qui m'ayez témoigné une amitié véritable, et j'espère bien que vous me ferez le plaisir de venir souvent chez nous, et de regarder ma maison comme la vôtre. Vous me le promettez? .
De tout mon cœur.
SGÈNE XI.
Les mêmes; M"^^ DE SAINT-ANDRÉ, ANTONINE, ES- TELLE, qui tient la lettre de Frédéric à la main. Ils sortent tous de l'appartement à droite.
M"^® DE SAINT-ANDRÉ, ESTELLE et ANTONINE.
Où est-il? où est-il? ce cher Frédéric!
BONNEMAIN
Et de qui parlez-vous donc ?
M"^^ DE SAINT-ANDRÉ
De cet estimable, de cet excellent jeune homme, celui qui tout à l'heure a remis ce billet à Antonine.
ESTELLE
Ce cher Frédéric !
ANTONINE
Ce pauvre garçon !
BONNEMAIN
. Eh bien, par exemple!
DE SAINT-ANDRÉ
Par malheur il n'a pas laissé son adresse.
ESTELLE
Eh! mon Dieu, non, et comment lui faire savoir...
I^me SAINT-ANDRÉ.
Mon gendre Fa vu, il lui a parlé, peut-être sait-il où il demeure.
BONNEMAIN
Et pourquoi faire, s'il vous plaît ?
ANTONINE
Il doit être si malheureux dans ce moment !
LE PliUS BEAU JOUR DE LA VIE
M^® DE SAINT-ANDRÉ
Il faut que nous le voyions.
BONNEMAIN, à Jules.
C'est fini, la famille est timbrée.