‹ Œuvres complètes: comédies, vaudevillesChapitre 45 sur 165 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les mêmes; AUGUSTE.

AUGUSTE, à la cantonade.

Dites donc, messieurs, attendez un instant, ne déjeunez pas sans moi; (Descendant en scène.) c'cst quà Tétudc, quand ils s'y mettent, la bouteille de vin et le pain sec vont joliment vite; le premier clerc surtout, c'est un fameux gastronome!

AIR du vaudeville des Dehors trompeurs.

Aussi, son appétit extrême

Souvent tient le nôtre en échec ; ■ '

LA CHARGE A PAYER

Car on fait des cabales, même Pour l'eau claire et pour le pain sec ! Du pouvoir dont il est la source Abusant, pour mieux s'en donner, Tous les jours il m'envoie en course Quand vient l'instant du déjeuner.

Tenez, mon patron, voilà ce contrat de vente que vous m'avez donné à copier.

ALEXANDRE

Il n'y a pas de fautes ?

AUGUSTE

Eh! non, monsieur! voyez plutôt. Cette fois-ci, je me suis joliment appliqué.

ALEXANDRE

C'est bien... (Usant.) oc Par-devant Alexandre Locard et son « confrère, notaires à Paris, sont comparus... L'amour que a j'ai pour vous me rend d'autant plus malheureux, que je « n'ose en parler à personne. » Hein ! Qu'est-ce que c'est que ça?

AUGUSTE

Ah! mon Dieu ! C'est une distraction. Je pensais à autre chose.

ALEXANDRE

Et une distraction sur papier timbré encore! Envoyez donc des actes comme ceux-là à l'enregistrement !

AUGUSTE

Ne vous fâchez pas, mon patron. C'est que^ voyez-vous, je suis amoureux.

ALEXANDRE

Qu'est-ce que ça signifie? J'avais défendu que dans mon étude... et puis je vous le demande, être amoureux à seize ans ! un troisième clerc !

II, - xtv.

AUGUSTE

Et pourquoi pas? Gomme s'il fallait pour cela être de la chambre des notaires î

; Voulant par ses œuvres complètes. {Voltaire chez Ninon.)

A l'amour les clercs sont fidèles, Chacun d'eux doit être léger ; Le dieu d'amour porte des ailes, Dit la chanson, pour voltiger ; Si de cette ancienne coutume L'amour ne s'écarte jamais, Oïl trouvera-t-il des sujets, Si ce n'est chez les gens de plume ?

Je n'ai rien, je le sais; mais je travaillerai. Je peux parvenir ; et, dans quatre ou cinq ans, jugez de mon bonheur, si je puis lui offrir ma main, si je peux l'épouser ! Il doit être si doux d'épouser celle qu'on aime, n'est-ce pas, mon patron? n'est-ce pas, madame?

M.^^ L0C\RD, qui était assise auprès de la table, se levant et allant à Auguste •

Il suffit, monsieur ; et, au lieu de venir causer au salon, vous feriez mieux d'aller à l'étude.

AUGUSTE

Vous avez raison, je retourne au travail; mais c'est que, voyez-vous, quand je parle d'elle, ça me fait tout oublier... Justement, madame, une lettre pour vous qui vient d'arriver. Adieu, mon patron, vous effacerez deux phrases, douze mots rayés, nuls. Je vais achever mon déjeuner.

(il sort.)

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