‹ Œuvres complètes: comédies, vaudevillesChapitre 46 sur 165 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

M"^^ LOGARD, ALEXANDRE.

Est-on heureux d'être troisième clerc ! Je ne sais pas

LA CHARGE A PAYER

comment font ces petits gaillards-là, ils sont toujours gais ; moi, je n'ai jamais le temps.

LOCARD, ouvrant la lettre.

Mon ami, c'est un autre parti qu'on nous propose, une fille unique ; la fille de madame de Beaumont, que vous connaissez. Vous l'avez vue l'autre semaine dans un concert.

ALEXANDRE

Ah! oui ! cette demoiselle qui chantait faux.

M"^^® LOCARD.

Qu'importe î on ne se marie pas pour chanter.

ALEXANDRE

Vous avez raison , et j'aimerais mieux celle-là.

M"^^ LOCARD.

Écoutez, écoutez. (Lisant.) « Madame de Beaumont, qui est « la veuve d'un procureur, ne peut pas souffrir les avoués ; « et comme elle a de l'ambition, elle ne veut pour gendre « qu'un notaire. Elle donne deux cent cinquante mille « francs... »

ALEXANDRE

Il n'y a pas à hésiter ; cinquante mille francs de plus î

Et puis une musicienne !... (continuant à iîre.)« Elle donne « deux cent cinquante mille francs , mais payables dans « six mois. Il lui est impossible de compter la dot avant a ce terme. » Ah !mon Dieu ! voilà qui dérange tout.

ALEXANDRE

Il serait possible !

M™^ LOCARD.

Eh! oui, sans doute ! puisqu'il vous faut votre argent dans trois mois ; puisque, pour payer votre charge, nous n'avons devant nous qu'un trimestre.

ALEXANDRE

Si ça n'est pas désolant ! une femme qui me convenait

SOUS tous les rapports, une femme de deux cent cinquante mille francs, à laquelle il faut renoncer, et tout cela parce qu'on est pressé !

LOCARD.

Ah! mon Dieu, oui I II faut revenir à l'autre, qui, du reste, offre aussi de grands avantages. Gomme je vous le disais, Fonde est un riche manufacturier que vous connaissez de nom, M. Durand de Saint-Quentin.

ALEXANDRE

Eh! mon Dieu, oui! et Ton me parlait, l'autre jour, de mademoiselle Élisa, sa nièce, une demoiselle charmante.

M°^® LOGARD.

Vous voyez bien.

ALEXANDRE

Mais C'est qu'on disait qu'elle avait une incHnation.

M"^« LOCARD.

Propos en l'air! Voulez-vous, oui ou non, vous en rapporter à moi ?

ALEXANDRE

Eh I oui, ma chère maman î Je sais bien que vous m'aimez, que vous m'adorez, que vous ne voulez que mon bonheur ; aussi je me laisse guider par vous, qui, du reste, avez bien plus de tête que moi.

M«^^ LOCARD.

Eh bien ! M. Durand doit venir aujourd'hui dîner, et pour le décider...

ALEXANDRE

Est-ce qu'il ne l'est pas encore ?

M"^® LOCARD.

Eh! mon Dieu, nonl et c'est pour cela que je l'ai invité, ainsi que sa nièce, votre prétendue... Mais comme vous êtes fait ! Mettez-vous donc à la mode. Voilà une cravate comme on n'en porte plus, et vous êtes en arrière de trois mois.

LA CHARGE A PAYER

Ne faudrait-il pas mettre un pantalon à la Jocko^ et un chapeau à la Robinson ?

M"'^ LOCARD.

• Eh bien, oui I Mais allez donc ; j'attends M. Durand; qui peut arriver d'un moment à l'autre.

ALEXANDRE, en s'en allant.

C'est joli, un notaire à la Jocko !

M"^^ LOCARD, seule.

AIR du vaudeville de La Somnambule.

Quelques gens qu'un faux zèle excite, Toujours prompts à moraliser, Pourront critiquer ma conduite Et d'égoïsme m'accuser; Mais dans mes desseins je persiste ; Jamais, quel que soit leur avis.

Une mère n'est égoïste.

Car son bonheur est celui de son fils.

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