SCÈNE VIII
ALEXANDRE, M^^« LOGARD, M. PLACIDE.
M"^® LOCARD, allant à Alexandre, qui, pendant toute la fin de la scène précédente, est resté près de la cheminée, la tête appuyée dans ses mains.
Mon fils, prenez donc garde : c'est un client.
(Alexandre se lève et salue M. Placide.) PLACIDE.
C'est un ami de collège qui m'envoie à vous, M. Martin.
M"^^ LOCARD.
Ahî oui... (Bas à Alexandre.) Ce gros imbécile qui vous a prêté des fonds.
ALEXANDRE
Soyez le bienvenu, monsieur.
PLACIDE
On m'a dit que je pouvais m'adresser ici en toute confiance. Je suis M. Placide. J'habite Fonlainebleau, où j'ai une succession. , *
ALEXANDRE, rivement.
Une succession!
PLACIDE
Oui, monsieur; j'ai perdu un arrière-cousin; j'ai cru que j'en mourrais...
M^^ LOCARD.
De chagrin?
PLACIDE
Non, de fatigue. Qu'une succession est une chose terrible à recueillir! que de peines! que de soins! pour moi surtout qui n'aime pas à me déranger! Enfin, j'y ai résisté; j'ai pris mon parti et mon argent; et je me trouve avec cent mille écus dont je ne sais que faire.
Scribe. — Œuvres complètes. II"if^ Série, — l^^e Vol. •— 7
M*^® LOGARD.
Cent mille écus I
PLACIDE
Ils sont là, et ça me pèse terriblement, quoique ce soit en reconnaissances sur la banque de France. Je voudrais donc trouver quelque bon emploi de mes capitaux; car ils ne peuvent pas toujours rester placés dans ma poche.
ALEXANDRE
Prenez du tiers consolidé à 101 fr. 50 c.
PLACIDE
C'est trop cher; et puis d'ailleurs toute ma fortune est déjà en rentes sur l'État. Dieul que les pauvres capitalistes sont à plaindre ! Depuis ce matin, ma tête travaille. Je suis sûr que j'ai un commencement de fièvre cérébrale.
M"^^ LOCARD.
Allons, allons, cessez de vous tourmenter. J'ai une proposition à vous faire. Nous sommes bien aises de répondre à la confiance de votre ami et à la vôtre.
PLACIDE
Madame...
M*® LOGARD.
Si vous voulez, mon fils se chargera de votre argent, pour trois ou quatre ans. Vous voulez des garanties, c'est trop juste. D'abord, mon fils a son étude; ensuite, il est cautionné par son frère l'agent de change.
ALEXANDRE
Çaj c'est vrai, (a part.) et réciproquement.
PLACIDE
Au fait, un notaire, un agent de change, je cumulerai toutes les garanties possibles ; et dans la même famille, sans aucun déplacement.
M^^ LOCARD, à Placide.
Eh bien! qu'en pensez-vous?
LA CHARGE A PAYER
PLACIDE
AIR : Dieu tout-puissant par qui le comestible. {L'Avare en goguettes.) Comment 1 j'accepte avec reconnaissance.
M"^^ LOCARD.
De nous, je crois, vous serez satisfait.
ALEXANDRE
Je veux répondre à votre confiance :
Daignez passer jusqu'à mon cabinet.
PLACIDE
Dépêchons-nous... la chance est plus certaine. Sur nous jamais l'argent ne doit rester, De peur qu'hélas! un voleur ne le prenne,
(a part.)
Ou qu'un ami ne vienne l'emprunter.
Ensemble, PLACIDE.
Vraiment j'accepte avec reconnaissance.
De vous, je crois, je serai satisfait; Pour vous prouver quelle est ma confiance, Passons, monsieur, dans votre cabinet.
ALEXANDRE
Monsieur accepte avec reconnaissance.
De nous je crois qu'il sera satisfait.
Je veux répondre à votre confiance :
Daignez passer jusqu'à mon cabinet.
M"^^ LOCARD.
Monsieur accepte avec reconnaissance.
De nous je crois qu'il sera satisfait, Il veut répondre à votre confiance :
Daignez passer jusqu'à son cabinet.
(Alexandre et Placide entrent dans le cabinet à gauche.)