‹ Œuvres complètes: comédies, vaudevillesChapitre 53 sur 165 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

M^e LOGARD, puis PLACIDE.

M™e LOCARD, à part.

Maintenant tout est préparé, et je puis compter sur madame de Beaumont.

PLACIDE, sortant du cabinet du notaire.

Nous venons de terminer, et je n'ai pas voulu partir sans vous présenter mes hommages.

M"^® LOGARD.

Êtes-vous content?

PLACIDE

Enchanté I impossible de trouver un notaire plus habile I L'acte que j'ai signé est parfait; tout y est prévu et garanti; nous pouvons mourir l'un après l'autre ou simultanément, sans que cela fasse la moindre des choses ; c'est un chef-d'œuvre de rédaction tranquillisante.

M""® LOGARD.

Ainsi, vous n'avez aucune crainte pour votre argent.

PLACIDE

Oh! mon Dieu! je vous le laisserai jusqu'à ce qu'il se présente un établissement pour ma fille.

M"'^ LOGARD.

Vous avez donc une fille ?

PLACIDE

Oui, une demoiselle nubile, qui ne demanderait pas mieux que de se marier. C'est sa dot que je viens de déposer entre vos mains. Quant au reste, je ne m'en mêle pas; le mari viendra quand il voudra. Je n'ai pas envie de me mettre en course pour le chercher : on a bien assez de ses affaires.

M™« LOGARD,

C'est une plaisanterie, vous ne devez pas manquer de prétendants.

PLACIDE

Je n'en ai pas encore vu un seul ; il est vrai que je ne reçois jamais personne; nous vivons, ma fille et moi, comme le solitaire du Mont-Sauvage, pas la plus petite visite.

AIR : Le choix que fait tout le village. {Les Deux Edmond.)

Depuis trente ans, dans la même demeure,

LA CHARGE A PAYER

Aux mêmes soins constamment attaché,

Je suis levé toujours à la même heure;

A la même heure aussi je suis couché...

Ce sont toujours les mêmes plats que j'aime,

Je bois toujours même vin... excepté

Que la bouteille, hélas! n'est pas la même!

Mais c'est toujours la même volupté.

Oui... la bouteille, hélas! n'est pas la même;

Mais c'est toujours la même volupté.

M^^ LOCARD.

Mais enfin, vous désirez marier votre fille?

PLACIDE

Sans doute; mais je voudrais que cela fût fait, ou au moins n'avoir plus qu'à signer le contrat, et à donner ma bénédiction. Je crains d'être obligé de jouer un rôle actif, de périr de fatigue dans le cours des visites, ou de suffocation au milieu des embrassements.

M°^^ LOCARD.

Je me mets à votre place, et je conçois vos inquiétudes; mais il est peut-être un moyen de les faire cesser, j'ai en tête certain projet... Vous avez vu mon fils ; je ne vous en dis pas davantage ; faites-nous l'amitié de nous amener ce soir votre aimable fille. Venez, sans façon, nous n'aurons pas beaucoup de monde. A quelle heure dînez- vous ordinairement?

PLACIDE

A midi, et je soupe à sept heures.

M"^® LOCARD.

Eh bien! nous retarderons le dîner d'une heure ; ce sera comme si vous soupiez, et ça ne dérangera rien à vos habitudes.

PLACIDE, à part.

En vérité, cette femme-là est charmante... (Haut.) Certainement, madame, on peut toujours accepter un bon dîner, ça n'engage à rien; et puis d'ailleurs, je suis bon père, et si je peux, sans me déranger, faire le bonheur de ma fille...

AIR du vaudeville Les Scythes et les Amazones.

Je suis par goût tranquille et sédentaire : C'est mon système, et je m'en trouve heureux. Combien de gens, dans leur ardeur légère. Vont poursuivant la fortune en tous lieux!... Quand après elle ils courent de la sorte, En l'atlendant, je fais bien mieux, je croi ; Si le bonheur souvent frappe à ma porte, C est qu'il est sûr de me trouver chez moi.

(il sort.)

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