SCÈNE XV, Les mêmes; PLACIDE
PLACIDE, entrant par le fond, et parlant à la cantonade.
Laissez donc, je n'ai pas besoin qu'on m'annonce. Élodie, ma fille, reste là avec ces demoiselles, je te rejoins à l'instant.
(Madame de Beaumont et Durand se lèvent pour le saluer.) Ne VOUS
dérangez donc pas, de grâce, ce serait plutôt à moi à faire les honneurs.
M*"® DE BEAUMONT et DURAND.
Monsieur est trop honnête.
PLACIDE
Non, madame, c'est de droit dans ma position. Vous êtes, je le crois, des amis de la maison ; et je suis enchanté de faire connaissance... Oii est madame Locard?où est le jeune homme?
MF^ de BEAUMONT, à part, à Durand.
Il est sans façon... (a Placide.) Monsieur est un parent de madame Locard?
PLACIDE
Non, madame; mais je vais être parent de son fils, parent de très-près; vous comprenez?
DURAND
Que voulez-vous dire?
PLACIDE
Il n'y a pas deux heures.que c'est arrangé, et j'en parle à tout le monde ; parce que cela me convient tellement, un mariage impromptu qui ne donne pas de peine, et qui va tout seul.
M^® DE BEAUMONT
Qu'est-ce que cela signifie ?
PLACIDE
Que ma fille Élodie, qui est venue avec moi, est enfin pourvue; elle épouse le fils de madame Locard.
DURAND
Il se pourrait !
PLACIDE
C'est convenu; et depuis ce moment, il me semble que j'ai un poids de moins sur l'estomac; ça dégage mon existence.
DURAND, souriant.
J'en suis désolé pour vous ; mais vous êtes sans doute dans l'erreur.
M"*e DE BEAUMONT.
Oui, monsieur.
DURAND
Car le fds de madame Locard épouse ma nièce Élisa, qui est là au salon.
DE BEAUMONT
Comment, messieurs? il est bien singulier...
AIR : Je reconnais ce militaire.
C'est moi, messieurs, que l'on préfère.
PLACIDE
C'est à moi que l'on a promis, DURAND.
J'ai la parole de la mère.
LA CHARGE A PAYER
Ensemble.
DURAND
Ma nièce épousera son fils.
PLACIDE et M^^ DE BEAUMÔNT.
Ma fille épousera son fils.
Quelle que soit pour Thyménée Sa bonne volonté... je crois Qu'il ne peut, dans cette journée, En épouser trois à la fois.
Ensemble.
DURAND
Mais quel peut être ce mystère ?
C'est à moi que l'on a promis :
J'ai la parole de la mère.
Ma nièce épousera son fils.
PLACIDE et M"^^ DE BEAUMONT.
Mais quel peut être ce mystère ?
C'est à moi que l'on a promis :
J'ai la parole de la mère.
Ma fille épousera son fils.
M"^e DE BEAUMONT.
Voici justement M. Alexandre qui va terminer la discussion.
PLACIDE, à part.
La! voilà ce que je craignais : des imbroglio, des embarras. D'abord, s'il y a de la concurrence, je n'en suis plus,
SGÈiNE XVI.
Les mêmes; ALEXANDRE.
ALEXANDRE
Comment, madame et messieurs, vous restez ici, lorsque tout le monde vous attend au salon, (a Durand.) C'est à M. Durand que j'ai l'honneur de parler?
— VA.UDEVILLES
DURAND
Oui, monsieur; mais un mot d'explication. Voici madame de Beaumont, à qui madame votre mère a donné parole pour votre mariage.
ALEXANDRE, à part.
Ma mère y serait revenue ; ah ! tant mieux !
DURAND
Voici...
PLACIDE
M. Placide, de Fontainebleau.
DURAND
Qui prétend aussi avoir une promesse.
ALEXANDRE, à part.
Dieu ! le client de cent mille écus !
DURAND
Nous voulons savoir quel est celui de nous dont on se joue. Êtes-vous mon neveu?
M"""^ DE BEAUMONT
Êtes-vous mon gendre ?
PLACIDE
Êtes-vous mon beau-fils? oui ou non.
DURAND, M^^ DE BEAUMONT et PLACIDE, le pressant vivement.
Allons, monsieur, expliquez-vous.
ALEXANDRE, à part.
Et ma mère qui ne me prévient pas! (Haut.) Certainement, madame, certainement, messieurs, c'est trop de bonheur ; je dis trop de bonheur à la fois ; car vous devez bien penser qu'individuellement... Mais ma position me commande des ménagements que vous saurez apprécier... Je suis certain qu'à ma place, vous ne répondriez pas autrement que moi à l'honneur que vous voulez me faire.
DURAND
Quel amphigouri !
LA CHARGK A PAYER
M"'^ DE BEAUMONT
On ne vous demande pas de faire ici des phrases et de l'esprit.
PL4CIDE.
Donnez-nous tout bonnement du style de notaire : oui ou non.
ALEXANDRE, à part.
J'en ferai une maladie... Heureusement, voici ma mère qui vient à mon secours. (AUant à elle.) Arrivez, madame. (Bas.) Tout est perdu.