‹ Œuvres complètes: comédies, vaudevillesChapitre 61 sur 165 · SCÈNE XX · texte numérisé non relu

SCÈNE XX

PLACIDE, à droite auprès de la cheminée, se chauffant les pieds ; AUGUSTE, à gauche à la table, écrivant; DURAND, sortant de la porte à gauche, qui est celle de l'étude.

DURAND

Est-il gentil, ce petit clerc, leste, ingambe! il. s'est empressé d'aller me chercher une voiture. Je crois bien, comme il disait, qu'il n'aura pas de peine à l'attraper à la course.

AUGUSTE

C'est vous, monsieur Durand ? est-ce que vous ne dînez pas ici? j'avais déjà écrit votre nom.

DURAND

Non, je vais prendre ma nièce au salon pour partir avec elle. La voiture m'attend.

AUGUSTE

Tant pis; j'aurais bien voulu vous parler d'une affaire d'où dépend mon bonheur.

DURAND

Ton bonheur! Parle, mon ami; ma nièce attendra, et le dîner aussi.

AUGUSTE

Vous êtes mon bienfaiteur, je puis tout vous dire. Apprenez que j'étais amoureux; oh! mais amoureux à en perdre le boire et le manger ; et, pour un clerc, ce sont les symptômes les plus torts ; de plus, j'étais sans espérance; niais à présent c'est changé.

LA CHARGE A PAYER

DURAND

Vraiment ! ce pauvre garçon I

AUGUSTE

' Ça va dépendre du mariage de M. Alexandre, mon notaire. S'il s'établit, le mien est certain.

DURAND

N'est-ce que cela ? réjouis-toi, j'ai de bonnes nouvelles à t'apprendre.

PLACIDE, quittant la cheminée et s'approchant.

Oui, sans doute, mon petit garçon.

DURAND

Apprends qu'il épouse Élisa, ma nièce,

AUGUSTE

Comment, il se pourrait!

PLACIDE

Eh non ! il épouse ma fille Élodie.

DURAND

Non, monsieur, vous confondez ; Alexandre est le notaire, c'est mon neveu; votre gendre, c'est Tagent de change.

PLACIDE

Moi ! avoir pour gendre un agent de change î Eh bien oui ! je ne suis pas assez brave pour cela.

Est-ce que vous n'êtes pas convenu avec madame Locard?...

PLACIDE

Non pas ; c'est vous.

DURAND

C'est vous-même... Je suis commerçant, et je crains les jeux de Bourse.

PLACIDE

Moi, monsieur, jè suis capitaliste, et je crains tout.

DURAND

Il y a donc quelque erreur ?

AUGUSTE

N'importe ! ce que je vois de certain, c'est que votre nièce doit épouser un des fils de madame Locard ; et vous a-t-on prévenu?...

DURAND

Que dis-tu ? est-ce que tu saurais quelque chose ?

AUGUSTE, se reprenant.

Eh! mon Dieu! qu'est-ce que je dis?.., et mon mariage qui en dépend 1

Parle; je veux tout savoir; j'exige de toi la vérité.

AUGUSTE

Oui, oui ; vous avez raison : je ne dois pas souffrir que mon bienfaiteur...

PLACIDE

Oui, jeune homme, rendez ce service à deux pères de famille.

AUGUSTE

AIR : Amis, voici la riante semaine. (le Carnaval.) Qui ? moi ! monsieur, je n'ai rien à vous dire.

PLACIDE, à part* Son air contraint m'inspire un juste effroi.

AUGUSTE, à Durand.

Venez, monsieur, je m'en vais vous instruire; L'honneur le veut, tout est fini pour moi. De mon hymen j'avais la certitude; Je vois qu'il faut y renoncer, hélas ! Et je m'en vais, quel malheur pour l'étude! Du même coup déchirer deux contrats. (Bis.)

Ensemble.

AUGUSTE

Et je m'en vais, quel malheur pour l'étude I

LA CHARGE A PAYER

Du même coup déchirer deux contrats ! {Bis.) DURAND.

De tout prévoir j'eus toujours l'habitude : Soyons prudent, et ne nous pressons pas. {Bis.)

PLACIDE

Moi, de trembler j'eus toujours l'habitude : Fuyons Tabîme entr'ouvert sous mes pas. {Bis.)

(Durand et Auguste sortent.)

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