SCÈNE XV
LEBON, ÉDOUARD, sortant du salon.
ÉDOUARD
Ah! mon ami! mon cher Lebon ! je suis désolé.
LEBON
Et pourquoi cela ?
ÉDOUARD
Six heures et demie viennent de sonner, et dans une demiheure il faudra quitter ma femme !... renoncer à tout ce que j'aime... Et que penseront-ils de mon absence?... Si au moins j'étais marié... Si tu voulais me donner quelques heures de plus ?
LEBON
Vraiment!... Écoutez, jeune homme, vous m'avez donné un bon dîner... Vous m'avez appelé votre ami... Vous m'avez traité avec des égards... inusités ! Tout cela mérite une récompense, et ne fût-ce que pour encourager les jeunes gens, vos confrères, je vous donne jusqu'à minuit.
EDOUARD
Il se pourrait!... Je ne peux le croire encore... Jusqu'à minuit! (L'embrassant.) Mou ami !... Mon sauveur!...
LEBON
Assez, assez... Gardez cela pour votre femme.
LES INSÉPARABLES
Minuit !... (a vec désespoir et se promenant. ) Est-il un malheur pareil au mien?... C'est au moment où j'aurai reçu sa main, qu'il faudra m'éloigner d'elle ! et tu aurais le courage de l'exiger?
LEBON
Au fait, si le jour de mes noces il m'avait fallu quitter madame Lebon...
EDOUARD
Madame Lebon !... justement, j'allais t'en parler, j'allais invoquer son souvenir.
LEBON
Moi, d'abord, on m'attendrit toujours quand on me parle de ma femme... Eh bien! voyons; et en souvenir de mes amours, et dans l'intérêt des vôtres, je vous donne jusqu'à demain matin.
EDOUARD
Ah ! mon ami I... Mon véritable ami !
AIR : Muse des jeux et des accords champêtres. Ne parlez pas d'huissier célibataire :
C'est l'hymen seul qui les rends indulgents.
LEBON
C'est vrai, monsieur, ce nom d'époux, de père,
Fait qu'on exerce avec des sentiments.
Dans ma maison par la morale on brille ;
Et je me dis pourtant, tout attendri,
Lorsque j'arrête un enfant de famille :
ce Peut-être un jour les miens seront ainsi. «