‹ Œuvres complètes: comédies, vaudevillesChapitre 82 sur 165 · SCÈNE XVI. Les mêmes ; AMÉLIE · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI. Les mêmes ; AMÉLIE

AMÉLIE

Ah ! monsieur L.. Ah ! mon cher Édouard! quel événement !.., Mon père était dans le salon, on Fa fait appeler...

COMÉD lES

je l'ai suivi bien doucement dans Tantichambre, et là, on lui a présenté une lettre de change de vous.

EDOUARD

De moi !... (Regardant Lebon.) Est-cc que ce Serait une autre que j'aurais oubliée ?... Et comment cela se fait-il?

AMÉLIE

Cela vient d'être apporté par un huissier ; et ce que vous ne croirez jamais, cet huissier est envoyé par M. de Saint- Ange, votre rival.

EDOUARD

Quelle trahison !... Que faire ?... Quel parti prendre ?...

LEBON

Payer votre lettre de change.

EDOUARD

Et comment ?

AMÉLIE, à Lebon.

Monsieur, je vous en supplie, venez à notre secours .. Verrez-vous notre mariage rompu? Verrez-vous noire douleur sans en être ému?

LEBON

Non, sans doute, et j'ai moi-même le cœur trop sensible... Tenez, tenez, mon jeune ami, prenez ces valeurs, ces billets de banque, c'est le montant de la somme.

EDOUARD

Que faites-vous?

AMÉLIE

Ah î le bon oncle !,.. J'étais bien sûre qu'il pardonnerait et qu'il paierait... Ils finissent tous par là.

EDOUARD

Que dit-elle? mon oncle!... Ah çà, est-ce que réellement...

LEBON

Qu'importe qui je puis être... Vous m'avez nommé votre

LES INSÉPARABLES

ami intime, j'ai voulu en remplir les fonctions... Prenez, payez le beau-père, et renvoyer Thuissier ; renvoyez-le avec les égards qu'on doit à une profession modeste et pénible, et d'autant plus sensible aux politesses, qu'elle y est moins habituée... Mais silence, c'est M. de Verneuil.

SCÈiNE XVII.

Les mêmes; M. DE VERNEUIL, MARGUERITE, UN HUISSIER, qui se tient à l'écart.

M. DE VERNEUIL, à Edouard, d'un ton sévère.

Monsieur, je n'ai pas besoin de vous rappeler nos conventions, ni les promesses que vous m'aviez faites.

EDOUARD

A coup sûr je ne les ai point oubliées.

M. DE VERNEUIL

D'oii vient donc qu'un pareil effet est encore en circulation?

EDOUARD

Un effet de moi I... Voulez-vous permettre?... (Le regardant.) 0 ciel ! (Bas à Lebon.) Gclui de M. Durand passé à l'ordre de Saint- Ange î Comment est-il sorti de tes mains ?

LEBON, de même.

Pour VOUS sauver... Allez, et ne craignez rien, (a m. de Verneuil.) OÙ est le mal, monsieur, de faire des lettres de change?... Vous qui êtes négociant, vous en faites tous les jours.

M. DE VERNEUIL

Sans contredit, mais le mal est de ne point les payer.

EDOUARD

J'attendais qu'on se présentât ; car hier, vous le savez, j'étais absent, et je suis trop heureux de pouvoir m'acquitter devant vous. Voici trois mille francs.

(u lui donne les billets de banque.)

M. DE VERNEUIL

Je ne reviens pas de ma surprise... Mais, je devine : c'est monsieur, c'est votre ami qui a payé pour vous.

LEBON

Moi, monsieur!... Vous ne me connaissez pas ; vous ne connaissez pas mon ami Édouard...Mais, quoiqu'il n'ait besoin de personne, il faut qu'il sache ce que sa prétendue voulait faire pour lui... Noble et généreux sacrifice, surtout pour une femme!... Elle renonçait à ses diamants, à ses parures... Elle se trouvait assez belle de son amour et de sa tendresse... (a Amélie.) C'cst bien, mademoiselle, c'est très-bien, vous en serez récompensée... Voici vos diamants, je vous les rends...

(il lui remet son écrin.) M. DE VERNEUIL.

Quoi ! monsieur, ma fille vous avait confié?...

LEBON

Oui, monsieur : j'avais accepté pour donner une preuve d'intérêt à votre famille, une leçon à mon jeune ami; et pour assurer à jamais à votre fille le cœur et la reconnaissance de son époux :

« L'amour, l'estime et l'amitié, »

comme dit la romance.

AMÉLIE

0 le meilleur des oncles !

M. DE VERNEUIL, EDOUARD et MARGUERITE.

Que dites-vous ?

Quoi !... Vous ne l'avez pas reconnu?... C'est l'oncle d'Édouard, son oncle Antoine qui arrive de la Guadeloupe.

TOUS

Serait-il vrai ?

LEBON

Non, messieurs, non ; calmez vos transports... Quoique leâ

LES INSÉPARABLES

dénoûments et les oncles d'Amérique soient plus à la mode que jamais... je suis Parisien... je ne suis point parent de M.Édouard... (a rhuissier.) Quant à vous, monsieur Legris...

l'huissier, s'avançant.

Quoi, monsieur, vous voilà! je me retire.

LEBON

On vous a appelé, on vous paiera votre vacation... Emportez le dossier et les fonds : plus tard je passerai chez vous, et nous nous entendrons ensemble.

l'huissier.

Comme vous voudrez... Je suis bien votre serviteur.

(il sort.)

M. DE VERNEUIL

Ah! il connaît tout le monde, même des huissiers... Au nom du ciel, monsieur, qui donc êtes-vous?

C'est la seule chose que je ne puisse vous dire ; votre gendre, qui est dans la confidence, vous apprendra un jour les motifs de mon incognito... En attendant, Édouard épouse celle qu'il aime ; il a payé toutes ses dettes, car il ne lui en reste pas une seule... pas un seul protêt.

M. DE VERNEUIL

Vous en êtes bien sûr ?

LEBON

Je vous le jure, foi d'hu... (se reprenant.) foi d'honnête homme !

EDOUARD, bas à Lebon.

Mais dites-moi au moins de qui je suis le débiteur?

LEBON, de même.

Demain, vous le saurez... (Haut.) Car je vous demanderai, mon jeune ami, la permission d'aller vous voir quelquefois le matin... quand il n'y aura personne.

Scribe. ~ Œuvres complètes. l\me Série. — 14'"^ Vol. — 11.

EDOUARD

Tu seras toujours le bien reçu,.. Tout ce que tu as fait pour moi (Montrant son cœur.) ost là... et ton souvonir et ma reconnaissance seront toujours comme nous étions aujourd'hui...

Je comprends, inséparables,

AIR du vaudeville de La Petite Sœur M. DE VERNEUIL.

On manque à vingt ans de raison ; Mais le temps passe, on devient sage.

Pour achever ta guérison, Rien n'est tel que le mariage.

Oui, je vous unis en ce jour ; Mais pour rendre ces nœuds durables, Chez vous que l'hymen et Tamour Soient désormais inséparables!

MARGUERITE

Je voudrais bien voir revenir

Certaine loi jadis de mode ; *

Cessait-on de se convenir ?

On se quittait, c'était la mode.

Et si de l'hymen jusqu'ici

J'ai fui les chaînes respectables,

C'est que la femme et le mari

Sont maintenant inséparables.

LEBON

DMnventer pourquoi prendre soin ?

C'est bon pour les gens de mérite :

Auteurs du jour, il n'est besoin Que de vous traîner à leur suite ; Copiez-les, imitez-les.

Vos succès seront profitables ; Car les singes et les succès Sont maintenant inséparables.

LES INSÉPARABLES

AMÉLIE, au public.

Quelquefois en hostilité On voit l'auteur et le parterre ; J'ose proposer un traité Qui pourrait terminer la guerre :

Pour bannir tout noir pronostic, Et rendre nos pièces durables, Que l'indulgence et le public Désormais soient inséparables !

LE

CHARLATANISME

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