SCÈNE XV
Mme DE MELCOURT seule, puis DELMAR, et à la fin de la scène
JOHN et FRANÇOIS.
I^jœe DE MELCOURT.
Nous voilà bien ! toute Ja conspiration est découverte ! C'est vous, Delmar?
LE CHARLATANISME
DELMAR, entrant par la porte à droite.
Je rentre par mon escalier dérobé; j'ai fait nos visites; j ai vu beaucoup de monde, tout va bien, et je vous apporte de bonnes nouvelles.
M«ie MELCOURT.
Et moi, j'en ai de mauvaises. Sophie m'a tout raconté. Cet homme de lettres qu'on lui destinait pour mari n'est autre que votre ami Rondon.
DELMAR
Dieu ! quelle faute nous avons faite en le mettant dans notre parti !
M™^ DE MELCOURT.
Il n'en est déjà plus ; il est passé à l'ennemi.
DELMAR
Eh bien! tant mieux, si vous me secondez.
AIR de Julie»
J'étais jaloux, au fond de Fâme,
De le voir en tiers avec nous.
Je suis bien plus heureux, madame.
De ne conspirer qu'avec vous :
Ne craignez point qu'ici je vous trahisse ; Que n'avez-vous (c'est là mon seul souhait)
Un secret qui vous forcerait
A n'avoir que moi pour complice !
U<^-e MELCOURT.
Il ne s'agit pas de cela, monsieur, mais de mon oncle à qui Ton a tout dit, et qui va lui-même courir aux informations chez M. Derbois^ conseiller, qui connaît tous les médecins de Paris; il va partir dans l'instant, car il a même fait demander un fiacre.
Un fiacre! c'est bon; nous avons du temps à nous; vite l'Almanach des 25,000 adresses!
(il l'ouvre.)
M^e MELCOURT.
De là, il doit aller au Palais-Royal, chez les libraires du docteur, pour demander le fameux Traité du croup, et sa visite fera époque, car c'est peut-être le premier exemplaire qui se sera vendu de l'année.
DELMAR
Rassurez-vous, car l'on peut tout réparer. (Appelant.) John ' François ! Toute la maison !
(AUant à son secrétaire.) M^® DE MELCOURT.
Eh bien ! que faites-vous donc?
DELMAR
AIR : L'amour qu'Edmond a su me taire.
Dans notre sagesse ordinaire, Notre budget tantôt fut arrêté ;
Et voilà, dans mon secrétaire Trois mille francs que j'ai mis de côté.
T^me DE MELCOURT.
Chez un auteur^, mille écus 1 quel prodige !
DELMAR
Pour mes plaisirs je les avais laissés ; Ils vont sauver un ami que j'oblige ; Selon mes vœux les voilà dépensés.
(A John et à François qui entrent.)
Approchez, vous autres, et écoutez bien. Il me faut du monde, des amis dévoués, et il m'en faut beaucoup; enfin, comme s'il s'agissait d'une première représentation.
JOHN
Je comprends, monsieur, on fera comme la dernière fois.
DELMAR
C'est bien, ce sera enlevé ! quatre de vos gens iront à dix minutes de dislance, chez M. Derbois, conseiller, rue du Harlay ; ils monteront, ils sonneront fort; ils demanderont
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si on n'a pas vu M. le docteur Rémy. fis ajouteront qu'on le cherche dans tout le quartier, qu'il doit y être, qu'il faut qu'on le trouve, attendu qu'il est demandé par un ministre, par un prince et par un banquier.
JOHN
Oui, monsieur.
DELMAR
Pendant ce temps, les autres courront les galeries du Palais-Royal, entreront chez tous les libraires, et achèteront tous les exemplaires qu'ils pourront trouver d'un Traité sur le croup, par le docteur Rémy. Comprends-tu bien?
JOHN
Oui, monsieur.
DELMAR
Surtout ne va pas te tromper et en acheter un autre ! quelque confrère dont on enlèverait l'édition !
JOHN
Soyez tranquille.
DELMAR
Tous les exemplaires, à quelque prix que ce soit ; quand les derniers devraient coûter vingt francs ! tenez, prenez, voilà de l'argent ; et s'il en faut encore, n'épargnez rien.
JOHN
Monsieur sera content.
DELMAR
Ce gaillard-là a de Tintelligence : il faudra que je le pousse au théâtre. Partez.
(john et François sortent.) M^^ DE MELCOURT.
Moi, je vais porter les derniers coups. Tout ce que je crains maintenant, ce sont les articles de Rondon.
DELMAR
Ne craignez rien, c'est lui, je l'entends; je vais parer ce dernier coup, car je connais son côté faible.
(Madame de Melcourt sort.)