NAPOLÉON
Ci* que je veux peindre, c’est celte grande Révolution dans laquelle Napoléon a joué un rôle principal; la juger avec un esprit plus ibre que ne l’ont fait jusqu’à présent ceux qui en ont parlé, cl en profilant des lumières qui se répandent sur elle à mesure qu’elle dure : tableau qui peut èlre grand e( original...
Rien saisir la physionomie française au milieu de celte Révolution générale, de celle phase de l’humanité; ce que celte Révolution a emprunté au caractère national; point de vue nouveau, si j’y apporte la liberté d’esprit dont je suis capable; surtout aujourd’hui que
LA RÉVOLUTION FRANÇAISE désintéressé de mon temps et de mon pays, je n’ai aucune passion qui me porte à embellir ou à charger, et n’ai plus d’autre passion que de chercher le vrai et de le rendre...
Nous sommes encore trop près des événements pour en connaître les détails. Cela parait singulier, mais est vrai. Les détails ne s’apprennent que par les révélations posthumes, contenues dans les Mémoires, et sont souvent ignorés des contemporains. Ce qu’ils savent mieux que la postérité, c'est le mouvement des esprits, les passions générales du temps, dont ils sentent encore les derniers frémissements dans leur esprit ou dans Icurcœnr; c’est le rapport vrai des principaux personnages et des principaux faits entre eux. Voilà ce que les voisins des temps racontés aperçoivent mieux queue fait la postérité. Celle-ci doit faire l’histoire de détail. Les voisins de l'événement sont mieux placés pour en tracer l'histoire générale, les causes premières, le grand mouvement des faits, le courant des esprits dont les hommes placés trop loin ne se font plus d'idée, parce que ces choses ne peuvent s’apprendre dans les mémoires.
* Sorrcnle, décembre 1 8.70.
« Ce que je voudrais peindre, c’est moins les
faits en eux-mêmes, quelque surprenants et grands qu’ils soient, que l’esprit des faits; moins les différents actes de la vie de Napoléon, que Napoléon lui-même : cet être singulier, incomplet, mais merveilleux, qu’on ne saurait regarder attentivement sans se donner l’un des plus