‹ Œuvres completes d'Alexis de Tocqueville PubliéesChapitre 24 sur 48 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Napoléon devenu le maître.

Détails sur sa manière de travailler. Son caractère comme législateur. Ce qu’il fonde... Pourquoi? Facilité qu’il trouve. Ce qui était nouveau, ce qui était ancien dans son œuvre.

Révolution anarchique aboutissant naturellement à la plus grande centralisation administrative qui ait été.

AUTRE CHAPITRE

Développement et progrès du gouvernement civil de l’Empire. Toutes les garanties abolies. Toutes les libertés supprimées. Le despotisme devient uniforme. Atmosphère étouffante. Abaissement des âmes. Frémissement des intelligences. Engourdissement et sommeil de l’esprit humain au milieu de tout le grand bruit de la victoire.

Arts et littérature nuis. Talent administratif sans génie ; capacité militaire meme sans invention ni grandeur. Une personnalité immense pèse sur le monde et écrase tout.

AUTRE CHAPITRE

Politique extérieure de l’Empereur.

Exposer les principaux événements diplomatiques et politiques du règne en raccourci.

Comment il est vrai et faux qu’il ait été poussé sans cesse irrésistiblement à la guerre.

La principale cause est en lui-mème. Génie qui ne sait s’arrêter. Peinture de cette course furieuse de sa fortune à travers les territoires, les peuples, les empires.

DU CONSULAT A L'EMPIRE

AUTRE CHAPITRE

Ne pas s’étendre sur les batailles. Prendre pour exemple une campagne. Tâcher de la résumer. Se donner le spectacle merveilleux de ce génie guerrier au milieu de son élément naturel.

AUTRE CHAPITRE

Chute de l’Empire. Épuisement de toutes les ressources. Énervation de toutes les forces. Abus de la nationalité française. L’armée même fatiguée.

AUTRE CHAPITRE (FINAL)

Ce qu’a été l’Empire dans le grand drame de la Révolution française. Ce qui n'a été que passager; ce qui a été durable. Ce qu’il a fait; ce qu’il a préparé.

AUTRE CHAPITRE

Comment Napoléon a fait sa part de despotisme dans les œuvres de la Révolution. Ce qu'il a pris d’elle; ce qu’il a mis de côté. Le départ savant et égoïste qu'il a fait dans scs œuvres, et ses tendances.

AUTRE CHAPITRE

Comment l’entrainement de la fortune l'a mené hors de

I»U CONSULAT A L'EMI'IRK

son plan originaire, et l'a porté à essayer d'amalgamer des matériaux anciens aux nouveaux, dans le nouvel édifice.

Le côté petit du grand homme; en quoi il sentait le parvenu; son goût pour la fausse grandeur, le gigantesque.

Incohérence; absence de plan; mutabilité de sa politique extérieure...

Grande cause de sa chute : l’Europe était si vaincue, les princes si brisés cl si médiocres, qu'ils se seraient soumis à toute énormité dont on aurait annoncé d’avance les limites fixes et précises. Ce qui les a réduits au désespoir, c'est moins ce qu'ils souffraient que l’incertitude perpétuelle de leur avenir et l'attente effrayante de quelque chose de pire encore. . .

Oppression qu’il faisait peser sur les vaincus, tout en améliorant leur condition et leurs lois. Résultat en partie inévitable de la manière dont Napoléon faisait la guerre, eu partie causé par un faux point de vue sur la nécessité d'attacher l’armée à la guerre par la rapine. Résultat : les peuples même qui ont le plus regretté ses institutions ou qui les ont le mieux fondées et qui ont prospéré depuis lui et par lui, ont été les plus ardents à le combattre.

Caractère de scs conquêtes, différant de celles de tous les autres conquérants. Propagandiste et guerrier, conservant dans une certaine mesure le caractère propagandiste des guerres de la République. Violences mêlées de philosophie et de lumière. Il y a du Napoléon et du dix-neuvième siècle ensemble.

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DU CONSULAT A L’EMPIRE

Caractère audacieux, incohérent, inouï, des entreprises de l’Empereur et de son génie, venu non-seulement de sa nature, mais du temps de bouleversement, de nouveautés extraordinaires dans lequel il vivait; du tour imprévu, étrange, sans précédent, qu’avaient pris les affaires humaines...

Côté italien du génie de l'Empereur, ou du moins méridional...

Impressions ineffaçables de l’ancien régime dans cet esprit si éminemment novateur...

Différences et ressemblances entre les diverses révolutions qui , en France et à Rome, ont fait passer de la liberté au despotisme.

A Rome, c’était la liberté qui était dans les habitudes; en France, c’était le pouvoir absolu. Auguste, en ôtant la substance du gouvernement républicain, a été forcé d’en laisser l'ombre. Napoléon n’était pas obligé aux mêmes précautions. Pour l’un, il s’agissait de faire sortir la nation de ses mœurs; pour l'autre, de l’y faire rentrer.

Des deux côtés passions et idées démocratiques exploitées.

Même procédé : gouverner au nom du peuple sans le peuple ; représenter le nombre et administrer par les classes éclairées. Satisfaire les basses classes par la déclaration qu’on les représente, par l’abolition de tous les ordres intermédiaires qui les humilient, par la satisfaction donnée au sentiment de l’envie et à celui de l'égalité sous la forme la plus grossière (tout le monde étant soumis au niveau de la même servitude). Satisfaire les hautes classes en leur assurant l’ordre matériel, la possession tranquille de leurs biens, le bien-être et l'enrichissement par l'industrie et des places...

Différences :

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La Révolution romaine s'efforçant de se rattacher au passé, et conservant les noms quand elle abolit les choses. La Révolution française se flattant de faire en tout du nouveau, et le despotisme qui en est sorti ayant en partie cette prétention lui-même, ce qui naît de la différence des points de départ...

Histonj o fthe Romans under tlie Empire, by Merivale.

Ce qui frappe, entre autres, dans ce livre bon à consulter, quoique trop partial en faveur de l’Empire, c’est à quel point Auguste, et suivant Merivale, ses premiers successeurs, tout en se disant les représentants du peuple romain cl les champions de la démocratie, se servent, pour gouverner, exclusivement de l’aristocratie (qu’ils avaient, il est vrai, ou créée eux-mêmes ou mise dans une étroite dépendance) ; la petite part qu’ils laissent à l'action populaire, la grande part qu’ils font au Sénat, qui non-seulement les aide à gouverner, mais gouverne encore directement sous Auguste, au moins une partie des provinces romaines (les plus paisibles et celles où il ne se trouve pas d'armées), de telle sorte que l’Empereur apparaît plus encore comme le fondateur de l’ordre que comme le destructeur de l’aristocratie.

Ce qui est digne de remarque aussi dans Auguste, c'est le semblant d’élection et de pouvoir populaire qu’il laisse encore subsister, tout en ayant soin de le rendre illusoire et impuissant; la substitution des places payées aux fonctions gratuites de la République; la multiplication des emplois; les années permanentes. Une partie de l’armée tient garnison pour la première fois à Rome même, le pouvoir d ’lmperator lui donnant toute action dans l'armce, et cela lui permettant de laisser un semblant d’aristocratie et de démocratie dans le gouvernement.

La puissance tnbunilienne lui confère l’inviolabilité, quoique la raison qui avait fait établir l'inviolabilité n’existe

nu CONSULAT A L EMUIHK.

plus : la puissance censoriale lui permet de nommer les sénateurs: la puissance pontificale le met à la tête de la religion.

I*)nfin toutes les fonctions que les Itomains avaient séparées, et à chacune desquelles ils avaient remis pour l’objet qu elles avaient en vue la toute-puissance qu’a l’État dans une République (dans laquelle la courte durée des fonctions et l’élection permettent l’arbitraire, et même compensent par la grandeur et le vague des attributions la faiblesse qu'un pouvoir court et précaire donne à chaque magistrat), toutes les fonctions, dis-je, sont réunies sur un seul homme, et deviennent perpétuelles dans ses mains...

Beaucoup plus d’art et beaucoup plus de précautions prises par Auguste que par Napoléon, ou de notre temps, pour cacher rétablissement du despotisme et ménager la transition...

Lorsque la liberté romaine succomba sous la force militaire des

Empereur», les formes de la République furent conservées, et l'autorité passa dans leurs mains sans que l'ancienne Constitution fût renversée1; te pouvoir suprême, en théorie, résidait dans le peuple. En effet, Ulpien et Saius, en disant que la volonté du prince est loi, en montrent la raison dans cette loi qui avait lieu au commencement de tout règne, et qui, par le Sénat, transmettait au prince tous les droits du peuple ( quuni onme jus sutim pnpulus in priucipem iransferrel* . (Mémoire à l'Académie. 1855.)

Physionomie démocratique de l'Empire romain :

Trujati ne veut pas permettre de confréries d’ouvriers, parce que, dit Pline, neque enim secundum est noslri seculi morem. ( Êpisl ., livre X.)

1 Tacite, Annales, livre tl.

1 Tacite, llisl., IV, 3. Cuneta principibus solita liecemil senatus, Ulpianu» et Saius (Frngm. 1, D. d. Conslil. princip., 1. L, Gaius. Inst., f. 2, 5, 6).

DU CONSULAT A L'EMPIRE

Tiajan lui-même, le grand el vertueux Trajàn, après un siècle de gouvernement impérial incontesté, 11e pouvant souffrir que des ouvriers s'associent pour se secourir, et tenant à la maxime que devant le souverain, unique représentant du peuple romain, il ne doit y avoir que des individus isolés!...

Il faut bien étudier cette monarchie démocratique du monde romain. Grandes analogies. Servitude commune tenant lieu de liberté commune. L’égalité devant le maître plus chère aux âmes basses et vulgaires que l’égalité devant la loi, laquelle laisse subsister des inégalités sociales permanentes, et oblige encore au respect en garantissant de l’oppression.

Gouvernement romain : non pas une des formes de la démocratie, comme l’ont dit bassement ou sottement des gens qui ignorent la valeur des mots dont ils se servent, ou 11c veulent pas la donner; mais l’une des formes auxquelles l’égalité démocratique peut le plus facilement conduire les hommes, et que les mauvaises passions et les instincts pervers qui naissent dans l’égalité, peuvent leur faire admettre et même aimer...

...Napoléon voulait diriger l’enthousiasme, non le proscrire... Il voulait supprimer tous les grands efforts de l’âme au profit de l’un d’eux, celui qui fait bien mourir les armes à la main. Ce grand génie comprenait qu’il faut tou jours quelques hautes passions pour vivifier le cœur humain, qui sans cela tombe en gangrène et en pourriture. Il n’aurait jamais imaginé de vouloir fixer tous les esprits el tous les cœurs sur le seul bien-être individuel...

DU CONSULAT A L’EMPIRE

Inégalité des charges de la conscription sous l'Empire.

Rapport sur les bases de la répartition du contingent pour 1809, entre les départements.

Ce rapport, fait parle ministre de la guerre, fut, par une grande imprudence, distribué au conseil d’Etat, et aussitôt retire. Mais M. à celte époque auditeur, ayant mis son exemplaire dans sa poche, l'a aujourd’hui dans sa jiosscssion ; et c’est sur la pièce même que j’ai copié ce qui suit :

« ... Les considérations d’après lesquelles la population, prise comme base générale et primitive, paraît devoir être modifiée, peuvent se rattacher à trois divisions principales :

1° L’espèce des hommes ;

2° L’étendue, la nature et les besoins du sol comparés à la population ;

5° L'esprit des departements.

« 1* Dans quelques départements, presque tous les hommes sont propres au service militaire. Dans d’autres, à peu près la moitié de 1’espècc est hors d’état de supporter les fatigues de la guerre. Si à deux départements d’une jjopulalion égale, mais dont l'un serait dans la première classe et l’autre dans la seconde, on atteignait un contingent égal, on serait évidemment injuste. . . .

« ...Dans tous les pays manufacturiers où l’enfance a une vie sédentaire et peu propre au développement des facultés physiques; dans les départements pauvres où la disette des bras condamne à des travaux précoces ;

DU CONSULAT A L’EJIPIRE.

dans les lieux où se perpétuent les maladies endémiques, les réformes sont toujours nombreuses... Nous concluons que le nombre des réformes doit influer sur la répartition.

« 2° L’étendue d’un département comparé à sa population, la stérilité ou la fertilité de son sol, sont autant de causes qui nous ont paru devoir être prises en considération et faire augmenter ou diminuer le nombre des conscrits à lever. Si d’un sol riche, fécond et chargé d’une |*opuIation forte, on enlève tous les ans un certain nombre dé jeunes gens, c’est en quelque sorte donner à la végétation en hommes une nouvelle activité1. Mais qu’on demande un égal nombre de recrues à un jtays aride et ingrat, on multiplie les causes de dépopulation ; et bientôt l’espèce est menacée de tomber au dernier degré de dégénérescence...

« Mesurer le sol et calculer ses ressources ; évaluer les besoins de la culture et de l’industrie; déterminer les qualité* et les habitudes de la population ; juger les points où elle surabonde et ceux où elle s’appauvrit ; fixer les sacrifices qu’clle peut faire ; indiquer les ménagements régénérateurs dont elle a besoin ; tout cela appartient au ministre de l’intérieur’, et bientôt sans doute nous aurons sur ces sujets des lumières aussi certaines qu’étendues. Mais en attendant ce moment heureux, nous croyons devoir prier Votre Majesté de

1 Comparaison prise à l'art de faire des coupes.

* C est-à-dirc que la levée doit devenir arbitraire ; et la seule raison de s'v soumettre, l’égalité, en disparait.

DU CONSULAT A L'EMMRE.

permettre que nous nous aidions de celles que les levées précédentes nous ont fournies*.

« 5° Les causes morales influent aussi Irès-puissamment sur tous les résultats des levées et doivent être prises en considération. Aujourd’hui comme autrefois, presque tout l’Est et le Nord volent sans peine et même avec empressement sous les drapeaux. Le centre de l’Empire se rend aux appels sans efforts. L’Ouest obéit sans murmure. Mais sur plus d’un point le Midi oppose une résistance, qui, sousloutaulre prince, serait invincible. Emploiera-t-on la force et l’autorité pour ramener toutes ces contrées au même esprit? ou bien recourra-t-on à de sages temjtéraments, à des ménagements insensibles ? Tout me jxjrte à croire que ce dernier moyen est préférable. En s’attachant trop rigoureusement au premier, on accroîtrait le nombre des coupables et on assurerait ainsi leur impunité.

« Quoique très-convaincu, Sire, de la nécessité de prendre en considération chacune de ces causes, je ne proposerai pas à Votre Majesté de leur donner toute l’influence qui leur parait due. Quelques-unes de mes observations ne sont pas appuyées sur une assez longue suite de faits ; d’autres n’ont pas acquis tout le degré de certitude que le temps leur donnera. D’ailleurs un changement trop rapide et trop grand ne serait pas sans inconvénients majeurs. Aussi me suis-je borné, dans le tableau de répartition que j’ai l’honneur de soumettre à Votre Majesté pour 1809, à proposer les modifications qui m’ont paru d’une justice

1 On n'est encore qu'au premier pas. Jugez ce (pie cela a dû être en

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cl d’une nécessité évidentes, laissant à l’expérience le soin de nous donner des lumières plus certaines. » Suivent les tableaux ; le numéro 7 ci-dessous en est le résumé.

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