‹ Œuvres completes d'Alexis de Tocqueville PubliéesChapitre 23 sur 48 · CHAP · texte numérisé non relu

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Pourquoi lu révolution a pu durer malgré l'état des finances, et n’a pas péri , malgré les prédictions, faute d’argent.

On peut réussir dans les choses qui demandent les qualités que l’on possède; mais on n’excelle que dans les choses où l'on est encore servi par ses propres défauts. Ceci explique pourquoi les Français sont si supérieurs dans la guerre à ce qu’on les voit dans la vie civile et le gouvernement, et en général partout ailleurs que sur le champ de bataille.

Puissance militaire qui subsiste au milieu de la faiblesse du gouvernement intérieur et du mépris qu’il inspire, visible surtout sous le Directoire...

Révolution profonde dans la manière de faire la guerre, nouvel aspect de la guerre; l'un des plus grands caractères de la révolution française.

Audace et violence naturelles aux gouvernements démocra-

tiques, accrues quand ils sont révolutionnaires et j’ajoute français.

r> Connivence des vices de l'esprit de l’homme et de ceux du temps; un esprit désordonné dans un temps révolutionnaire; réaction de l'une des deux causes sur l’autre.

Presque tous les plans de coalition ont échoué jusqu’à celui de 1815.

Cause : La vieille diplomatie qui ne pouvait se faire à la nouveauté de la situation, où tous les avantages particuliers étaient secondaires au prix de la chute de l’ennemi commun.

— Pourquoi la coalition a réussi en 1815 : '

1 ° L’élan des peuples poussant les rois ;

2° Les victoires mêmes de la République et de l’Empire qui avaient détruit les petits Etats et concentré toute l’activité politique dans deux ou trois mains.

Bien mettre en relief et faire toucher du doigt cette désunion de l’Europe qui, avec la concentration de la puissance publique en France, a été la cause des victoires.

Finir ce chapitre sur les guerres de la révolution française par l'Angleterre capable de se défendre, parce qu'elle a opposé à la force française une force analogue, un gouvernement centralisé et une nation debout. Ce n’est pas la mer qui la sauve : c’est son esprit; c'est sa constitution; c'est surtout sa liberté. Grand spectacle : la liberté seule capable de lutter contre la révolution...

Il n’v a pas eu de costumes pendant toute l’époque terrible de la Révolution. Ce n’est que quand le pouvoir

lui lomljc dans les mains misérables du Directoire qu’on inventa un costume splendide pour celui-ci, et lorsque, après le 18 fructidor, le Corps législatif se fut laissé mutiler et avilir, qu’on imagina le manteau de pourpre pour le couvrir...

Note sur le Mercure britannique ( Mallet du Pan).

Quoique ce recueil soit très-remarquable, surtout aux approches du 18 brumaire, il y règne moins de liberté et de sérénité de jugement que dans les correspondances de Mallet du Pan avec les princes. On voit que la colère a gagné l’auteur et qu'il écrit pour un public que le même sentiment contre la révolution française et la France emporte. Comparé à d’autres écrivains du temps il est singulièrement modéré; au point de vue de la vérité absolue, il est très- violent...

Ce qu'on voit le mieux dans cet ouvrage, c’est le mouvement extérieur et conquérant de la Révolution française dans ses différentes vicissitudes. D’abord à la fin de 1708 et au commencement de 1799, l’insolence et l'avidité du Directoire victorieux, la destruction de la monarchie sarde et du royaume de Naples, l’occupation de la Suisse, le langage hautain des plénipotentiaires à Rastadt; le mépris, l’horreur qu’inspire le gouvernement français à tous ceux qui sont ennemis de la Révolution ; la peur qui domine tous ces sentiments; l'Europe vaincue et éperdue ; le désespoir de résister désormais à la puissance de la France; l'irrésistibilité de ses armes; la patience et l’accablement des grands cabinets, excepté le cabinet anglais; les jalousies et les cupidités persévérantes des petites puissances qui ne songent encore qu'à profiter de l’épuisement de 1 Europe; l’immobilité de la Prusse; la colère des peuples foulés et pillés par la France, qui commence à dominer leur goût révolutionnaire pour vin. 13

elle; puis vers le printemps, quand les Russes entrent pour la première fois en scène et que les Autrichiens reprennent les armes, les revers de la France, la joie mêlée d’étonnement de ses ennemis, le mépris pour ses forces aussi exagéré que l’idée écrasante qu’on en avait un peu auparavant, l'élan de l'espérance de ses ennemis allant immédiatement jusqu'à conquérir le pays. Les peuples commencent à répondre à l’appel du souverain, mais bien moins qu’on ne pouvait le prévoir. Les souverains eux-inèmes craignent encore presque autant l'appui des peuples que leur indifférence, et ne désirent d eux que des hommes et de l’argent. Enfin, vers l’été, ce gouvernement révolutionnaire de France, qu’on avait cru impuissant après l’avoir jugé tout-puissant, reformant ses armées, écrasant les Russes en Suisse, reportant la guerre en Allemagne et rétablissant l’égalité de la lutte (sans avoir repris pourtant l’Italie perdue), et arrivant ainsi à l’hiver, durant lequel la révolution se transforme par le 18 brumaire, et devient uniquement militaire et conquérante.

Époque qui suit la Terreur.

Conversation entre MM. Molé, *** et moi, sur la Révolution et les temps qui ont suivi. (3 avril 1855.) Curieuse surtout comme se rapportant au temps qui succéda à la Terreur.

Le livre de M. de B***, disait ***, est, eu somme, ce qu’on a écrit de plus fidèle sur la Révolution française, celui qui fait connaître le mieux les événements et les actes des hommes. Mais la vie réelle ne s’y trouve pas mieux qu’ailleurs. L’auteur comprend tout, excepté la (Mission vraie. La boursouflure, le mauvais goût des personnages lui font toujours croire qu’ils jouent un

rôle. Le côté sérieux lui échappe. 11 ne peut se figurer ce qu’il y avait de sincère et de vrai au milieu de toutes ces exagérations. M. Molé fut de cet avis. — Cette vérité intime, dit-il, manque en effet à l’ouvrage pour ceux qui ont vécu dans ce temps; mais je ne la retrouve dans aucun livre. Aucun des historiens de la Révolution ne se sont mis en plein dans l’esprit de l’époque et ne le reproduisent dans leurs écrits. On s’en ferait mieux une idée en parcourant tous les petits écrits du temps. II y a surtout une époque qui m’est plus présente que hier ; c’est celle qui a succédé à la terreur, le temps du Directoire : aucune histoire n’en donne la moindre idée. — Il vient de paraître, répondit ***, un livre qui fait mieux connaître l’époque dont vous parlez que tout ce que j’ai lu. C’est l’Atelier de David , par Delccluze. On ne saurait rien imaginer de plus vivant et qui peigne mieux celte époque transitoire. Ce qui me frappe le plus, ajoutait***, c’est à quel degré ce temps, au milieu de toutes scs incohérences, de ses vices, de son chaos, était supérieur en un point au nôtre. On avait des convictions vraies ; chacune suivait hardiment, passionnément la sienne, s’occupant d’elle cl non du rôle qu’elle lui faisait jouer, faisant ainsi les choses les plus excentriques, les plus bizarres, quelquefois les plus ridicules, sans vouloir se singulariser. — M. Molé disait que c’était parfaitement vrai ; que cette peinture du temps était exacte ; que jamais elle n’a été bien faite dans un livre, et que c’est pour cela que la lecture d’aucun ouvrage sur la Révolution ne lui a jamais donné l’idée de la

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vérité ni pu concorder avec ses propres souvenirs. Personne n’a bien reproduit non plus le spectacle que présentaient les hautes classes au retour de l’émigration. Ce temps est resté pour moi le plus attachant de toute ma vie. Nous n’avions aucune idée de rechercher la jouissance du bien-être matériel. Nous n’avions aucune préoccupation d’affaires, point d’ambition ; nous ne vivions que pour les choses de l’esprit, les plaisirs intellectuels des idées, le culte des arts. Jamais l’esprit n’a plus créé la véritable égalité entre des gens de conditions différentes.

Pour en revenir au livre de Delécluze, disait il est bien certain qu’au sortir même de la terreur, et malgré l’horreur qu’inspirait David, son talent transportait toutes les âmes. Ma bonne me menait pour le voir passer. Je savais trois noms : Bonaparte, Moreau et David. C’était une ardeur et un enthousiasme de renaissance. — Cela est si vrai, disait M. Molé, que tels et tels (il les nommait) qui venaient de perdre toutes leurs familles sur l’échafaud et exécraient de toutes les forces de leur âme les terroristes, allaient néanmoins étudier dans l’atelier de David, et adoraient le peintre...

— On en vint à parler de Napoléon. Personne ne l’a encore peint tel que je l’ai connu, disait M. Molé. Les historiens de l’Empire ont peint l’Empereur; mais l’homme lui-même, la réalité de cet être étrange leur échappe. Ce que personne notamment n’a encore peint, c’est Bonaparte, maître de tout avant de rien connaître, apprenant toutes choses en même temps qu’il gouvernait

loules choses ; abordant tous les sujets dans ses conversations, ceux même qui lui étaient le moins familiers, se livrant à loules sortes de témérités intellectuelles, trouvant son plaisir à se lancer dans toutes les voies, toujours inattendu, éclatant, osant dire ce qu’il n’aurait jamais osé dire quelques années plus tard. Celte première fougue du génie dans l’inconnu et le nouveau, qui l’a décrite?

On a cité alors comme donnant quelques notions vraies sur lui le nouveau livre de lïœdercr, les Mémoires inédits du duc de Vicence alors disgracié et mécontent; ouvrage très-curieux qu’a lu M. Pasquier.

...Cette demeure est triste, dit Hœderer au premier consul nouvellement installé aux Tuileries.

— Comme la Grandeur, répond l’autre...

Bonaparte.

On peut dire qu’il a étonné le monde avant qu’on

sût son nom, car lors de la première campagne d’Italie on le voit écrit et prononcé de différentes manières; entre autres dans une ode à sa louange de l'an V, intitulée Vers sur les premières victoires de Buonaparle , et où l’on trouve cet hémistiche :

Et toi, postérité,

Comble de tes honneurs l'heureux Buonaparlé . . .

...Je lis dans une lettre de Cicéron, qu'étaut à la campagne, il s’étonnait de voir que tous les paysans étaient du parti de César. Il n’aperçoit cela qu’en causant avec eux. Ne croiraiton pas être en France (1800)?...

Idée que les étrangers eux-mémes ont que Bonaparte doit prendre le souverain pouvoir...

Dès le temps du Directoire, W’ieland, dans les dialogues où il discute et réprouve le système des Jacobins, soutient que, pour finir les maux de la France, il faut concentrer tous les

MJ 18 BRUMAIRE A L'KMIMRE.

pouvoirs dans les mains d'un seul homme, et que cet homme doit être Bonaparte...

(K. Mounier, Influence attribuée aux philosophes. Tiibintjen. P. 215.)

Centralisation administrative.

11 ne faut pas s’exagérer l’influence qu’exercent sur la destinée des peuples les vices de la machine administrative. Les principales sources du bien et du mal sont toujours dans l’esprit qui les meut. Celle vérité lut bien mise en lumière au moment où la centralisation se reforma.

Ce sont les mœurs, non les idées qui l’ont faite.

Condorcet, comme tous les hommes de ce temps, est ennemi de la centralisation administrative. Tout en voulant (Mer aux provinces ou ne pas leur laisser les droits de la souveraineté, ils leur accordent une grande liberté pour l'administration de leurs affaires, et en général respectent la liberté locale 1 ;

De même Péthion, qui veut abolir les intendants et remettre toute l’administration entre les mains d'assemblées locales \

18 brumaire.

Quand il s’agit de savoir ce qui peut ou doit arrêter une révolution, ce. n’est pas la grandeur ou la force in-

1 Essai sur la constitution et les fonctions îles assemblées provinciales, Condorcet, 2 vol. in-8, 1788.

* /lois aux Français, lVlliion, 1 vol. grand in- 12, 1788.

ni i8 imuMAiRi: a l'empire.

trinsèquc de l’obslaclc à vaincre qu’il faut considérer, mais l’ensemble* des circonstances.

Il y a des temps où un géant n’est pas assez fort pour arrêter le cours d’une révolution, et dans d’autres un nain y suffit.

Au commencement de la Révolution française, on croyait à chaque instant qu’elle allait être arrêtée, tantôt par celui-ci, tantôt par celui-là. Ycrs la fin on ne croyait pas qu’elle pût être arrêtée par rien. Il semblait que tout ce qui voulait y faire obstacle dût être ou immédiatement ou bientôt emporté par la mobilité de toutes choses : double erreur...

Comment les mêmes faits paraissent supportables ou insupportables au même peuple suivant qu'ils tombent dans le courant de l'opinion ou en dehors...

Bonaparte impose vingt-cinq centimes additionnels en arrivant au pouvoir; on ne dit rien. Le jieuple ne se retourne |tas contre lui. L’ensemble de ce qu’il faisait était populaire. Le gouvernement provisoire prend une mesure analogue en 1 848 et succombe aussitôt sous l’anathème. Le premier faisait la révolution dont on voulait; le second, celle dont on ne voulait pas.

Consulat.

Tîonaparte avait pour les Jacobins le mérite d’être l'adversaire d’une restauration royaliste; pour les roya-

listes, celui d’être un obstacle au retour de la Terreur...

Bonheur des pouvoirs neutres qui suivent les longues et violentes révolutions. Toutes les haines des partis se tournent pour eux en tolérance. On les aime, non pour la puissance qu’ils exercent, mais à cause de celle qu’ils empêchent d’exercer.

18 brumaire.

Le 18 brumaire est un événement qui n’a point eu de précédents dans les événements antérieurs, et qui n’a point d'analogue dans toute l’histoire de notre révolution...

Événements des 18 et 19 brumaire et jours suivants. (Recueil de pièces officielles, fait et publié aussitôt après l’événement, par Rondonncau; brochure.)

J’y remarque :

1" Les Anciens sont réunis à huit heures du matin par les commissaires-inspecteurs de la salle, présidés par Lemercier. Carnot fait le rapport; Regnier l’appuie.

Dans ces deux documents dont le style est violent à froid, ampoulé, entortillé, on parle en termes obscurs d’un complot qu’on n'explique pas. Cela sue l’embarras et le mensonge. Le caractère et. l’esprit du mouvement (mouvement anti-jacobin au fond) ne s’y montre pas...

Le décret de translation est volé. Une proclamation au peuple français aussi obscure et aussi vague que la discussion. Bonaparte est introduit; prononce quelques mots de son style, quoique des plus mauvais; bref et pourtant vague et incohérent; une grande phrase générale et boursouflée, jetée au travers, sans rien qui l’amène ni qui la suive ; serment de fidélité et de dévouement à la République. Tout le

monde en général parle de la République. Tout se fait au cri de : « Vive la République. » Tout annonce que l’entreprise était, surtout paraissait être plus diflicilc et plus audacieuse qu’elle ne nous semble. Tire la République d’ailleurs voulait dire Vice la Révolution ! pas (le Réaction royaliste!

2° Séance du 19 à Saint-Cloud. A deux heures, événements des Cinq-Cents.

Ce sont les scènes que Ton connaît. Mais ce que je ne savais pas, c’est que la prétention ait été de n’avoir pas dissous par la force le Conseil des Cinq-Cents, d’avoir seulement rétabli Tordre; celte assemblée demeurant et se réunissant en majorité le même jour avec son président, à neuf heures du soir, et déclarant tout d’abord que Bonaparte et scs troupes ont bien mérité de la patrie.

Lucien y fait ensuite un long discours plein d’invectives contre les anarchistes qui, ayant violé cent fois la Constitution et s’apprêtant à la violer encore, l’invoquent aujourd'hui.

Bon modèle du seul parti qu’il y ait à prendre, quand on viole ouvertement les lois, lequel consiste à prendre l’initiative de l’attaque et de l'injure contre ceux qui le trouvent mauvais. Méthode aussi vieille que le monde, et qui réussit toujours quand la masse à laquelle on s’adresse ne veut qu’un prétexte pour vous aider.

Discours de Boulay. — La Constitution est la cause de tous les maux...

Les principes généraux de la Constitution sont bons : ce sont les principes de tout gouvernement républicain : la souveraineté du peuple, l'unité de la République, l’égalité des droits, la liberté, le régime représentatif... Mais nécessité d'une autre organisation constitutionnelle...

Il conclut à ce que le pouvoir exécutif soit transitoirement confié à trois consuls...

Discours de Cabanis qui l'appuie. — Rien n’indique dans

ces discours qu'on veuille sortir de la liberté, et cette crise ressemblerait à plusieurs qui lui ont succédé, si on ne savait qu’on est à la lin d’une révolution , et que Bonaparte est chargé de tirer parti du coup d’État : ce à quoi Cabanis ne paraît pas avoir songé, quand il s'écrie : « Égalité, Liberté, République, noms chéris, noms sacrés, tous nos vœux, tous ' nos efforts, toutes les puissances de nos âmes vous appartiennent; c’est pour vous que nous vivons, c’est pour votre défense que nous sommes prêts à périr... »

Suit un décret qui déclare :

1° Qu’il n’y a plus de Directoire;

‘2° Consulat, etc., etc. Lesquels changements doivent avoir pour but de consolider, garantir et consacrer invariablement la souveraineté du peuple, la république, le système représentatif, la liberté, l’égalité, la sûreté et la propriété...

Avant de se séparer, on vote une adresse aux Français sur la proposition de Cabanis...

Puis Lucien fait un discours où il dit : « Que la liberté vient de prendre sa robe virile. Elles sont finies dès aujourd’hui toutes les convulsions de la liberté (sans doute parce que la malade est morte); j’entends ce cri sublime, de la postérité ; si la liberté naquit dans le jeu de paume de Versailles, elle fut consolidée dans l’orangerie de Saint-Cloud... Vive la République. »

Les consuls entrent ; ils prêtent serment à la souveraineté du peuple, à la République, à l'égalité, à la liberté et au système représentatif, et la séance se lève au milieu des cris mille fois répétés de : « Vive la République. »

5" Pendant la séance du matin des Cinq-Cents, il y avait eu une séance des Anciens; là ceux qui n’avaient pas été avertis la veille se plaignent; l'opposition ayant pris courage se montre; à quatre heures et demie, Bonaparte entre. Il faut lire cette improvisation malheureuse pour voir ce génie extraordinaire succomber à la manière des hommes vulgaires

qui veulent parler en public ; la passion manquant de l'art de se contenir et de s’exprimer, et ne se faisant jour que par des mots incohérents ; la pensée préparée d’avance ne laissant plus d’autres traces dans l'esprit de celui qui veut la rendre, « que les expressions saillantes qui devaient la résumer, mais qui isolées restent obscures et sans proportion avec ce qui les entoure; » l’embarras aussi des interruptions et des questions qui se tourne en colère, en violence de langage, en enchevêtrements de pensées; en somme un des plus grands, des plus boursouflés et des plus maladroits galimatias (quoique le succès ait été complet) qui soient jamais sortis de la bouche d’un grand homme.

Après sa sortie, Lucien entre à son tour pour dire qu’une minorité factieuse et armée de poignards domine le conseil des Cinq-Cents, mais que la majorité adhère au conseil des Anciens...

Eu général, le 18 brumaire est un des coups d’Élat les plus mal conçus et les plus mal conduits qu’on puisse imaginer : réussissant par la toute-puissance des causes qui l’amènent, l’état de l’esprit public et les dispositions de l’armée, plus la première cause peut-être que la seconde...

DU CONSULAT A L’EMPIRE

...Quand j'arriverai à l’Empire, bien analyser eeile fabrique : le despotisme d’un seul s’élevant sur une base démocratique : la combinaison la plus complète pour amener, suivant le temps et les hommes, le despotisme le plus illimité, le mieux appuyé sur l’apparence d’un droit et d’un intérêt sacré, celui du plus grand nombre, et en même temps le moins responsable : ce qui paraît extraordinaire d’un gouvernement qui puise son origine (au moins supposée) dans l’élection populaire, et ce qui cependant est vrai.

Ici comparaison. Souvenir de l’Empire romain. Etudier et résumer la nature de ce gouvernement, ses causes, son organisation. En quoi il ressemble par tout cela à l’idée conçue par l'Empereur, et plus complètement réalisée par son neveu.

Montrer dès le début, par des exemples, l'action du légiste faisant la théorie et la philosophie du pouvoir que la violence et la force ont créé...

Depuis surtout que l’étude du Droit romain s’est répandue, l’exemple de toutes les nations de l’Europe a prouvé qu’il

DU CONSULAT A L'EMPIRE

n’y «i pas de tyrannie qui ait manqué de légistes plus que de bourreaux.

Ces deux races foisonnent sous la main d’un despote, et il n’y a pas de si médiocre usurpateur qui n’ait rencontré un jurisconsulte pour prouver que la violence était le droit, la tyrannie l’ordre, et la servitude le progrès...

Raconter et juger à la fois.

D’abord la manière dont Napoléon saisit le pouvoir; la facilité qu’il trouve pour s’en emparer et pour le constituer... quelle constitution il lui donne.

Époque de la Révolution française à-laquelle on était arrivé.

Développement des changements qui se font dans le caractère même de Napoléon, en même temps que sa fortune grandit, que son pouvoir devient irrésistible et qu’il est délivré de la salutaire sauvegarde de la peur.

Peindre l’activité et la nature prodigieuse de son esprit appliqué aux choses administratives, avant d’arriver au tableau des institutions elles-mêmes qu’il a créées.

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