‹ Œuvres complétes d'Alfred de Musset Œuvres posthumesChapitre 26 sur 106 · UN SOUPER CHEZ MADEMOISELLE RACHEL · texte numérisé non relu

UN SOUPER CHEZ MADEMOISELLE RACHEL

A MADAME

Merci d'abord, madame oL chère marraine, pour la lettre que vous me communiquez de l'aimable Paotita'. Cette lettre est bien remarquable et bien gentille; mais que dirai-jc de vous, qui ne manques jamais une occasion d'envoyer un peu rie joie à ceux qui vous aiment'.' Vous êtes la seule créature humaine que je connaisse laite ainsi.

Un bienfait n'est jamais perdu : en réponse à votre lettre de Desdémoue, je veux vous servir un ■■souper chez mademoiselle Racket, qui vous amusera, si nous sommes toujours du même avis, et si vous partage/, encore mon admiration pour celle sublime lille. Ma petite scène sera pour vous seule, d'abord parce que la noble enfant déteste les mdis-

ŒUVRES POSTUIIHKS.

ciétious, ut ensuite parce qu'on a fait, depuis que je vais quelquefois chez elle, tant Je sots propos et de bavardages, que j'ai pris le parti de ne pas même dire que je l'ai vue au Théalre-Francais.

On avait juué Tancrède ce soir, et j'étais allé dans l'entr'actc lui faire compliment sur son costume, qui était charmant. Au cinquième acte, elle avait lu sa lettre avec un accent plus louchant, plus profond que jamais: elle-même m'a dit qu'en ce moulent elle avait pleuré et s'était sentie émue à tel point, qu'elle avait craint d'être forcée de s'arrêter. A dix heures, au sortir du théâtre', le hasard m'a fait la rencontrer sous les galeries du Palais-Royal, donnant le liras à Félix itonnaire,et suivie d'un escadron de jeunesses, parmi lesquelles mademoiselle Rabut, mademoiselle Dubois, du Conservatoire, etc. Je la salue; elle me répond : « Je vous emmené souper. »

Nous voilà donc arrivés chez elle*, llonnairc s'éclipse, triste et fâché de la rencontre ; Raeliel souril de ce pileux départ. Nous entrons; nous nous asseyons, les amis de ces demoiselles chacun à côté de sa chacune, et moi à coté de la chère Fanfan. Après quelques propos iusignilianls, 1 lâche 1 s' aperçoit qu'elle a oublié au théâtre ses bagues et ses bracelets; elle envoie sa bonne les chercher. — Plus de servante pour faire le souper! Mais Kachel se

1 l.ii Impi'ilie iiniiiti!'iii;.iil à luii! lu un;.. .:! ire <Iill;ii'L -iii'm im|ii'uii|'

Iujiuu et demie, * Miutc incite ILiih"! iluiuuuuit ■'l'»'- piiisam; VÉïo-Dudal.

US SOUPBB CHEZ KiCHBL, M lève, va se déshabiller et passe à la cuisine. Un quarl il heure après, elle rentre en robe de chambre el en bonnet denuît, nn foulard sur l'oreille, jolie comme un ange, tenant à la main une assiette dans laquelle sont trois biftecks qu'elle a lait cuire elle-même. — fille pose l'assiette a» milieu de la table, en nous disant : i< Régalez- vous: » puis elle retourne à la cuisine, et revient tenant d'une main une soupière pleine de bouillon fumant el de l'antre une casserole où sont des épinards. — Voilà le souper ! — - Point d'assiettes ni de cuillers, la bonne ayant emporté les clefs. Rachcl ouvre le buffet, trouve un saladier plein de salade, prend la fourchette de hois, déterre une assiette, et se met à manger seule.

« Mais, dit la maman, qui a faim, il y a des couverts d'étain à la cuisine. »

Racliel va les chercher, les apporte et les distribue aux convive*. Ici commence le dialogue suL vaut, auquel vous allez bien reconnaître que je ne change rien.

LA HÈltE.

Ma chère, les biftecks sont trop cuits.

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