‹ Œuvres complétes d'Alfred de Musset Œuvres posthumesChapitre 4 sur 106 · A LA POLOGNE · texte numérisé non relu

A LA POLOGNE

Jusqu'au jour, ô Pologne ! où tu nous montreras Quelque désastre affreux, comme ceux de la Grèce, Quelque Missolouglii d'une nouvelle espèce, Quoi que tu puisses faire, ou ne te croira pas. Baltez-vuus et mourez, braves gens. — L'heure arrive. Battez-vous; la pitié de l'Europe est tardive; H lui faut des levains qui ne soient point usés. Ratlez-vous et mourez, car nous sommes blasés !

STANCES

Je méditais, courbé sur un volume antique.

Les dogmes de Platon el les lois du Portique. Je voulus de la vie essayer le fardeau.

Aussi bien, jetais las (les loisirs lie l'enfance, F.t j'entrai, sur les pas de la belle espérance, Pans ce monde nouveau.

Souvent on m'avait dit : a Que Ion âge a de cliarmes ! Tes jeux, heureux enfant, n'ont point d'amères larmes. Seule la volupté peut t'arracber des pleurs, i Et je disais aussi : s Que la jeunesse est belle ! Tout rit à ses regards ; tous les chemins, pour elle, Sont parsemés de fleurs 1 »,

Cependant, comme moi tout brillants de jeunesse, Des convives chantaient, pleins d'une douce ivresse : .le leur tendis la main, en m'avançant vers eus : (i Amis, n'aurai-je pas une place à la fête? » Leur ilis-je... lit pas un seul ne détourna la lëte Et ne leva les yeux!

Je m'éloignai pensif, la mort au fond de l'âme.

Alors, à mes regards vint s'offrir une femme. I Je crus que dans ma nuit un ange avait passé. " Et chacun admirait son souris plein de charme ;

STANCES

Mais ïl me fit horreur! car jamais une larme Ne l'avait effacé.

<t Dieu juste ! m'écriai-je, à ma soif dévorante Le désert n'offre point de source bienfaisante. Je suis l'arbre isolé sur un sol malheureux, Comme en un vaste exil, placé dans la nature; Elle n'a pas d'écho pour ma voix qui murmure Et se perd dans les cieux.

Quel mortel ne soit pas, dans le sein des orages, Où reposer sa tète, à l'abri des naufrages?

Et moi, jouet des flots, seul avec mes douleurs, Aucun navire ami ne vient frapper ma vue, Aucun, sur cette mer on ma barque est perdue, Ne porte mes couleurs.

0 douce illusion ! berce-moi de tes songes ; Demandant le bonheur à tes riants mensonges, .le me sauve en tremblant de la réalité; Car, pour moi, le printemps n'a pas de douK ombrages Le soleil est sans feux, l'Océan sans rivage, Et le jour sans clarté I »

Ainsi, pour égayer son ennui solitaire, Quand Dieu jeta le mal et le bien sur la terre, Moi, je ne pus trouver que ma part do douleur ; Convive repoussé de la féte publique, Mes accents troubleraient l'harmonieux cantique Des enfants du Seigneur.

Ah ! si je ressemblais a ces hommes de pierre Qui, cherchant l'ombre amie et fuyant la lumière,

Oui trouvé dans le vire un facile plaisir!... Ceux-là vivent heureux !... Mais celui qui dans l'iime (larde quelque lueur d'une plus noble flamme,

Celui-là doit mourir. .j

L'ennui, vautour aflreui, t'a marqué pour sa proie ;

11 trouve son lourmmt dans la commune joie; Respirant dans le ciel tous les feux de l'enfer.

Le bonheur n'est pour lui qu'un horrible mélange, Car le miel le plus doux sur ses lèvres se change En un breuïageamer.

Jusqu'au jour où d'ennui son Ame dévorée Trouve pour ropnsi'r quelque Ndiibi 1 ifjminV, Et retourne au néant, d'où l'Iiomme était venu ; Comme un poison brûlant, roiiff irnié dans l'arpile, Fermente, et brise enfin le vase trop fragile Qui l'avait contenu.

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