‹ Œuvres complétes d'Alfred de Musset Œuvres posthumesChapitre 70 sur 106 · L.\ COMTESSE · texte numérisé non relu

L.\ COMTESSE

Vous m'avez déjà donné un triste conseil, et je n'entends rien à ces finesses-là.

PRÉVAKHE8.

lion ! des linesscsV un moyen si simple qu'il est usé à force d'être rebattu, un vieux stratagème qui traîne dans tous les romans et tous les vaudevilles, un moyen connu, un moyen classique ! Prendre un ton d'aimable froideur ou d'outrageante coquetterie, se rendre visible ou inabordable selon le temps qu'il fait ou l'esprit du moment ; inviter un pauvre diable à une soirée, et le laisser deux lieures sur sa ebaisc sans daigner jeter les yeux sur lui ni lui adresser une parole ; prendre le bras d'un beau valseur bien fat, et sourire mystérieusement en regardant la victime par-dessus l'épaule ; puis, changer d'idée tout à coup, lui faire signe, l'appeler près de soi, et lorsque sa passion, trop longtemps contenue, murmure de doux reproches on de tendres prières, répéter tout haut, d'un air bien naïf, devant une douzaine d'indifférents, tout ce que le personnage vient de dire... et s'en aller surtout, s'en aller à propos, disparaître comme Gulalée!... Je ne finirais pas si je voulais détail-

1er, L'arme la plus acérée, c'est la coquetterie ; la plus meurtrière, c'est le dédain. Et vous ne voulez pas tenter une expérience si naturelle? Mais vous n'avei donc rien vu, rien lu ?... vous manque/, rie littérature, madame.

LA COMTESSE

Il me semblait que tout à l'heure vous détestiez les ruses féminines.

PHÉTANHES.

Un instant! Il s'agit de tromper un homme pour le rendre heureux; ce n'est pas là une ruse ordinaire et je vous ai dit qu'à l'occasion...

LA COMTESSE

Ètes-vous bien convaincu de ma maladrcse ?

PU É VANNES

Eh, grand Dieu! je n'y songeais pas. Je vous demande pardon, je tais comme Gros-Jean qui en remontrerait...

LA COMTESSE

Non, monsieur de Prévannes, je ne veux pas me servir de vos espiègleries, je n'en ai ni le talent ni le goût. Si je frappais, j'irais droit au but. Mais votre idée peut être juste ; je vous le répète : je suis offensée, et, quand pareille chose m'arrive... je suis méchante, toute bonne que je suis... je fais mieux que railler, je me venge.

PRÉVANNES

Courage, comtessel c'est le plaisir des dieux.

Le rendre jaloux ! m'aime-t-il assez pour cela?

PRÉVANNKS.

Nous verrons bien. Il ne veut pas parier, meltez-le à la question, comme dans le bon vieux temps.

LA COMTESSE

Le rendre jaloux I lui renvoyer l'humiliation qu'il m'a l'ait subir ! lui apprendre à souffrir à son tour !

l'liÉVAKNES.

Uui, il vous aiiue par trop niaisement, trop naturellement ; c'est impardonnable.

LA COMTESSE

Oui, l'idée est bonne, elle est juste ; on n'agit pas comme lui impunément. Oui, c'en est l'ait; j'ai trop souffert, mon parti est plis. Le rendre jaloux.

PRÉVANHES.

Certainement. Je vous dis, il est naît, il est honnête, il est bon et faible. Il tant le désoler, le mettre au désespoir, il faut que justice se lasse.

LA COMTESSE

Le rendre jaloux, mais de qui ?

P BÉVÀHHES.

De nui vous voudrez.

LA COMTESSE

Eh bien ! de vous.

PHÉVAHKES.

Cela ne se peut pas : il sait que j'aime votre cousine,

lEUVRï-S POSTHUMES.

LA COMTESSE

11 sait aussi qu'on peut être inlidèlc.

PRÉVALUES.

Les hommes ne savent point cela.

LA COMTESSE

Vous me conseillez une vengeance, et vous n'osez m'aùler à l'exécuter! Je vous dis que je suis décidée; monsieur le marquis de Prévannes, est-ce que vous ave/ peur?

p II Ê VAS NES.

Je ne crois pas.

Mettez-vous là, et laites ce que je vais vous dire.

PRÉVANHEE.

Non, réellement, c'est impossible.

LA COMTESSE

Cependant je ne peux me lier qu'à vous pour tenter, comme vous dites, une pareille épreuve. Je me charge de prévenir Marguerite. Vous seul Oies sans danger pour moi.

P11ÉVAKNES.

Par exemple, voilà qui est honnête ! Je nie rends; que voulez-vous que je fasse?

LA COMTESSE

Mettez-vous là, et écrivez.

PltÉVANNES, Tout ce que vous voudrez.

11 sWicd devant la table.

Pour ce qui est de prévenir votre cousine, je vous prie en grâce de n'eu rien l'aire.

L'AME ET 1,8 RUISSEAU 147 LA COMTESSE, Pourquoi? Cela peut l'affliger.

PRÉVANNER.

Et si je veux l'aire aussi ma petite épreuve".' Laissez-moi donc ce plaisir-là. Ne m'avez- vous pas dit qu'elle avait montré à mon égard, pour notre futur mariage, quelque chose... là... comme de ['hésitation.

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