‹ Œuvres complétes d'Alfred de Musset Œuvres posthumesChapitre 92 sur 106 · PRÏÏ VANNES, VAL-BRUN, LA COMTESSE, MARGUERITE · texte numérisé non relu

PRÏÏ VANNES, VAL-BRUN, LA COMTESSE, MARGUERITE

r II K VANNE S.

Venez, venez, perfide comtesse. Voici un jçalant chevalier qui réclame le titre d'époux, seulement, dit-il, pour un quart d'heure, afin d'avoir le droit dem'envover en terre.

VALBRDN.

Est-il possible que je me sois abusé à re point?

iKHVUES POSTHUMES

MARAUERITE.

Ali, Dieu ! j'ai eu bien peur, toujours !

PRÉYAHHES.

Vous nous écouliez, donc?

MARGUERITE

Oui, oui.

LA COMTESSE

J'ai Je grands lorts envers vous, monsieur de Valbrun. Votre ami m'a donné un méchant conseil, et je vous demande pardon de l'avoir suivi.

PRÉ VANNES

Pas si méchant, madame. Vous conviendrez du moins que je vous ai tenu parole.

A Valbrun.

Mon ami, pardonne-moi aussi, en laveur de toutes les injures que tu m'as dites.

VALBRUN

Ah! madame, je suis seul coupable d'avoir pu douter un instant de vous.

Il lui baise lu main.

PHÉVAHNES, 3 Ifarguerila.

Et nous, Margot, nous pardonnons-nous?

MARGUERITE

Si j'y consens, c'est par bonté d'âme.

PRÉVANKES.

El moi, c'est pure compassion. .. Allons, lâchons lie nous consoler de tout le chagrin que nous nous sommes fait.

iKtilï

LETTRES

A M. PAOI. FOnCHEit, A PAIITS.

Non, mon vieil ami, je ne t'ai pas oublié; les malheurs ne m'ont pas éloigné de loi, et. tu me trouveras toujours prêt à le répondre, que tu demandes des pleurs ou des ris, que tu aies à me l'aire partager la joie on ta douleur. As-tu pu croire un instant que ton amitié me fût importune? — Tu as eu tort, car je n'aurais pas eu, à ta place, une semblable idée. — Ml, d'ailleurs, me crois-tu plus favorisé que toi de la fortune? Écoute, mon cher ami, écoute ce qui m'arrive.

J'avais à peine expédié mon examen , que je pensais aux plaisirs qui m'attendaient ici. Mon diplôme de bachelier rencontra dans ma poche mon hillet de diligence, et l'un n'attendait que l'autre. Me voici au Mans; je cours chez, mes hellcs voisines; tout s'arrange à merveille. Ou m'cmmône

dans un vieux château. — Un maudit catarrhe oublié depuis six mois reprend ma grand'mère. Je reçois une lettre qui m'annonce qu'elle est en danger, et, huit jours après, une seconde lettre vient m'avertir de prendre le deuil. — Voilà done ;'i quoi tient le plaisir et le lionlieur de celte vie! -le ne puÏ9 le dire quelles affreuses réflexions m'a fait faire cette mort arrivée si vite. Je l'avais laissée quinze jours auparavant dans une grande bergère, causant avec esprit et pleine de santé; et maintenant, la terre recouvre son corps. Les larmes que sa mort l'ait répandre à ceux qui l'entouraient seront bientôt sèches; et voilà pourtant le sort qui m'attend, qui nous attend tous! Je ne veux point de ces regrets de commande, de cette douleur que l'on quille avec les habits de deuil. J'aime mieux que mes os soient jetés au vent; toutes ces larmes feintes ou trop proinptement taries ne sont qu'une affreuse dérision.

Mon frère est reparti pour Paris. Je suis resté seul dans ce château, où je ne puis parler à personne qu'à mon oncle, qui, il est vrai, a mille bontés pour moi ; mais les idées d'une tète à cheveux blancs ne sont pas celles d'une tetc blonde. C'est un homme excessivement instruit ; quand je lui parle des drames qui me plaisent ou des vers qui m'ont frappé, il me répond : « Est-ce que lu n'aimes pas mieux lire tout cela dans quelque bon historien! Cela est toujours plus vrai et plus exact. »

LETTRES. lOÏ Toi qui as lu l'Hamlet de Sliakspeare, tu sais ([nul tilïet produit sur lui le savant et érudit Polonais ! — El pourtant cet homme-là est bon ; il est vertueux, il est aimé de tout le monde; il n'est pas de ces gens pour qui le ruisseau n'est que de l'eau qui coule, la forêt que du bois de telle ou telle espèce, et dos eents de fagots. — Que le ciel les bénisse! ils sont peut-être plus heureux que toi et moi.

Je m'ennuie et je suis triste. Je ne te crois pas plus gai que moi ; mais je n'ai pas même le courage de travailler. Eli ! que ferais-je? Retour uerai-je quelque position bien vieille? Ferai je de l'originalité en dépit de moi et de mes vers? Depuis que je lis les journaux (ce qui est ici nia seule récréation), je ne sais pas pourquoi tout cela me parait d'un misérable aclievé ] Je ne sais pas si c'est l'ergolerie des commentateurs, la stupide manie des arrangeurs qui me dégoûte, mais je ne voudrais pas écrire, ou je voudrais être Sliakspcare ou Schiller. Je ne fais donc rien, et je sens que le plus grand malheur qui puisse arriver à un homme qui a les passions vives, c'est de n'en avoir point. Je ne suis point amoureux, je ne fais rien, rien ne me rattache ici. Je donnerais ma vie pour deux sous, si, pour la quitter, il ne fallait point passer par la mort.

Voilà les tristes réllexions que j'entretiens. Maïs j'ai l'esprit français, je le sens. — Qu'il arrive une jolie femme, j'oublierai lout le système amassé

m ŒUVHES POSTHUMES,

pendant un mois de misanthropie. — Qu'elle me lasse les yeux en coulisse, el je l'adorerai pendant, — au moins pendant six mois. — L'âge me mûrira, j'espère, car je suis bon à jeter à l'eau.

Je donnerais vingt-cinq francs pour avoir une pièce de Sliakspcare ici en anglais. Ces journaux sont si insipides, — ces critiques sont si plats! faites des systèmes, nies amis, établissez des règles; vous ne travaille/, que sur les froids monuments du passé. Qu'un homme de génie se présente, et il renversera votre échafaudage; il se rira de vos poétiques. — Je me sens, par moments, une envie de prendre la plume et de salir une ou deux feuilles de papier ; niais la première difficulté me rebute, et un souverain dégoût me fait étendre les bras et fermer les yeux. Comment me laissel-on ici si longtemps! J'ai besoin de voir une femme; j'ai besoin d'un joli pied et d'une taille line ; j'ai besoin d'aimer. — J'aimerais ma cousine qui est vieille et laide, si elle n'était pas pédante et économe.

Je t'écris donc pour le faire part de mes dégoûts et de mes ennuis. Tu es le seul lieu qui me rattache à quelque chose de remuant et de pensant; tu es la seule chose qui me réveille de mon néant et qui me reporte vers un idéal que j'ai oublié par impuissance. Je n'ai [dus le courage de rien penser. Si je me trouvais dansée moment-ci h Paris, j'éteindrais ce qui me reste d'un peu noble dans le punch el la bière, et je me sentirais

LETTRES. 193 soulagé. — Ou endort bien un malade avec de l'opium, quoiqu'on sache que ie sommeil lui doive être mortel. — J'en agirais de même avec mon

N'y a-t-il pas ici quelque vieille tète à perruque et à système, pour me dire : « Tout cela est de votre âge, mon enfant. J'ai été comme cela aussi dans ma jeunesse. Il vous faut un peu de distraclion, pas trop ; et puis vous ferez votre droit, et vous outrerez chez un avoué, m — Ce sont ces gens-là que j'étranglerais de mes mains. La nature a donné aux hommes le type de tout ce qui est mal : la vipère et le hibou sont d'horribles créations ; mats qu'un être qui pourrait sentir et aimer, éloigne de son âme tout ce qui est capable de l'orner, et appelle aimer un passe-temps, — et faire son droit une chose importante! — anatomistes qui disséquez les valvules triglochines , dites-moi si ce n'est pas là un polype?

Tu vois que je t'écris tout ce qui me passe par la tète ; fais-en autant, je t'en prie. J'ai besoin de les lettres ; je veux savoir ce qui se passe dans ton àme, comme tu sais tout ce qui se passe dans la mienne. Sans doute, elles se ressemblent beaucoup. — Nous sommes animés du même souffle.

— Pourquoi celui qui nous l'a donné le laisse-t-il si imparfait? Je ne puis souffrir ce mélange de bonheur et de tristesse, cet amalgame de fange ei de ciel. — Où est l'harmonie, s'il manque des touches à l'instrument? Je suis sou, las, assommé

tËUVUËS L'OSTHUMES.

de mus propres pensées ; il ne me reste plus qu'une ressource, c'est de les écrire. — Mais je partirai |)enl-ètre dans quelques jours. Où irai-je'.' je n'en sais rien. — Si je retourne au Mans, je m'en vais trouver tout le monde dans la tristesse ; ma grand' mère morte, toute ia famille en pleurs, maman, mon oncle (Desiierbiers) ; et, au milieu de tout cela, mon grand-père demandant à chaque instant : « Où est ma femme? » et ajoutant : « J'espère qu'elle n'est pas indisposée. »

A propos, j'ai obtenu, à ce qu'il parait, chez M. Caron, les honneurs du triomphe! Heureux, trois lois heureux celui qu'une pareille jouissance pourrait occuper un moment! Pourquoi la nature m'a-l-elle donné la soil d'un idéal qui ne se réalisera pas? — Non, mon ami, je ne peux pas le croire; j'ai cet orgueil : ni loi ni moi ne sommes destinés à ne faire que des avocats estimables ou des avoués intelligents. J'ai au fond de l'àme un instinct qui me crie le contraire. Je crois encore au bonheur, quoique je sois bien malheureux dans ce moment-ci. J'attends ta réponse avec impatience, et je souhaite de tout mou cœur pouvoir l'entendre de vive voix.

Adieu, mon cher ami.

Tout à toi.

ÀLFHED.

Au iMIgmi du Cognera, te 93 septembre 1831.

LETTRES

A M. DR K1IE R Itl E R S AU H ANS.

-le t'envoie, mon cher oncle, ces poèmes dont tu as entendu une partie. Lire et entendre sont deux, comme tu" sais; mais tu ne seras pas pour eux plus sévère que moi, et je te demande toute la franchise possible.

Je le demande grâce pour des phrases contournées ; je m'en crois revenu. Tu verras des rimes faibles; j'ai eu un but en les fnisant, et sais à quoi m'en tenir sur leur compte ; mais il était important de se distinguer de celte école l imeuse, qui a voulu reconstruire et ne s"est adressée qu'à la forme, croyant rebâtir en replâtrant.

Ma préface est impcrtinenlc ; cela élait nécessaire pour l'effet; mais elle n'attaque personne et il est très-facile de lui prêter différents sens.

Quanl aux rhythmes brisés des vers, je pense là-dessus qu'ils ne nuisent pas dans ce que l'on peut appeler le récitatif, c'est-à-dire la transition îles sentiments ou des actions. Je crois qu'ils doivent être rares dans le reste. Cependant Racine en faisait usage.

Je te demanderai de l'attacher plus aux compositions qu'aux détails ; car je suis loin d'avoir une

manière arrêtée. J'en changerai probablement plu- Rieurs t'ois encore.'

J'ai retranché du dernier poème plusieurs clioars un peu trop matérialistes, et y ai laissé dominer le dandysme, qui est moins dangereux. Je cherche à éviter les ennemis, et n'y réussirai très-probablement pas; mais je crois que jusqu'à présent, mon père, qui lit les journaux très-exactement, a plus [leur que moi. La critique juste donne de l'élan et de l'ardeur. La critique injuste n'est jamais à craindre. En tout cas, j'ai résolu d'aller en avant, et de ne pas répondre un seul mol.

Tout cela d'abord est assez amusant ; je ne peux pas m'empècher de rire toutes les fois que je me rencontre étalé.

J'attends tes avis. Mes amis m'ont fait des éloges que j'ai mis dans ma poche de derrière. C'est à quatre ou cinq conversations avec toi que je dois d'avoir reformé mes opinions sur des points "trèsimportants; et depuis j'ai fait bien d'autres réflexions. Mais tu sais qu'elles ne vont pas encore jusqu'à nie faire aimer llacine.

Adieu donc, mon bon oncle. Aime-moi toujours, et crois que je te le rends du meilleur de mon cœur. Je n'ai qu'un regret ; c'est de ne l'avoir pas auprès de moi pour me servir de guide et d'ami. Ton neveu

Amukd de Musset.

Janviw 1830.

L ËTT RES.

A SON FHÈIIE, A Alï EN SAVOIE.

Mon cher ami, Hier matin, j'ai été ehcz notre voisin Alfred Bel mont, faire une partie d'impériale. 11 arrivait d'Aix, où il t'avait laissé, m'a-t-il dit, souffrant d'un rhume que tu as gagné en allant à la Chartreuse. Je le reconnais bien là. Garde-toi, en écrivant à ma mère, de lui parler de ce rhume. Elle est déjà assez, inquiète dès que tu bouges de la maison. Tu me demandes à quoi j'emploie mon temps, je ne l'emploie pas, je le passe ou je le tue: c'est déjà assez difficile. Cependant je dois dire <[ue nous discutons beaucoup, je trouve même qu'on perd trop de temps à raisonner et épiloguer. J'ai rencontré Eugène Delacroix, un soir en rentrant du spectacle: nous avons causé peinture, en pleine rue, de sa porte à la mienne et de ma porte à la sienne, jusqu'à deux heures du matin ; nous ne pouvions pas nous séparer. Avec le bon Anlony Deschamps, sur le boulevart, j'ai disculé de huit heures du soir à onze heures. Quand je sors de chez Nodier ou de chez Achille (Devéria), je discute tout le long des rues avec l'un ou l'autre. En sommes nous plus avancés? En l'era-t-nn un vers

ŒUVRES POSTHUMES. f meilleur dans un poème, un trait meilleur dans un tableau? Chacun de nous a dans le ventre un certain son qu'il peut rendre, comme un violon ou une. clarinette. Tous les . raisonnements du monde ne pourraient l'aire sortir du gosier d'un merle la chanson du sansonnet. Ce qu'il faut à l'artiste ou au poêle, c'est l'émotion. Quand j'éprouve, en faisant un vers, un certain battement de coeur que je connais, je suis sûr que mon vers est de la meilleure qualité que je puisse pondre.

Dimanche, après le dîner, je bâillais comme une huître dans la grande allée des Tuileries, quand j'ai aperçu les demoiselles *** assises au pied d'une eaisse d'oranger. Je les ai abordées et je me suis assis près de la plus jeune. Elle avait un petit chapeau blanc avec des rubans verts. Tout ce qu'elle disait était charmant d'ignorance. On sent dans ses regards je ne sais quoi de frais et de tendre dont elle ne se doute pas. Elle ne connaît pas plus l'amour qui est en elle qu'une fleur ne connaît son. parfum. La beauté d'une jeune tille a quelque chose d'indéfinissable. Je suis resté une heure à coté de cette enfant ; il me semblait que je m'étais glissé à l'abri sous les ailes de son ange gardien. En quittant ces dames, parce que la retraite sonnait, je suis allé au café de Paris. J'y ai trouvé M... en train de parier qu'il fumerait deux cigares à la fois jusqu'au bout sans les ôter île sa bouche et sans cracher. Ce pari m'a paru si bête que je suis parti. Horace de V... m'a accompagné

LETTRES

jusqu'il ma porte. Il m'a appris une chose que je ne savais pas, c'est que depuis mes derniers vers 1 , ils disent tous que je suis converti, converti à (|iioi? s'imaginent-ils que je me suis confessé à l'ahlié Delisle ou que j'ai été frappé de la grâce en lisant Laharpe? On s'attend sans doute que, au lieu de dire : <i Prends ton épée et tue-le, » je dirai désormais : « Mi me ton bras d'un glaive homicide, et tranche le fil de ses jours. » Bagatelle pour bagatelle, j'aimerais encore mieux recommencer les Marrons du feu et Mardoche.

Adieu, mon cher ami. Je sais qu'il y a beaucoup de jolies baigneuses à Aix, M'™ de V..., M"" d'A..., etc., et que tu fais le coquet avec ces dames. Je t'autorise à les embrasser toutes pour moi.

Ton frère et ami

Au. M.

Jeudi \ noût (18M).

A M, KJITLE rtrSCIIAMPS.

Il décembre (1832).

Monsieur,

Si les mauvais vers ne vous font pas peur et que la veille, de Noël ne vous trouve pas engagé 1 t*« Vieux stérilet ri Oclùve.

200 ŒUVRES l'OSTHUHES.

dntis quelque réveillon, vous seriez bien bon et bien aimable de venir écouter des poèmes qui ont besoin plus que personne qu'on ne les abandonne pas. Je vous demande deux choses bien faciles à vous : complaisance et indulgence.

Je vous ai promis. — Ne me laites pas défaut, non plus qu'à cette bonne camaraderie qui honore tant les uns et désole tant les autres.

Je vous prie de croire à mon entier dévouement.

A. de Musset.

A )l . MAXIME JACBERT.

Monsieur,

J'ai essayé ce matin de changer quelque chose h la strophe que vous m'avez, donnée et dont vous n'êtes pas content. Après l'avoir retournée de toutes les façons, je trouve que je n'y saurais rien faire de mieux, et qu'il faudrait simplement la conserver. Cependant je vous soumets ce que j'ai pu faire et dont, à votre tour, vous ferez ce que vous voudrez.

S'il est nécessaire, pour le sens général, de conserver le premier vers, connue liaison avec la strophe précédente, on pourrait moitié :

LETTRES

Que l'ègoïsme seul au chagrin suit on proie, Quand le sage au banquet s'abandonne à la joie. Que sur le Ilot qui passe il répande son pain, Il le retrouvera dans un jour de misère.

Le malheur porte un voile, et nul bomme sur terre N'est sûr du lendemain.

Cette strophe serait peut-être une imitation plus exacte du passage de l'Etclésiaste. L'expression qu'il répande son pain est celle du texte français. Il ne faut pourtant pas trop s'y fier; car au verset suivant, qui fournit l'idée des deux derniers vers, il y a, dans Lcmaîstrc de Sacy, un contre-sens positif. Le texte dit : quia ignoras quid futurum sit mali super terrain ; et le français dit : « parce que vous ignorez le mal qui doit venir sur la terre. » — C'est tout autre chose; il aurait fallu, je crois : « quel mal peut venir. »

Si une autre paraphrase de ces deux versets pouvait entrer dans le morceau sans premier vers, on pourrait mettre encore :

Nul ne sait de quels maux son destin le menace. Jette un morceau de pain dans le fleuve qui passe ; Les flots qui sont à Dieu ne l'engloutiront pas. Laisse-les l'emporter sur la rive étrangère, Et, dans longtemps peut-être, eu un jour de misère, Tu l'y retrouveras.

Si vous ne voulez prendre que le sens philosophique du passage de l'Écriture, et le développer sous ce rapport, peut-être alors pourrait-on dire encore :

Qui peut prévoir les maux suspendus sur sa lêlc?

m ŒUVRES l'uSTHUJfES.

Quand vous serez, assis an banquet d'une Jetez dans l'eau qui passe un peu de votre pain, line te pauvre ail sa part de ce. que Dieu vous donne. Afin que, quelque jour, celui qui fait l'aumône Vous ouvre aussi sa main.

Mais à force de retourner le texte, il finirait par n'en rien rester. Ainsi voilà qui prouve que le mieux est l'ennemi du mal , comme vous me le disiez l'autre jour; ajoutez, à cela que le bien est l'ennemi du mal, comme je vous le disais aussi, et vous en serez, au mémo point que moi , c'est-àdire dans le même cas que ces courtisans qui, après avoir délibéré pendant trois jours à quel endroit ils couperaient le nez du roi , décidèrent qu'il fallait le couper au premier endroit venu.

Coupez donc, monsieur, et biffez ce que bon vous semblera dans ce que je vous envoie. Vous Unirez par prendre dans ces strophes la meilleure qui est la votre; et c'est mon avis que vous la choisissiez. Ne voyez, je vous prie, dansée griffonnage, que le désir de vous être agréable; je m'en tirerai peut-être mieux une autre fois, si vous voulez bien me mettre à contribution quand je pourrai vous être bon à quelque chose.

Votre bien dévoué Ai,f. de Musset.

Mercredi.

Voici le texte latin îles deux vflrsets qui composaient celle strophe :

a Mittc pnnem tntim super Irnnsciintrs nquns : ijuin poil lempra milita invunirs illiim. s

a Da partem soptem, neenon cl otlo : quia ijtnoras quid fulnriim sit mali saper terrain. j> [EcclésUate, ch. ».)

LETTHES,

A SA MA Hit Al ME,

Vous avez on grand tort, madame, do n'être pas venue ee soir au Théâtre-Français. Rosine n'a pas été espiègle, mais glle a été spirituelle et assez coquette, Tort coquette même. Il y a eu une sortie charmante. Voici comment : elle vient de lire le billet de Lindor ; l'acte finit ; elle est seule en scène. Le billet lu, et le dernier mot dit, l'actrice n'a plus qu'à s'en aller; elle s'en va donc. L'orchestre se met à jouer une valse. Or, au lieu de sortir connue on sort, c'est-à-dire de laisser le théâtre vide pour l'entr'aclc, voici ce qu'a fait Kosine ce soir :

Elle s'en est allée à pas lents, tenant à la main le billet de Lindor, le relisant, tournant sur la scène, seule, sans mot dire, cela a duré près de cinq minutes. Le parterre n'a pas bougé ; il a suivi des yeux la demoiselle, qui n'en a pas été plus vite, tournant et relisant toujours, en dépit de l'entr'acte et de l'orchestre. Enfin elle est sortie et on a applaudi. Que dites-vous de cela? Comme c'est hardi, calculé, affecté et parfaitement vrai] et comme c'est féminin I

— Mais, direz-vous, c'est une tradition ; cela se l'ait peut-être tous les jours.

— Non, madame; j'ai vu, Dieu aidant, une ecn-

taine de fois le Barbier de Séville, et je n'ai jamais

vu cette sortie.

— Eh liicn, direz-vous encore, c'est une idée de M" e Mars.

— Eli! que m'importe ? c'est charmant. Et songez que d'oser le faire, d'oser tenir ainsi le spectateur en haleine, au moment où l'entr'acle coin menée, d'oser rester quand tout le monde va se lever, quand on n'a plus rien, à dire, quand les garçons de café brûlent de crier leur limonade, ma foi, oser cela, le l'aire et réussir, c'est quelque chose.

Celle Jolli'e, qui n'esl pas ciiil'e, e*t ccrLiitmiicut * I ■ ; ISSU, puisqu'il y e>l question île niiiileinoisellL' ['lessy, qui joua |Hiur la première ittis li' rôle île liusiue :i ];i IJoiiiéilie-I'ïanraise le 1 20 mni de celle même année.

A SA IIAIIKA1N E.

Madame,

Voici le fait. La princesse m'écritqu'clle ne peut me hàtir un sujet avec l'histoire dont je vous ai parlé, et dit-elle, voici pourquoi : « Le fond de l'histoire n'est ni extraordinaire ni gai. Les détails sont, en revanche, du meilleur comique ; mais ruminent donner les détails sans démasquer les

LETTRES. 205 personnages? — Il faut y renoncer, conclut-elle à moins que M""' J... ne trouve un moyen. »

Vous êtes déjà, madame, conseillère, par droit de conquête, soyez-le encore, je vous en prie, par amour des belles-lettres. Pour ina part, je ne vois qu'un moyen, clje l'ai propose : c'est de garder les laits, autant que possible, les caractères idem, et de changer les hommes en femmes, et réciproquement. Qu'en pensez-vous? ,1e l'ai déjà fait, et m'en suis bien trouvé. Les vrais 1 idiculcs, comme les vrais sentiments, ont peu ou point de sexe. Mais vous trouverez mieux, si vous voulez ; et si grâce à vous, l'alTaire peut s'arranger vous rendre/, un véritable service à voire très-toussant et enchifrené serviteur

Alf. M.

•n Kwier 1S31.

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