NE PAS FAIRE PEUR, ÊTRE A FAIRE PEUR
Si à cette question : Je suis à faire peur, une femme ne répondait pas ; « Vous êtes divinement |mise; » et un homme ; « Je ne vous ai jamais vue
plus jolie, » ce serait masquer de politesse. Eu effet, par cette phrase on demande à la femme un compliment sur sa toilette, h l’homme un compliment sur sa figure. Â chacun selon sa capacité.
N’ATOIR pas une robe ou UN CHAPEAU A SE METTRE.
Il y a des maris qui répondent sottement à ces paroles : « Je n’ai pas une robe, pas un chapeau à me mettre, » par une énumération des jupes et des chapeaux variés qu’ils connaissent à leur femme. C’est qu’ils n’ont pas compris la phrase. « Je n’ai pas une robe, pas un chapeau à me mettre, x> veut dire qu’il se présente une occasion ou un prétexte d’avoir une robe neuve ou un nouveau chapeau, et qu’on n’en a pas profité : un changement de saison, une fête, un mariage, un deuil, une représentation extraordinaire, une course de chevaux, une étoffe nouvellement arrivée de Lyon, une très-belle robe ou un frais chapeau arborés par une amie.
Il fait si froid qu’il faut bien acheter un robe de velours, — qui commencera au-dessous des épaules.
Il fait si chaud et le soleil est si ardent, qu’il faut bien acheter un chapeau de paille d’Italie,— qui commencera derrière la tête et ne garantira absolument rien.
m ENCORE LES FEMMES.
€ Je n’ai pas une robe, je n’ai pas un chapeau k me mettre, » veut dire : « Il y a longtemps que je n’ai acheté une robe neuve, un chapeau neuf. »
Votre femme aurait cent cinquante robes et cent cinquante chapeaux, il ne faudrait pas penser à tirer de là une objection : elle ne serait pas admise, et, de plus, ce n’est pas à ce qu’on vous dit que vous répondriez.
Ce n’est pas seulement pour avoir des robes et des chapeaux qu’on en achète. Il y a dans l’action d’acheter un plaisir particulier pour les femmes. La femme qui achète a par cet acte même un moment de domination.
Une douzaine de femmes sont arrêtées devant les vitres d’un riche magasin d’étoffes. La femme qui entre triomphe d’elles toutes. Ce que les autres regardent, contemplent, admirent, envient, elle veut le prendre, l’avoir à elle, l’emporter, V acheter surtout.
Les femmes font peu d’affaires et manient peu d’argent ; elles sont sous ce rapport, pour la plupart, soumises à leurs maris. C’est « monsieur » qui paye les fournisseurs, les loyers,. les gens; c’est lui qui reçoit l’argent et donne les quittances, etc.
ENCORE LES FEMMES. l«l
La femme qui entre dans un magasin va acheter elle-même, payer elle-même ; si on envoie la note chez elle, c’est elle que l’on demandera, c’est en son nom qu’elle est faite.
Un côté moins puéril est celui-ci : — « Cette femme entre là et va y acheter probablement ce que je désire. Son mari lui donne donc beaucoup d’argent? Son mari est donc bien riche? On l’a donc trouvée plus belle que moi? Est-ce qu’elle est plus belle que moi? »
Il faut s’arrêter quelques instants devant ces trébuchets, ces souricières tendues chaque matin sous le nom de magasins de nouveautés. Il faut voir la démarche, l’attitude et les yeux de la femme qui entre dans le magasin en dérangeant pour passer celles qui regardent aux vitres ; elle a l’air de ne pas les apercevoir; elle marche droit, c’est à elles à se déranger. Il faut voir aussi le regard des femmes dérangées : ce regard qui suit la femme qui entre, commence triste et finit dédaigneux. — Le dédain est un masque qu’on met sur la tristesse.
La femme qui achète domine dans le magasin; elle ordonne, elle sc sent obéie, non à cause de sa beauté, elle est un peu blasée sur ce plaisir-là, mais à causa de son argent; c’est un triomphe d’homme.
Beaucoup, par décorum, n’emportent pas dans leur
▼oitore ce qu'elles ont acheté; c’es’t un sacrifice assez dur à une convention. Si on a un grand nom, ou un nom illustre, ou un nom célèbre ; si on demeure dans un certain quartier, on donne son adresse de façon à être entendue; après avoir battu les femmes qui regardaient aux vitres, on bat celles qui sont entrées comme vous, on est victorieuse des victorieuses. Cependant, si on a une voiture à soi, si la livrée est belle, si les panneaux sont armoriés, on peut à la question du commis: c On portera chez madame? » répondre, sans trop se compromettre : t Non, j’ai ma voiture. >
La femme qui rentre chez elle après avoir acheté se sent du plaisir vis-à-vis de sa femme de chambre, vis à vis de sa portière.
En effet, un homme ne tient pas à battre tous les hommes; il en est beaucoup qui ne peuvent jamais se rencontrer sur son chemin ; il n’est pas en rivalité avec le portier ni avec son valet de chambre.
Mais la femme sait et sent qu’il n’y a d’égalité réelle entre les femmes que ceUe de la beauté. Une jolie femme de chambre est une femme, et vaut la peine qu’on lui fasse sentir sa supériorité et qu'on se la fasse sentir à sol-môme.
Les femmes bien élevées ne se servent Jamais , à l’égard des autres femmes, de phrases mal sonnantes. Comme les sauvages, elles lancent des flèches élégantes, empennées des plumes de pourpre, d’azur et d’émeraudes, dont la pointe est empoisonnée.
Elles se servent de compliments vénéneux.
Une femme bien /(Zî7e, -c’est une femme qui a des marques de petite vérole, ou les cheveux rares et mal plantés, ou une bouche trop grande ; en un mot, une femme bien faite est une femme dont on nie la figure
Une belle personne, c’est une femme qui n’est plus très-jeune, qui a la taille un peu épaisse, qui manque d’élégance, et qui a une grosse gorge placée trop haut.
Si l’on veut pousser celte injure à sa dernière limite et la rendre l’équivalent de grosse femme commune, on dit : Elle a une belle santé. Mais cela ne se dit que rarement ; c’est un peu trop violent pour être tout à fait de bonne compagnie.
lfp,e femme d'esprit, une femme très-aimable, c’est une femme qui n’est ni jolie ni bien faite.
Une bonne personne, cela veut dire laide et bête.
(Me excellente personne est un gros mot que je ne traduirai pas ici.
(Test une^ inconséquence. On répond « c’est une inconséquence » à une accusation grave portée contre une autre femme. Cela a un triple effet excellent : on paraît indulgente; 2® on accepte comme
vraie l’accusation portée et on ne la nie pas; 3® cela excite l’accusateur à appuyer un peu pour justifier la sévérité de son jugement.
En effet, supposons que M. G... dise de madame C... qu’elle est fort compromise avec M. B... — Madame D..., amie de madame C..., pourrait répondre ; «Mais elle le connaît à peine; il ne "va pas chez elle... C’est une calomnie I »
Au lieu de cela, elle dit : — « Mon Dieu 1 qu’on est méchant ! je n’en crois pas un mot ; je suis sûre qu’il n’y a que des inconséquences. »
M. G... réplique :
« Vous êtes lien bonne d’appeler cela «des inconséquences! » Moi j’appelle cela... (un gros met* au choix).
Résultat de cette parade qu’on a eu l’air de faire contre le coup porté à une autre femme.
C’est ce qui arriverait si on parait mollement avec un sabre le coup qu’un autre sabre adresserait à un adversaire : le patient recevrait les deux armes sur la tête ; seulement son ennemi un peu irrité donnerait un second coup.
Total, trois coups de sabre.
Vous ne me comprenez pas, cela veut dire ; Vous me comprenez trop bien, et vous ne voulez pas croire aux mensonges que j’avais espéré vous faire accepter.
Un homme sans conséquence, ç’est un homme auquel dn fait faire pour rien tout ce qu’un autre ne ferait que pour tout.
Il est bon de dire aux femmes, — s’il en est quelqu’une qui ne le sache pas, — qu’il n’y a pas d’homme qui soit il ses propres yeux « un homme sans conséquence. »
Donc, l’homme dont vous usez et abusez sous pré- 1 texte que vous l’avez déclaré « sans conséquence » n’a ! pas accepii la convention que vous lui imposeriez les corvées, les ennuis, les sacrifices même, et que vous
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