HISTOIRE DU PROFESSEUR HENRY WALSTEIN
— Qu’as-tu, Hcary? disait sa femme, — tes yeux sont égarés et lancent du feu.
— Ce que j’ai, tu vas le voir tout à l’heure.
Le joaillier arriva.
— Monsieur Eichstall, — dit Henry en lui tendant un papier plié, — qu’est-ce qu’il y a là dedans ?
M. Eichstall examina, retourna une petite pierre enfermée dans le papier, et dit : C’est un des plus beaux rubis balais que j’aie vus de ma vie. — Le voulez-vous vendre ?
— Pas encore, dit Henry, mais je vous en vendrai trois cents le mois prochain ; j’ai fait celui-ci cette nuit; — il est un peu petit, mais je vais demain en faire un gros comme votre tabatière. »
Le joaillier regarda madame Walstein d’un air de compassion; illui semblait, en effet, qu’Henry était fou.
U est vrai qu’il était en proie à un terrible délire ; — mais il n’était pas moins vrai qu’il avait fabriqué un rubis.
Le joaillier essaya de le rayer avec un diamant qu’il portait au doigt. — Il dit :
« Monsieur Walstein, je ne crois pas à la plaisanterie que vous me faites, — mais oe que je crois, c’est que ceci est un très-vrai et très-beau rubis.
— Eh bien?
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^ £b hi£D .I > 0 » vaos voulez vu>us moquer ide moi, ou quelqu’un se moque 4e vous.
— Cou^ûâB y -a-t-il de rubis semblables dans la ville?
— Se^'OUihuit.
— Demain, je vixus en montrOTai quinze, — après demain... après demain... — oh! après demain...»
Henry tomba à la renverse ; — en le releva, on le mit au lit, — il avait la fièvre et le délire.
Le bruit se répandit que Henry Walstein était devenu fou,'ftt croyait faire des pierreries. Il était de\‘miu Ibu, il -est vrai, mais de joie d’en avoir fait.
il exigea que l’«n r-empUt sa diamte de fleurs.
— Ah ! je suis vengé, — s’écriar-tnil, — virait les fleurs! à iras lee diamants ! — des rubis ! je veux «ne maison «doiit toutes les jûerres sei'ont des -rubfê balais, ieipavé d’émeraudes, des lustres en vrtûs<diamanls.
Mais non, ça va être trop commun, jen’<ânveBS. pas ; — 4^ veux le k»c <de la ^pierre de iaille.
Ah ! ah ! ah ! disait-il en souniant, — ailez-nmi donc chm cher tmiies oes beU(^ dames -si dèrcs xle leurs dia* manlsi il n'y a iphis <de diamants. Marie-ÀnDc, ton fameux cdilier de ir^ottemilieifrancsl en veux-tu six sous, dépéche-loi, demain, il ne vaudra jpassioher.
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iUtf ça» je- Mrâ fceüretnt l‘ ïes dîamaîïte ont fait une ins piewrer ma cMre Marie, cl moi f ài déshonoré, auppriinè les diamants.
Jetez donc tous ces rubis par tes fenêtres ; — il y a trop de rubis ici, on ne sait où marcher, balayez les pEbis, — e^estBott pour sabler le jardin.
Merci, mon Dieu, de rtfaynir permis d’accomplir mon ▼ceu-; merci de m'avoir laissé entrer dans le laboratoire de la nature, qui est ta volonté-.
Bt for, — H: faut aussi que je fasse de for ; — il tmt qrie je détruise For; — il n’y a pas besoin de le déshonorer, — -il'Fest depuis longtemps.
Moi, j’avais compris que tous ces métaux étaient choses viles, en réalité, en voyant le peu de cas que Dieu en fait, et les mains auxquelles il les distribue qnelquefois.
A bas For ! — & bas les pierreries 1
Vivent les fleurs ! — Allez-moi acheter encore des fleurs. — Tenez, voici une poignée d’améthystes, tâchez de trouver un marchand assez héte pour vous donner en échange tra bouquet de violettes.
Si, en semant des améthystes et des rubis, on pou- t vait faire venir des-violettes-et des roses...
Mais...
Ah! que je su» heureux, -^mes deux chères amies,
— ma femme, ma sœur, les diamants vous avaient fait pleurer : il n’y a plus de diamants. Je vais dormir un peu , — et puis je vais me mettre aux saphirs. — Ah I les pauvres saphirs 1
Et il mourut en riant.
Je le répète, Henry n’était devenu fou que de l’excès de travail et de la joie du succès. — Son rubis fut vendu quatre mille francs ; mais ses travaux, son se> cret, tout était perdu.
Heureusement, à la même époque, — et ceci vous pouvez le savoir, — vous pouvez le demander, un jeune savant français, monsieur Ebelmer, directeur de la fabrique de Sèvres, obtenait les mêmes résultats, mais d’une façon plus complète, plus certaine, plus méthodique ; — il avait fait des rubis, des chrysobérils, des émeraudes et des péridots, lorsqu’il est mort, à l’époque de l’Exposition universelle de Londres; mais lui, qui est mort avec tout son bon sens, — il a lafssé tous ses procédés.
Dernièrement, à l’Académie des sciences, un autre savant, dont je ne me rappelle pas le nom, a apporté de petits diamants de sa composition.
Les pierreries vont devenir ce que la nature les avait faites, -- des cailloux brillants.
Le Sancy, le Régent, la Montagne de lumière, etc.,
— seront de si petits diamants, qu’on n'en saura que faire; — les fabricants ne s’amuseront pas & de pareilles babioles.
On a souvent raconté, comme chose prodigieuse, que le Sancy, qui avait appartenu à Charles le Téméraire, fut trouvé par un soldat après la bataille où fut tué le duc de Bourgogne, et vendu un écu à un curé.
Il viendra un jour où le Sancy ne trouvera plus d’acheteur à un écu.
Ne payez donc plus les pierreries trop cher, ni en argent, ni en bonheur.
Elles vont bientôt non pas perdre, mais reprendre leur valeur de cailloux très-brillants, mais moins beaux que les fleurs.