‹ Œuvres complètes d'Alphonse Karr Encore les femmesChapitre 12 sur 35 · MA RIE- ANNE · texte numérisé non relu

MA RIE- ANNE

On m’appelle. — Cause avec Marie ce soir. — Elle t’aime;— tu lui persuaderas tout ce que tu voudras.

— Mais ne t’amuse pas k lui prouver quelque chose,

— c’est inutile; — et surtout, ne gâte pas le bonheur de quatre personnes par ta mine renfrognée.

Marie-Anne embrassa son frère et descendit* — Le soir, il sembla à Henry que Marie, charmante avec sa couronne de myosotis, jetait parfois un regard triste et oblique sur les bijoux de Marie-Anne.

Il lui sembla qu’elle accueillait froidement ses éloges sur sa beauté et sur sa coiffure.

On parla de l’avenir. Marie dit: « Tu ne me verras pas souvent à la ville, Marie-Anne ; mais tu causera* une grande joie ici, quand tu y viendras. *

Il sembla k Henry que cela voulait dire : « Moi qui n’ai pas de diamants, moi qui vais vivre dans une triste simplicité, etc. »

Il se retira de bonne heure. — Seul dans sa chambre, il resta longtemps accoudé sur une table, et la tête dans les deux mains, entre lesquelles coulèrent quelques larmes ; — puis il se leva, marcha convulsivement, —se rassit, et dit : « C’est décidé. » Il écrivit ; * Je m étais trompé ; la femme est un oiseau qui ne

vit que dans les cages d’or. — Je pars ; je vais chercher une occasion de devenir riche. — Si Marie veut m’attendre, j’apporterai à ses pieds quelque jour le fruit de mes travaux.

» Si elle n’a pas foi dans l’avenir, je lui pardonne d’avance... de ne pas m’attendre.

» J’embrasse nos deux chères Marie, qui n’ont guère été à moi aujourd’hui, — je les charge de consoler mes parents qui, du reste, sont accoutumés à mes absences. Adieu. »

Puis il remplit une valise de tout ce qui lui était nécessaire pour le voyage, — puis il écouta, — la maison était devenue silencieuse.

— Dans une heure, dit-il, je partirai ; je reviendrai avec des diamants pour Marie, ou je ne reviendrai jamais.

On frappa à la porte, — il se troubla, — poussa la valise du pied, — et ouvrit.

C’étaient les deux Marie. — Tout le monde dormait; —Marie- Anne s’était coiffée avec les vergiss-mein-nicht, et toutes deux encore une fois semblables, — toutes deux ensemble venaient souhaiter leur fête à Henry, dont la tristesse ne leur avait pas échappé. — Leurs regards ne tardèrent pas à découvrir un dérangement insolite dans la chambre. — Qu’est ceci T

lit Marie- Anne. Pourquoi cette valise? Où vas-tu?

— O Marie-Anne , Marie-Anne ! s’écria Marie en fondant en larmes, — tiens, lis cette lettre... Voilà ce qu’il nous laissait. Il partait, il nous abandon* nait.

On gronda convenablement Henry. —On pleura, on s’embrassa. — Les deux filles ouvrirent la valise et remirent tout en place.

On se sépara fort tard. Marie- Anne dit: — Que Marie ait demain les yeux rouges et battus, cela ne regarde que toi, tu ne pourras t’en prendre à personne ; mais moi je dois compte de « mes beaux yeux » à Maximilien. — Viens nous coucher, Marie, — et laissons Henry à ses remords.

Un mois après, — le même jour, — au même autei, on bénit l’union de Marie-Anne avec Maximilien d’Eisenach, — et de Marie avec Henry Walstein.

Le comte d’Eisenach avait fait faire présent à Marie, par Marie-Anne devenue sa femme, d’un écrin pareil au sien. — Mais Marie n’avait pas oublié le chagrin d’Henry, et elle ne se parait pas des bijoux.

Un jour, cependant, Henry rentra à l’improviste, — et il trouva Marie debout devant une glace : — le collier, les pendants d’oreilles et les épingles à chçvçux en diamants et turquoises lui composaient

une parure qu’elle contemplait avec complaisance.

Elle était si bien absorbée par l’admiration qu’elle n’entendit pas son mari, lequel du reste demeura immobile, la regarda un instant, puis se retira sans bruit dans son cabinet.

Là il se tint à lui-môme le discours suivant :

— On a dit quelquefois la vérité aux rois, — il est juste de dire qu’il ne l’ont pas écoutée, et qu’ils ont, en général, joué des mauvais tours à ceux qui la leur avaient dite ; — cependant il se trouve de temps en temps des gens pour la leur dire encore.

On dit de temps en temps la vérité aux femmes ; il est vrai qu’elles trouvent cela grossier. — Mais enfin on la leur dit.

Je n’ai pas d’opinion bien arrêtée sur les rois, attendu que je n’en ai jamais vu, mais il me semble qu’ils doivent être des ennemis assez incommodes.

Je sais que j’ai grand’peur de la mauvaise humeur des femmes.

Eli bien, je vais faire quelque chose de plus hardi sans doute, puisque c’est plus rare, — je vais me dire la vérité à moi-môme.

Je suis un injuste et un sot animal.

Je suis un tyran et un niais.

Je suis un loup qui exige qu’une mésange mange

du mouton, et lui reproche amèrement de préférer îe séneçon et le chènevis.

Entre les hommes nourris de la moelle des lions, c’est-à-dire de la lecture des grands,poëtes de tous les pays et de tous les temps, — ayant vu les beaux tableaux et les belles statues, savants en histoire naturelle, — il y en a quelques-uns qui, comme moi, préfèrent les rosés aux rubis, — la rosée aux diamants, — les violettes aux améthystes. — la giroflée des murailles aux topazes.

Le nombre en effet est restreint de ceux que le souverain créateur convie aux fêles de la nature, — de ceux auxquels il donne la connaissance du beau.

Et je veux qu’une femme dont l’instruction a été négligée, — à laquelle, depuis qu’elle a atteint l’âge de quinze ans, on n’a jamais dit que des sottises, — qui voit les autres femmes avoir un culte religieux pour les pierres ; je veux qu’elle ait pour ces mômes pierreries, pour ces joujoux coûteux, un dédain, je ne dirai pas de poète ou de philosophe, — car on a vu des poètes et des philosophes ne dire du mal des grandeurs et des richesses que pour les acheter du prix de leurs invectives, — mais un dédain de chimiste qui pénètre dans le grand atelier de la nature, au milieu de scs lentes et sublimes opérations. Je suis un méchant

et un insensé. — Il faut donner du séneçon à ma jolie mésange. N’ai-je pas d’ailleurs mes joujoux coûteux, ces livres rares, — ces Elzevirs, — par exemple? — Ne puis-je lire Ovide dans un volume de deux francs aussi bien que dans cet exemplaire qui en vaut cent?

Il faut sacrifier mes joujoux — et conquérir quelques-unes de ces pierres méprisables en elles-mêmes, mais réellement précieuses, parce qu’elles peuvent rendre Marie heureuse.

A quelques jours de là il dit à Marie :

— Il y a une fête et un bal chez le conseiller Krumphollz. J’ai reçu une invitation. — Veux-tu y aller?

Un éclair passa dans les yeux de Marie, — puis elle répondit tristement :

— Non, mon ami.

— Pourquoi? — Ta sœur y sera.

— Je n’aime pas le monde.

— Tu aimes la musique et la danse ; — c’est tout ce qu’il y a de réel dans un bal.

— J’ai renoncé à tout cela, mon ami : la simplicité... heureuse de notre vie... nos habitudes de retraite... Je n’ai rien de ce qu’il faut pour aller dans le monde.

— Que te manque-t-il?

— Un homme ne peut comprendre cela, — et toi moins que les autres. — Il me manque tout.

— Tu as huit jours devant toi;— voici uneboursedans laquelle il y a dix louis, achète tout ce que lu voudras.

— Mon ami, je t’assure que je ne souffre pas de ne pas aller dans le monde, — je me suis accoutumée à la vie que nous menons, — elle me rend parfaitement heureuse... Ne me mène pas chez le conseiller.

— Cela veut dire que tu n’as pas assez de dix louis?

— en voici dix autres.

“■ Ce serait une folie, — pour aller une fois au bal. — Nous irons plusieurs fois... A propos, tu mettras ; les turquoises que fa données ma sœur.

'• — Non, tu ne les aimes pas.

— J’avais tort, elles sont fort jolies ; — c’est parce que je ne le les avais pas données que je ne les aimais pas, — mais voici un bracelet qui ira très-bien avec le collier et les pendants d’oreille. — Veux-tu maintenant venir à ce bal?

— Oui... j’y avais renoncé... sans chagrin; mais

puisque, grâce à toi, je vais y être... comme tout le monde... »

Diable, — pensa Ilenry, — moi qui la trouvais la

plus charmante des femmes, telle qu’elle était, voici que je viens de dépenser six cents francs pour qu’elle soit... comme tout le monde. — Mes pauvres Elzevirs,

— c’est moi qui lirai maintenant mes vieux amis...

comme tout le monde... dans des exemplaires incorrects, mal imprimés, etc.

N’importe, — Marie est si heureuse!

Le jour du bal, Marie était ravissante de beauté ; — les petites pierres bleues lui allaient on ne peut mieux; — en réalité elles augmentaient indirectement sa beauté, par l’air mutin que donnait à son teint et à scs yeux la conscience de sa beauté, qu'elle attribuait bien plus à ses quelques petits bijoux et à sa toilette qu’aux dons précieux qu’elle avait reçus de la nature.

Elle entra triomphante dans le salon, et sa vue causa un moment d’admiration, — qu’elle continua à attribuer à sa jupe et à son collier. Ah, se dit Henry, mes Elzevirs ne m’ont jamais fait tant de plaisir. — D’ailleurs qui m’empêche de me réciter les beaux vers de mes vieux amis en ayant les yeux fixés sur ce beau visage, au lieu de les tenir sur des pages imprimées, par exemple? Lorsqu’il vit les deux Marie s’aborder, — toutes deux fraîches et roses, toutes deux blondes, ayant d’ailleurs un certain air de famille,

— Par exemple, dit-il, n’est-il pas plus charmant de lire sur deux charmantes figures que sur une page de livre quelque correcte qu’elle soit :

Faciès non omnibus una,

Nec divers* tamen, quai» decet esse sororuna#

Sans avoir le même visage elles se ressemblent comme il convient à des sœurs:

Charmante manière de lire Ovide ! — se dit Henry; *- puis il regarda danser sa femme.

On se retira au milieu de la nuit ; — Marie lui parut triste, — il la crut seulement fatiguée.

— T’es-tu amusée?

— Oui... certainement, mon ami... et je te remercie.

— Tant mieux, car il y a un autre bal la semaine prochaine.

— Je n’irai pas... répondit Marie d’un ton un peu sec, — puis elle reprit:... Je ne veux pas abuser encore de ta complaisance... tu as dû t’ennyer.

— Moi... pas le moins du monde, — je t’ai regardée, — et au milieu de toutes ces femmes mcs yeux et mon cœur t’ont encore choisie pour la compagne de ma vie.

— Que tu es bon, — mais... cela en réalité donne beaucoup de fatigue, — j’aime mieux n’y pas aller.

Le lendemain, Henry, qui vit la tristesse encore empreinte sur le visage de Marie, découvrit qu’on ne lui disait pas tout. — Il questionna, il pressa, enfin il apprit : t 0 que pour aller au second bal, on ne pouvait rien mettre de ce qui avait paru dans la toilette du premier. — Il y a à ce sujet des lois et une pénalité mieux observées et plus sévères que celles sur i cs .

encore les femmes.

quelles reposent la paix des empires et la liberté des peuples.

2° Que les bijoux de Marie, qu’elle, presque autant que lui, avait crus superbes, — étaient des bijoux de petite fille, de pensionnaire ; — que Marie-Anne ne les avait jamais remis depuis son mariage, — et qu’à ce bal chez le conseiller elle avait un collier de perles de trente mille francs, — et des boutons d’oreilles de diamant valant cinq cents francs chacun.

Ce récit arraché à Marie fut suivi d’un éloge qu’elle fit de la vie champêtre et bucolique, — des arbres, des lacs et du laitage.

A ce moment, Marie-Anne entra.

Henry, appelé de dehors, ne tarda pas à rentrer, et trouva les deux cousines en larmes.

Marie-Anne avait raconté ses chagrins : le comte d’Eisenach était jaloux, brutal, et « vieux, » Marie- Anne était « la plus malheureuse des femmes. »

— Mais, ma chère sœur, dit Henry én l’embrassant, Maximilien avait, quand tu l’as accepté, vingt ans de plus que toi, absolument comme aujourd’hui.

11 se mit la tête dans les deux mains, — et il pleura.

— Voici malheureuses, — s’écria-t-il, — les deux femmes que j’aime le plus au monde : ma femme, parce

qu’elle n’a pas d’assez gros diamants ; — ma sœur, parce que, pour avoir des diamants, elle a vendu sa vie et son bonheur.

Il resta encore quelque temps absorbé dans de profondes réflexions , — les yeux fixes ; — puis tout à coup — il se leva, et dit :

« Les diamants me le payeront.

» Je vais consacrer désormais ma vie à un seul but:

» Je rendrai les diamants et les autres pierres dites précieuses aussi viles que les cailloux des chemins.

» Méprisables cailloux en effet, s’écria-t-il, en marchant par la chambre avec agitation, pour lesquels on a fait tant d’infamies et tant de sottises ! »

Ses regards étaient tellement scintillants, ses mouvements tellement saccadés, que les deux Marie le crurent en proie à un accès de délire, — peut-être de folie ; — elles l’enlacèrent dans leurs bras, en lui disant de leurs douces voix : — Mon frère , mon bon Henry, calme-toi.

— Je ne suis pas aussi malheureuse que tu le crois, disait Marie-Anne.

— Moi, je suis la plus heureuse des femmes, disait Marie.

— Peu importent maintenant vos pieux mensonges 1 la condamnation des diamants est prononcée. Ah 1 ila

ont voulu jouer avec un chimiste de ma force ! — eh bien 1 ils périront, je les tiens, — j’en ferai des gros comme des pavés, et je les vendrai cinq sous comme les pavés. — On a dit que la salle où Assuérus reçut Esllicr était pavée d’.émeraudes, et les savants ont révoqué la chose en doute sous prétexte d’impossibilité:

— on en pavera les écuries !

On a conteslô aussi le fameux plat d’une seule émeraude des Génois, celui sur lequel, dit-on, fut servi l’agneau de la Cène.

Je ferai d’une seule émeraude les cruches et les cuvettes pour les usages les, plus vulgaires.

Ali 1 on ne reverra plus ce temps où un père romain disait : « S’il me vient une fille, je lui couperai les oreilles par égard pour mon futur, car les oreilles de ma femme m’ont ruiné ; à chacune d’elles pend un patrimoine. »

Il viendra un temps où les pierreries perdront môme leurs noms sonores de saphirs, de topazes, d’opales, d’améthystes ; — on les confondra dans un seul nom ;

— comme par verroteries on entend aujourd’hui toutes sortes de colificliets en verre , quelle qu’en soit la couleur.

De ce jour, Henry renonça au monde, aux distractions. — Un petit héritage qui lui survint lui permit

même de renoncer aux leçons qu’il donnait; il se fit construire un grand laboratoire, et n’en sortit plus qu’une fois par jour à l’heure du dîner. On ne le rencontra plus jamais dans la rue, il renonça à toutes les habitudes voraces qui mangent des heures ; — il ne lut plus, il ne causa plus, — il ne fuma plus.

Sa femme se plaignit quelquefois de la tristesse df la maison.

— C’est la faute des diamants, disait-il, mais leur af» faire est bonne, — ils vont être déshonorés, ils vont • être perdus. — Vois ma sœur, fais venir du monde chez toi, si cela t’amuse, — mais laisse-moi finir mes affaires avec les pierreries , — il faut que la nature finisse par me livrer son secret tout entier; — je sais déjà avec quoi elle les fait et avec quoi elle les colore, mais l’homme ne peut pas y mettre la lenteur qu’elle y met. — Il faut que je trouve des procédés expéditifs, — j’y suis bientôt : je ris quand je pense qu’il y a encore des imbéciles qui achètent des pierreries en ce moment.

Un matin, — Henry, qui avait passé la nuit dans son laboratoire, — en sortit pâle, plus encore d’émotion que de fatigue.

— Ah 1 ah ! — s’écria-t-il, — vite, qu’on aille me chercher Eichstall, le joaillier.

— Qu’as-tu, Henry ? disait sa femme, — tes yeux sont égarés et lancent du feu.

— Ce que j’ai, tu vas le voir tout à l’heure,

Le joaillier arriva.

— Monsieur Eichstall, — dit Henry en lui tendant un papier plié, — qu’est-ce qu’il y a là dedans ?

M. Eichstall examina, retourna une petite pierre enfermée dans le papier, et dit : C’est un des plus beaux rubis balais que j’aie vus de ma vie. — Le voulez-vous vendre ?

— Pas encore, dit Henry, mais je vous en vendrai trois cents le mois prochain ; j’ai fait celui-ci cette nuit; — il est un peu petit, mais je vais demain en faire un gros comme votre tabatière. »

Le joaillier regarda madame Walslein d’un air de compassion; illui semblait, en effet, qu’Henry était fou.

U est vrai qu’il était en proie à un terrible délire ; — mais il n’était pas moins vrai qu’il avait fabriqué un rubis.

Le joaillier essaya de le rayer avec un diamant qu’il portait au doigt. — Il dit :

« Monsieur Walstein, je ne crois pas à la plaisanterie que vous me faites, — mais œ que je crois, c’est que ceci est un très-vrai et très-beau rubis.

— Eh bien ?

— Eh bien ! ou vous voulez vous moquer de moi, ou quelqu’un se moque de vous.

— Combien y a-t-il de rubis semblables dans la ville?

Sept ou huit.

— Demain, je vous en montrerai quinze, ~ après demain... après demain... — oh! après demain...»

Henry tomba à la renverse ; — on le releva, on le mit au lit, — il avait la fièvre et le délire.

Le bruit se répandit que Henry Walstein était devenu fou, et croyait faire des pierreries. Il était devenu fou, il est vrai, mais de joie d’en avoir fait.

fl exigea que l’on remplit sa chambre do fleurs.

— Ah ! je sms vengé, — s’écria-t-il, — vivent les fleurs! à bas les diamants ! — des rubis ! je veux une maison dont toutes les pierres seront des rubis balais, — lo pavé d’émeraudes, les lustres en vrais diamants.

Mais non, ça va être trop commun, je n’en veux pas ; — je veux le luxe de la piorro de taille.

Ah! ah! ah! disait-il en souriant, — allez-moi donc chercher toutes ces belles damés si Aères de leurs diamants ; ™ il n’y a plus de diamants. Marie-rAnne. ton fameux collier de trente mille francs ! en veux-tu six sous, dépêchc-loi, demain, il ne vaudra pas si cher.

ENCORE LES FEMMES. i35

Ah ! que je suis heureux ! les diamants ont fait une fois pleurer ma chère Marie, et moi j'ai déshonore, supprimé les diamants.

Jetez donc tous ces rubis par les fenêtres ; — il y a trop de rubis ici, on ne sait où marcher, balayez les rubis, — c’est bon pour sabler le jardin.

Merci, mon Dieu, de m’avoir permis d’accomplir mon vœu ; merci de m’avoir laissé entrer dans le laboratoire de la nature, qui est ta volonté.

Et l’or, ■“ il faut aussi que je fasse de l’or ; — il faut que je détruise l’or; — il n’y a pas besoin de le déshonorer, — il l’est depuis longtemps.

Moi, j’avais compris que tous ces métaux étaient choses viles, en réalité, en voyant le peu de cas que Dieu en fait, et les mains auxquelles il les distribue quelquefois.

A bas l’or ! — à bas les pierreries 1

Vivent les fleurs ! — Allez-moi acheter encore des fleurs. — Tenez, voici une poignée d’améthystes, tâchez de trouver un marchand assez bête pour vous donner en échange un bouquet de violettes.

Si, en semant des améthystes et des rubis, on pouvait faire venir des violettes et des roses...

Mais...

Ah! que je suis heureux,— mes deux chères amies,

— ma femme, ma sœur, les diamants vous avaient fait pleurer : il n’y a plus de diamants. Je vais dormir un peu , — et puis je vais me mettre aux saphirs. — Ah ! les pauvres saphirs!

Et il mourut en riant.

Je le répète, Henry n’était devenu -fou que de l’excès de travail et de la joie du succès. — Son rubis fut vendu quatre mille francs ; mais ses travaux, son secret, tout était perdu.

Heureusement, à la même époque, — et ceci vous pouvez le savoir, — vous pouvez le demander, un jeune savant français, monsieur Ebelmer, directeur de la fabrique de Sèvres, obtenait les mêmes résultats, mais d’une façon plus complète, plus certaine, plus méthodique ; — il avait fait des rubis, des chrysobérils, des émeraudes et des péridots, lorsqu’il est mort, à l’époque de l’Exposition universelle de Londres; mais lui, qui est mort avec tout son bon sens, — il a laissé tous scs procédés.

Dernièrement, à l’Académie des sciences, un autre savant, dont je ne me rappelle pas le nom, a apporté de petits diamants de sa composition.

Les pierreries vont devenir ce que la nature les avait faites, — des cailloux brillants.

Le Sancy, le Régent, la Montagne de lumière, etc.,

— seront de si petits diamants, qu’on n’en saura qu% faire; — les fabricants ne s’amuseront pas à de pareilles babioles.

On a souvent raconté, comme chose prodigieuse, que le Sancy, qui avait appartenu à Charles le Téméraire, fut trouvé par un soldat après la bataille où fut tué le duc de Bourgogne, et vendu un écu à un curé.

Il viendra un jour où le Sancy ne trouvera plus d’acheteur à un écu.

Ne payez donc plus les pierreries trop cher, ni en argent, ni en bonheur.

Elles vont bientôt non pas perdre, mais reprendre leur valeur de cailloux très-brillants, mais moins beaux que les fleurs.

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