LE MARI
Vous m’étonnez ! un dédain si formel L’étonnerait bien plus lui-même. — Écoutez, Laure t Malgré tout votre esprit, étant si jeune encore,
Vous ne pouvez déjà savoir tous les périls Dont te monde, à vingt ans, chère, vous environne.
Le mondoest bien méfiant,— jamais il ne pardonna
L’esprit et la beauté. — Les venins sont subtils,
Que distille la langue, — hélas ! elle empoisonne L'acte le plus honnête, et fait le mal du bien.
Certes, s’il suffisait de rester vertueuse.
De garder ses devoirs, je ne vous dirais rien.
Votre éducation ferme et religieuse,
Vos principes rendraient ma crainte injurieuse..,.
Là n’est pas le danger que je veux signaler s La vertu la plus pure est si vite ternie.
Qu’il faut décourager môme la calomnie
Eh bien ! ce monsieur tel, dont je viens de parler.
Qui n’est beau ni bien fait, dont l’esprit de perruche Se compose de mots ramassés au hasard,
Répétés sans finesse et recousus sans art.
Des femmes à la mode il est la coqueluche.
Sans qu’on sache pourquoi leur sottise le huche Sur un trône de cœurs asservis à sa loi.
Séducteur immoral, mauvais sujet, sans foi,
Lovtlace ! on lui sait plus de trois cents maltresses !!!
Et cœtera..., laissons cet époux très-adroit
Achever ce portrait peu flatté dont il croit
Faire un monstre effrayant, — heureux de ses finesses
Voici ce que la femme entend et dit :
Vraiment
Il faut que monsieur tet soit un homme charmant ; Trois cents maltresses ! mais, si sans honte on se jette, Comme madame Trois Étoiles à sa tête !
Il est volage — mais c’est bien assez pourtant De se laisser aller à l’erreur d’un instant,
Pour une Madame X, sans qu’il lui faille encore Être fidèle — alors, la vertu déshonore Et l’nfidélité n’est qu’un heureux retour,
Qu’une expiation d’un ridicule amour.
Un homme est inconstant... est-ce toujours te?
ïant que l’on n’a pas vu l’objet prédestiné,
L'âme sœur de son âme, un cœur pour son cœur né, C’est une ambition digne d’une âme haute,
Que de montrer enfin, Lovelace fixé,
A ces Clarisses dont il a rompu les chaînes.
Et joindre à son amour le ragoût de leurs haines.
Mon mari prend un air solennel et vexé
Je le vois clairement, malgré toutes ses peines’,
C’est pour lui, non pour moi, qu’il prévoit le danger. Et c’est contre un bonheur qu’il veut mo protéger.
Il y a bal demain chez le ministre..... chose.
Je mettrai quoi !.... voyons... d’abord, ma robe rose
Elle va bien, — pour preuve, une amie, a entre nouas Me disait l’autre soir, avec un air morose,
Qu’elle était un peu trop décolletée..,..»
U KAHt.
Et j’ose
Croire que vous verrez mon intérêt pour vous Quand je vous dis comment il est de la prudence De tenir avec soin un tel fat à distance.