‹ Œuvres complètes d'Alphonse Karr La queue d'orChapitre 10 sur 22 · CONFÉUENCE SUR LE LILAS · texte numérisé non relu

CONFÉUENCE SUR LE LILAS

Puis des pensées larges comme une assiette, etc,, et je m’écriai :

— Dieu ! que c’est beau ! Esl-cc bien vrai, monsieur, que ^vous avez vu ces belles fleurs-là?

Et, d’un ton de dignité presque offensée :

— Monsieur, ces portraits ont été faits par les premiers artistes de Lyon.

- Et vous vendez ces belles plantes?

— Deux francs chaque, monsieur.

Mon voisin me poussait du coude et me faisait signe d’acheter, sans tant de discours.

D’autres personnes entraient dans la boutique et pouvaient enlever ces merveilles...

— Deux francs, monsieur, ça n’est pas assez cher...

Mon voisin me lit des yeux terribles.

Je vous paye moi, chacune de ces magnifiques plantes deux cents francs; seulement, monsieur et moi, nous en déposerons le pîâx

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chez un notaire de la ville et vous le toucherez après la floraison.

— Monsieur, répondit le marchand, je ne suis pas certain de revenir ici l’année prochaine; j’aime mieux vous laisser les plantes à un franc cinquante.

Le procédé est simple. Je vous ai dit comment ils se procurent des plantes : pour les portraits, ils achètent des lithographies non coloriées et badigeonnent chaque fleur des couleurs qu’elle n’a pas dans la nature. Quant aux jicnsées, ils les font dessiner exprès et ils en vendent beaucoup.

Les hommes de mon âge se rappellent les bois de Romainville et les Prés-Saint-Gervais, qui sont, je crois, aujourd’hui englobés dans Paris ; il y avait là des bois de lilas, dont on allait acheter des bottes, en déjeunant sur l’herbe avec du lait et du pain bis; c’était une'des grandes fêtes de Paris et de la jeunesse ; deman*

C0.NFÉ15ENCI: S UK LE LILAS 147 dez au bon, au gai, à l’observateur Paul de Kock.

Il me revient à la pensée huit vers d’un vieux poêle dont j’ai oublié le nom, adressés à un ami en traversant un cimetière :

Tu nie reverras dans tes bras Quand la Parque aura soiinô l’heure.

De coudriers et de lilas.

Prends soin d’embellir ma demeure.

Je veux, dans un pareil bosquet, Plaire encore à jeune fillette,

Tantôt cueilli comme bouquet,

Tantôt croqué comme noisette.

Le lilas a encore un mérite : il ne s’est jamais mêlé aux affaires et à la politique. — Je vous ai raconté ailleurs l’iiistoire politique de plusieurs fleurs ambitieuses : la rose, la violette, l’œillet, la couronne impériale, l’aubépine, la fleur de tilleul, le lis, l’hortensia, et quelques autres fleurs qui se sont jetées dans de grandes aventures et n’en ont pas été plus heureuses pour cela.

Des plaisirs que présente le lilas, la Providence n’a donné à l’homme que sa part : le lilas n’a pas été créé uniquement pour lui.

Il donne l’asile et la table à plusieurs insectes. On y trouve des hannetons {vielolonlka), surtout une petite variété que l’on voit voler lourdement, le soir, autour des beaux lilas Varia des Tuileries et du Luxembourg. Mais le hanneton ne choisit pas le lilas, il se jette en glouton et en ennemi sur tout ce qui verdit au printemps.

Disons, en passant, que les enfants athéniens savaient déjà attacher les hannetons par la patte pour les faire voler en captivité. Aristophane en parle dans sa comédie des Nuées. « Sachez, ditil, retenir votre esprit tout en lui donnant l’essor; tenez-le comme le mélolonthe attaché à un ni par la patte. »

Je ne veux parler que d’insectes qui appartiennent au lilas comme le lilas leur appartient.

Le spliynx ligustri (ou du troène : le troène est une sorte de petit lilas blanc.) Le sphynx

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