‹ Œuvres complètes d'Alphonse Karr RaoulChapitre 17 sur 22 · CORA · texte numérisé non relu

CORA

Uncas, oui, pour toujours...

Je verrai mon époux, mon Cncas, tous les jours...

Je n'ose encore y croire... Ahl que cotte jotffnée A «hungé-tout le cour* de notre destiuéeî

.» DNCAS.

Les tyrans massacrés ou chargés de liens.

Nous délivrés des fers qui retenaient nos main*...

Réunis à nos fils, réunis à nos femmes...

Les’babitatioDS'détruites par les flammes...

Almiri, digne fils d’un père généreux.

Conduisant au combat nos guerriers valeureux,

,, Et du chef des guerriers revêtant la parure.

Et des phimes de pourpre ornant sa chevelure,

■ Tout rappelait au cœur ces longs jours de bonheur Ü’X son père aux nombats ÿutdatt notre w'eur. t

RAOUL

Comme il a reavené ceux qui tenaient son frère! lloins prompt le vent du nord fait voler la poussière.

cous.

Et lui-méme, Empsaël! quel feu dans son regard!

Une hache à la main, il frappait au hasard... r

Et toi, je te voyais, parmi les combattants,

T’élancer furieux toujours aux premiers rangs ;

À chaque coup fatal suspendu sur ta tête,

A mourir avec toi ton épotue était prête.

UNCss, avec forte.

Les tyrans sont détruits !

coas.

Plus bas, Cncàs, plus basi inicss.

Que crainS'to ? Rien ne peut t’arntcher de mes bras.

COHS.

J’ai langui si longtemps dans cette servitude,

De cfaindre, de trembler j’avais pris l'habitude...

Uncas la rassure, tous deux s’éloignent en voyant ' paraître Empsaël qui vient au tombeau de sa mère, sur lequel Almiri a élevé un tertre de gazon.

Empsaël a confié Zoraïde au vieux Magua, > — il s’a* genouillevdfivaat le tombeau de>Mirrha.

Que mon cœur est serré!... Là... couverte de terre...

. Au froissement du sol sous mon pied incertain,

Je sens un froid, mortel se glisser dans mon sein.M Elle est mortel — ma main. n’a pas clos sa paupière L Elle est morte de faim, de douleur, de misère !

RAOUL

Paavre, pauvre Mirrha I d^à froide, ta main M*a pu toucher la mienne, et ton regard éteint N'a pas vu tes enfants, et tes lèvres glacées Du long baiser d'adieu n'ont pas été pressées!

Demain, quand nous allons quitter ces bords sanglants,

^ Va, ne redoute pas que tes tristes enfants Veuillent te laisser. là... te laisser à la terre!

Tu viendras avec nous, Mirrha, ma bonne mère ;

Au delà du grand lac j’emporterai tes os;

Là, près de tes deux fils, dans un lieu de repos,

Tu dormiras tranquille; un tamarin sauvage Recourbera sur toi son lugubre feuillage ;

Chaque jour, quand viendra rheure triste du soir,

Empsaèl, Almiri, viendront tous deux te voir...

Mon père !

En effet, c’est Almiri. — Magua a été blessé, Almir amène Zoraïde à son frère. — Zoraïde n’a qu’une pensée, c’est le danger que court son père; Empsaël lui promet qu’il pourra s’éloigner sans crainte; — mais quand il apprend que Zoraïde veut le suivre, il entre en grande colère ; — il prie, il menace, — puis il revient à la prière.

Ne dois-tu pas un joür être épouse, être mère,

Ne dois-tu pâs un jour abandonner ce père.

Ce père, dont l'amour ne se montra jamais Que pour rompre des nœuds qu'alors tu chêristaisi Oh 1 viens, ma Zoraïde, oh ! viens, ma bien-aimée,

Respirer du désert la brise parfumée I De l'ombre des palmiers viens goûter la fraîcheur;

Viens dans ma case, viens; là sera le bonheur»

Ma casej avec quel soin elle sera parée !

Toujours de vert feuillage au dedans décorée;

KAOÜl.

An debom, les rameaux des citronniers épais En cacheront le'falte aux regards indiscrets,

Et sous les verts abris de leur paisible ombrage, Tranquilles dans leur nid, sautant sous le feuillage. Les oiseaux du désert chanteront tout le jour.

Le gazon sous tes pas s’étendra tout autour.

Le bonheur nous attend. Un jour tu seras mère.

Hère, ma Zoralde... Âhl quel doux ministère 1 Qu’il est charmant, ce mot! — L’as-tu bien entendu T A ton sein palpitant un enfant suspendu ;

Ses bras tendus vers nous aussitôt qu’il s’éveille.

Sa voix confuse encor, hormis h notre oreille.

Et bégayant déjJi ton titre précieux,..

Ses regards incertains cherchant déjà nos yeux...

Ah ! que cet avenir noos présente de charmes !

Tu ne me réponds pas, mais tu verses des larmef..»

Zoralde 1 O destin, je brave ton courroux 1 Tu me verrais sourire accablé sous tes coups.

Frappe, je te déGel...

Les esclaves vainqueurs envahissent la scène ; — ils demandent la mort de Fernandès. — Empsaël et le vieux Magua veulent le défendre; mais leur voix est élouCFée par les clameurs. — Empsaël prie, menace, défie ; — dans un moment où la fureur des esclaves redouble, — Zoraïde embrasse son père en s’écriant :

Empsaël, détends-nous!

Empsaél se jette au-devant d’eux le poignard à la main; — il mourra s’il le faut. — Au moment du plus grand tumulte, — Fernandès s’écrie :

si»* R'AOUt'

Esclave;, arrête*; Wü* Sroiite* n>e« trtpasf • Je mourraf, mais du moim jamais ma Zbralds N’épousera ce noir.

EUPSAEL.

Elle est .à moi, perfidot

' • PEBMANfiÈS.'

Quoil ma fille épouser un esclave I jamais !

Elle meurt avec moi, je mourrai sans regrets.

EUKASL.

Elle raenrt avec toi ! cruel! qu'oses^to dire ?... Mon épouse...

vtaïUHDés , la. frappant de son poignard.

PreDdt>la, la voiUl tiens!...

zorama.

J’expire I

EUmiL.

O désespoir affrenxl elle meurt...

ZOlLAlDC.

Dieu du ciel!

Pardonne! au. meurtries, à mon père... Empsaêll....

Ellé tend la 'main à Empsael et tombe morte sur la tombe de Mirrha. — Empsael s’agenouille auprès de son corps; mais, pendant ce temps, Diégo, qui s’est enfui, a rencontré ce parent de Fernandès que l’on attendait à l’habitation. Ils arrivent avec des troupes, et

les esclaves sont entourés.

DRCAS.

Amis ' tout est perdol '

RAOUL

ALMIKI.

Comment?... qne sigaifie.., imcAs.

Nous sommes entourés d'une troupe ennen)ia>

A leur tête est Diégo...

FKRUNDÈS.

' ■ ' Diégo 1

miPSAEL.

Nous combattrons!

cncAs.

Us seraient dix contre un.

EMPSAEL.

Eh bien I nous périrons!

Les esclaves hésitent. Empsaél s’écrie avec amertume ;

Us seraient'dix coBtre un ! Ils ont peur de mourir.

ALWKI.

Lèches 1... il en est temps... H&tez-vous donc d’offrir A de nouveaux liens vos mains obéissantes.

Les armes pour vos bras deviennent trop pesantes.

Voilé votre tyran, mettez-vous à genoux,

Et tâchez d’apaiser son superbe courroux ;

11 daignera peut-être écouter vos prières...

Le cercle des soldats se resserre. — On commence à enchaîner les esclaves. — Almiri ee jette sur Fernandès. — On l’arrête, on le désarme. — Empsaêl le prend par la main, et, le conduisant près de la tombe '

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RAOUL

sous laquelle est Mirrha, sur laquelle est Zoraïde, ~ il dit, avee tranquilité d’abord, puis avec enthousiasme :

Calme ces vains transports. >- Adieu, vous dont le cœur -iPrérëre l’esclavage à l’éteroel bonheur...

Un jour, la liberté tout autour de la terre Fera briller enfin sa féconde lumière.

Tout sera libre enfin sur la terre et les flots.

Heureux ceux dont les yeux verront ces jours de gloire I... Pour nous, dont les efforts n’ont pas eu la victoire,

Laissant ici les fers que nous voulions briser,

Nous sommes fatigués, nous allons reposer.

Adieu, brillant soleil de ma belle patrie ;

Adieu, triste tombeau d’une mère chérie...

Mais je vais la revoir... Et là... plus de tyrans,

Plus d’esclaves, de fer, de fouets toujours sanglants...

Esprits aériens, parez ma fiancée...

Que d’un vêtement blanc sa taille soit pressée;

Qu’une couronne blanche orne ses longs cheveux,

Et remplissez les airs d’accords harmonieux :

Chantez le chant d’hymen... Bientèt ma main glacée Ira presser ta main, ma belle fiancée...

(JJ se frappe.)

Ah I je suis libre I

ALUIRI.

Il a porté le coup fatal!

Je te suis...

EAEi., calme et lui donnant le poignard qu’il retire de ta bletture.

Tiens, mon frère, il ne fait pas de mal.

Almiri se frappe, et tous deux tombent dans les bras rtin de l’autre.

RAOUÛ 201

Ainsi finissait l’œuvre, par un mot qu’un jeune sauvage traduisait du latin.

Un matin, Calixte vint trouver Raoul et lui dit :

— Tu faisais des vers autrefois; — en fais-tu toujours?

Raoul rougit à cette question. — On a autant de pudeur pour ses premiers vers que pour son premier amour. — Cependant il avoua qu’il écrivait, qu’il passait à écrire le temps que lui laissaient ses ennuyeuses occupations, — que c’était son but, son espoir, etc.

— Eh bien, dit Calixte, nous pourrons bientôt faire entrer dans le monde ces enfants de ton amour. — Je fonde un journal.

Raoul resta stupéfait; il n’aurait pas été plus étonné si Calixte lui eût dit : — Je fonde un empire, ou : J’invente une religion.

— Oui, ajouta Calixte, je fonde un journal, et ce matin môme nous déjeunons avec notre principal ac- {ionnaire^ M. Leroux, protecteur d’une demoiselle Léocadie, artiste du CirqucrOlympique. Tu es invité, j’ai parlé de toi comme du plus distingué de nos jeunes poètes; — tu formeras le fonds de la rédaction avec

moi et Alexandre, tu sais? . ..

Quel Alexandre? ^

— ’EhMe démissionnaire du Cirque-OIytnpique, Je viendrai te prendre à onze heures; sois eheztoi :

mets-toi un peu bien. Jusque-là je vais avec Alexandre Iravqjller à donner à notre logis quelque peu de somp* tuosité, — parce que nous ne pourrons nous dispenser peut-être d'y conduire notre actionnaire. — Prête-moi cent sous.

Raoul donna cent sous et resta seul. — Les paroles de Calixte Pavaient grisé, — d'enivrantes vapeurs étaient montées à son cerveau. — Quoi ! ses vers allaient être imprimés I... il avait envie de les brûler tous et d'en 'fedre d’autres plus dignes de ce sort magnifique..; Quoi I on Pavait cité comme le plus distingué des jeunes poètes de Pépoque... Mais ces pensées vertigineuses se calmaient un peu quand il songeait qu'on avait dû également citer comme deux grands prosateurs et son ami Calixte et aussi M. Alexandre, qu'il avait connu une des vagues les plus insignifiantes* qui supportaient le radeau de la Méduse, Cependant il revenait toujours* à cette pensée, ses vers seraient imprimés !... Marguerite et la tante Clémence les liraient ! Il n'y avait qu'une chose qu'il n'avait jamais confiée à la tante Clémence, — c'était le secret de ses vers, — de ses vers chéris, qui pour lui n'étaient pas seulement desTers, — mais des œufs sortis de son ^'cerveau, desquels devaient éclore la gloire, et la richesse, et tous les bonheurs.

Mandron vint le chercher avec M. Alexandre.

M. Alexandre dérangeait beaucoup les idées de Raoul; — il était bien difficile de le faire entrer dans un rêve un peu poétique. Cependant il ne put prendre

HAOUL m

le<5ouraçe ûe refuser la main que le ^rrier du Oirqoe lui tendais familièrement, ^

— Tu as des gants? dit Mandron, iça se trouve bieû; ^est assez'd^une paire pour nous trois.

— Comment cela ? •

— Par un procédé ingénieux que je me' flatte d*a?oîp inventé, — je me place entre vous deux; les mains dans mes poches; — je n’ai pas degants, mais je nemontre pas de mains.— Je suis donc censé avoir des gants VOUS' passez chacun un ‘bras dans un des miens, — Raoul la main droite,' Alexandre la main* gauche j'ivous gantez ces deux mains exposées aux re^rds avec la paire^de gants de 'Raoul; — chacun de vous mePdans sa poche la main qui lui reste.— A nous trois;*de cette nmpière, nous ne montrons que deux mains, et toutes deux parfaitement gantées; — ce qui nous suffit pour conserver l’estime 'de nos concitoyens.

On arriva au <^fé Vachette,— à l’angle du boulevard et du faubourg Montmartre, c’est là que l’actionnaire attend ses convives.— L’actionnaire est un homme petit et grêle, avec des cils et des cheveux blond pèle, — des yeux clignotants et fatigués par la lumière. U est vêtu de noir et laisse voir ‘deux ou trois beaux diamants à ses doigts et 'à sa chemke. — R est contraint et embarrassé. — Il est en conférence avec le garqtm; et commande le déjeuner de l’air dont il commandé^ raitun service funèbre. — On ne sait sR s’agit d’nn déjeuner de première classe, ou d’un coim>i de' quatre couverts, — ou d’un enterrement ^de garçon. R parle*à voix basse, d’un air demi-solennel, dem^mquiet.— €a?

RAOUL

lixle fait les présentations. — On s’assied, — on mange et on boit. — M. Leroux, l’actionnaire, — craint toujours qu’il n’y ait pas assez. — Peu à peu cependant sa timidité diminue, il laisse tomber quelques mots que Calixte fait ressorti» avec emphase comme des aphorismes de bon sens et de rectitude. Enfin Calixte arrive au sujet de la réunion.

— Parlons de notre journal. Loin de moi la pensée vulgaire, dit Calixte Mandron, d’aller mendier l’appui dédaigneux des écrivains, aussi usés que célèbres, qui trônent dans les grands journaux; la feuille que nous créons veut plus de sève et de jeunesse. — Organe de ta génération achielle et de ses besoins, elle ne faillira pas à sa mission — J’ai voulu, pour l’auvre que nous commençons, m’entourer d’hommes jeunes, d’hommes d’avenir, qui aient à se faire un nom et à conquérir leur réputation. — Je traiterai la partie politique si un cautionnement nous le permet, — sinon la partie morale. — Le jeune Raoul Desloges, dont l’étoile n’attend qu’un soufüe bienfaisant qui la dégage des nuages de l’anonyme et du manuscrit pour briller au ciel de la poésie française, le jeune Desloges nous donnera des vers et aussi quelques romans pleins de larmes. ^ Pour M. Alexandre, homme initié à tous les mystères de théâtre, homme qui connaît la scène devant et derrière le rideau, depuis les ^cintres jusqu’au troisième dessous; — M. Alexandre nous fera enfin un feuilleton théâtral comme l’art en attend vainement, sévère mais impartial, disant la vérité aux directeurs, aux auteurs et aux artistes, ramenant l’art à sa haute mission so-,

RAOUL

ciaU, et ne lui permettant aucun écart. Mais, de tout temps, — Apollon et Plutus ont renoncé à marcher de compagnie, — Apollon fut berger chez Admète, — Homère fut aveugle et mendiant, — Gilbert est mort à rhôpital. *

Malgré que notre situation ne soit pas celle des grands hommes, nous avons examiné froidement notre position financière, et il nous est complètement impossible de mettre, pour le moment, en dehors la somme qu’un gouvernement ennemi des lumières, hostile à la presse, ombrageux devant toute indépendance, exige de ceux qui veulent apporter aux masses la nourriture de l’esprit. Nous avons rencontré M. Aristide Leroux, — magistrat ou à peu près, — protecteur éclairé des beaux-arts, — qui gémissait comme nous de voir que tant de journaux qui se publient à Paris, pas un ne répond aux véritables besoins de l’art. Nous avons alors conçu la pensée d’une société dans laquelle nous apporterions, nous, notre talent, notre expérience des hommes et des choses, notre incorruptible indépendance, et M. Aristide Leroux les quelques capitaux indispensables pour ihcttre en train une entreprise qui doit inévitablement les lui rendre au centuple. De telle sorte qu’il aura fait à la fois et une action honorable, dont la société entière lui saura gré, et une bonne affaire. J’ai par hasard sur moi le manuscrit du premier article d’art que notre honorable ami Alexandre destine au feuilleton du Scorpion (tel est l’heureux titre de notre publication); je vais vous le lire; .

RAOUL

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