SOMMAIRE DES SIGNES MORTELS CY DESSVS MENTIONNÉS
Et pour retourner à nostre propos et te dire tout en sommaire : de tous les accidens susdits , tu peux faire prognoslique de la mort du patient, lors qu'il perd sa ra'.iocination , et n'ayant plus de mémoire parle sans occasion, et a les yeux ténébreux, n'oyant point , et se veut ielter hors du lict, ou ne peut mouuoir, ayant fleure continue , auec pustules à la langue, qui mesme luy dénient seiche et noire , et sa playe aride , ne iettant aucuiie chose ou bien peu, et de couleur comme chair salée : ou s'il luy suruient apoplexie , phrenesie , spasme, paralysie , et le pouls formi-
1 II est assez remarquable que Paré, après avoir rapporté tout au long l'opinion de Dalechamps , ne s'arrête pas à la combattre. Nous avons vu dansi'Introduction qu'il estimait Dalechamps, qu'on a rangé à tort |)armi ses adversaires. Sans doute il a pensé (lu'ii lui suiïisait d'avoir exposé la sienne ; du reste, pourne laisser aucun doute, il a pris soin de mettre à la fin cette note marginale : Opinion de Dalechamps, loule contraire à celle (Je l'aiitheur.
Je dois avertir le lecteur que le chapitre ne se termine pas ici , même dans les éditions complètes revues par A. Parc lui-même. Il s'y trouve une annolalion au cliirur(jien sur lespluyes du ventre, qui n'a nul rapport avec ce qui précède ni avec ce qui suit , et que j'ai dû retrancher avec d'autant moins de scrupule, qu'elle se trouve reproduite à sa véritable place , au chap. xxxvi , Cure des playes du ventre inférieur.
cant , rétention d'vrine et antres excremens, et s'il tombe souuent en syncope ; alors fais ton prognoslique, que bien tost ton patient mourra.
Or les susdits accidens viennent quelqucsfois aux premiers iours, et quelquesfois assez long temps après le coup donné.
Et s'ils viennent au commencement, c'est quand le cerueau est blessé par incision, contusion, compression ou ponction, ou par commotion que nous auons par cy deuant appelle Esbranlement.
El quand ils viennent quelque temps après, c'est lors qu'il suruient inflammation , et que le sang se putréfie, et que l'os se fait purulent , et par conséquent aposteme au cerueau •.
D'abondant noterez que souuentesfois vue playe faite au Crâne cause vne aposteme au foye. Ce que Robert Greaume,Uegenten la faculté deMedecine , et Kinosque, Chirurgien iuré à Paris, et moy, auons veu puis nagueres en trois patiens. El si tu m'ob-
' Pierre d'Argelata avait dit au sujet du pronostic :
« Fl , très chers fiores, dans les fractures du crâne, ne vous en fiez point au pouls pour pronostiquer ou la mort ou la guérison , parce que vous seriez souvent trompés. Mais jugez d'après les accidents qui surviennent: les blessés prennent une personne pour une autre; et pour certain ceci est un signe de mort; ils perdent la parole , ils ne comprennent qu'incomplètement , ils n'entendent plus; la plaie se dessèche; et croyez que ceci est très véritable, et je l'ai prouvé nombre de fois. » Lil>. I, lom. m, cap. 2.
Bérengerde Carpi cite ce passage , mais il reprend :
« Je m'étonne d'un pareil langage. Mais
je dis, moi, que le médecin doit toujours
faire altention au pouls du malade, et que
le pouls lui donnera toujours des signes de
( vie et de mort. Bien plus, on peut connaître
LE HVITIEME LIVRE ,
iectcs que telle aposleme esloit ia concreée auparanant le coup donne: à eeic respons que les paliens aiipaïauant estre blessés, auoient vne viue et naturelle couleur, sans aucun signe (l'eslre hépatiques , et cstoient bien habitués, faisans toutes leurs opérations : ce que lu pourras voir
jiiir le pouls riieurc de la inorl , si l'on sait rinlerrogcr avec précaulion cl prudence. Je nie souviens et j'ai à celle heure à liologne bon nombre de docleurs qui peuvent atlesicr que j'ai prédit l'heure précise de la mort du fils d'un seigneur Jacques-Marie de I.ino, cil observant la règle du pouls incident et décident qui nous a été transmise par les docteurs. Ce fut toutefois un jugement conjectural, et je ne pcuv l'expliquer enlièremenl par écrit ; voici toutefois comment je procédai. Je mesurai d'abord au toucher la force du pouls; et visitant le malade presque à toutes heures , je remarquai que le pouls s'affaiblissait toujours. Je considérai ensuite l'heure de l'état des accidents et de la lièvre ; et comparant les forces avec leur alTaiblissement . songeant de plus à la qualité (lu jt)ur criti(iuc le plus proche qui était le quatorziénie ; avec tous ces indices je jugeai (lu'il mourrait entre la-scconde et la troisième heure de nuit, six jours auparavant, per sex dies a«ïe , parce que cette heure était l'heure de l'état des accidents cl de la lièvre; et il en arriva ainsi du pauvre jeune homme, dont j'aurais bien voulu a\oir à porter un autre pronostic. » /''o/.ati, verso. J'ai fait ce que j'ai pu pour rendre le texte ; encore pouna-t-on y trouver quelque obscurité. Il me parait que l'.érenger a pronostiqué que le malade mourrait le 8' jour, qui est en effet , dans la théorie ancienne , le jour où les accidents et la fiè\rc sont dans Vciat, c'est-à-dire à leur plus haut degré.
Knlin j'ajouterai (lue l'allope revient à l'idée d'Argelata ; l'état des yeux et du pouls sont peu significatifs ; le coma et le vertige sont seuls des signes de mort certains ; tous les autres indiquent seulement une plaie grave et susceptible de devenir mortelle si elle est mal traitée. Loc. cit. p. li'ri.
par expérience y prenant garde, comme i'ay fait. La cause do ce peut estre que Nature se sentant offensée par la grande véhémence du coup , collige et retire à son secours ses forces et vertus de toutes les parties du corps (qui sont le sang et les esprits) vers le cœur et le foye , ainsi que voyons en peur et crainte, et adoncques fait inflammation au foye : ainsi qu'il se fait en quelque partie, lorsque le sang coule en plus grande quantité qu'il n'est besoin pour sa nourriture : dont le foye ayant receu plus de san;,^ et d'esprits , lesquels ne peuuent estre duément euentilés pour Texiguité et angustie (c'est à dire pour la petitesse et estroisseur de ses vaisseaux ) alors se fait fleure et aposteme phlegmoncuse en sa propre substance, dont la mort s'ensuit'. Ou si tu aimes mieux dire auec monsieur de la Corde, que Nature succombant sous le faix du mal , vient à renuoyer vne partie de cette matière purulente auec le moins d'incommodité qu'il peut au foye par les veines, et qu'ainsi soit , tous ceux ausquels vue aposteme se fait au foye, le cerueau blessé, meurent^.
1 Ici finit le chapitre dans l'édition de lô(il; et la fin de ce paragraphe manque également dans les deux premières éditions complètes. Mais à partir de l'édition de 1575, on trouve à la suite un article fort intéressant sur les plaies de la racine du nez et des sinus frontaux. E>idemment il y avait dans cette disposition une erreur de lieu que j'ai dû corriger ; et j'ai renvoyé cet article à la fin du chap. XV, De la cure des plaijes du cuir musculeux.
- C'est ici la première mention des abcès du foie succédant aux plaies de tête , el les premières théories de leur formation. On conçoit (jue l'analomie pathologique seule pouvait éclairer à cet égard ; je n'en trouve aucune notion ni dans liércngerdeCarpi, ni
l)i:S PLAYËS EW PAUTICVLIER.