CHAPITRE XIV
DV REGIME VNIVERSEL QV'iL FAVT OR- DONNER AVX PLAYES ET FRACTVRES DV CRANE, ET AVX ACCIDENS d'I- CELLES.
Et premièrement faut tenir le patient en vu air tempéré, qui se fera par art , s'il n'est tel par nature: comme si c'est en Hyuer , faut faire bon feu en la chambre du malade , les fcnestres et portes bien closes , euitant la fumée , de peur de prouoquer la sternutation et autres accidens : et aussi alors que lu traiteras et penseras le malade, te faut auoir vue bassinoire pleine de braise ou vue pelle do fer , laquelle sera tant eschauffée qu'elle deuienne rouge , et qu'vn seruiteur la tienne sur la teste du malade de telle hauteur , que le patient eu sente aucunement la chaleur : à fin que par la reuerberalion d'icelle, l'air ambiens , c'est à dire qui est à l'entour, soit corrigé. Car le froid i^comme
Lli IlViTlJi.MK LlNKi:,
dit Ilippocrales • , est ennemy du cerneau , des os et de tous les nerfs , et généralement de (oul(;nostre Nature, ce que nous auons dit. Aussi est-il contraire aux viceresen seichant les excremcns , qui puis après minent rvlcere,empescbant la suppuration :
et pource que ceste partie n'a accoustumé d'estre decouuerte de sa peau :
etmesme, comuiedil (la lien '--',11 se fa ut donner garde de refroidir le cerueau quand on trépane , et après estre trépané: car c'est le plus gr nd mal qui peut aduenir au malade qui a la teste rompue. Or si l'air estoit plus chaud que le cerueau , il ne le refroidiroit pas : et encores que soyons en Esté , elque l'air soit excessivement chaud, le cerueau descouuert en estrefroidi , et demande subit estre eschauffé.
A oyla ce que Galien nous en a laissé par escrit, et n(; se faut donner merueille, si plusieurs meurent de playes faites à la teste , par faute d'estre à ,couuert.
Pareillement la trop jrrande chaleur sera modérée , en rafraîchissant la chambre auecques eau froide ou oxycrat, rameaux de saulx , feuilles de vignes , et autres choses semblables.
Semblablement ne seraledltpalient exposé en grande clairté, principalement iusqucs à ce que les accidens soient passés : à cause qu'icelle dissipe et resoull les esprits, (U augmente la douleur , fiéure et autres accidens.
11 faut aussi du tout euiter le vin : cequellippocrates enseigne : mais en lieu de vin , pourra boire eau d'orge ou eau cuitte , en laquelle on mettra
1 Hipp.Iin. 5, aith.lS. — A. P.
^ Gaiicii 8 , de /' A'wf/e des part., clia]!. 2. — A. r. — Celle citalion de Galien manque rdans l'édilion de 1661.
mie de pain que nous appelions eau panée, ou bien hi[)pocras d'eau , ou eau bouillie, puis meslée auec syrop rosat , violât ou aceteux , ou autres breuuageappcllé/^o/j/xd/Mînu*, lequel esi fait d'eau cuitte sucrée et ius di* limon ou citron, desquels tu pourras bailler selon le goust du patient , et que son estomach pourra bien vser.
Et de tels breuuages doit vser le pa tient, iusques à ce que les grands accidens soient passés, qui sont com muuément et le plus souuent dans le quatorzième iour.
Son manger sera panade , orge mondé , et non amendé : pource qu(; les amendes causent douleur de teste, à raison qu'elles sont vaporeuses :
aussi il pourra vser de prunes de Damas cuittes, passules , raisins de Damas confits auec vn peu de sucre et canelle (laquelle est singulière, pource qu'elle conforte l'eslomach et resiouist les esprits), et par fois d'vn petit poulet , pigeonneau , veau, chéureau, léuraux, pelils oiseaux de«^ champs , comme phaisans , merles , tourtres, perdris, griues, alouettes, et autres bonnes viandes bouillies auec laitues, pourpier, ozeille, bourroche, buglose, cichorée, eudiue et semblables. Aussi par fois pourront le6dile> viandes aucunes estre rosties : et peut ledit malade vser auecicellesde veiius, oranges, citrons , limons , grenades aigres , ius d'ozeille , les diuersiiiant selon le goust et la puissance de la bourse du patient. Et à celuy qui voudra manger du poisson, truites, loches, brochets nourris en eau claire, et non limonncuse, et autres semblables : pareillement raisuis et prunes de Damas , cerises aigres , passules : mais qu'il s'abstienne de choux et de touslegumages, parce quils causent douleur de teste. Et après le past ,
DES PLA VliS hN PALiTICVLIEIÎ.
yserade (liagce commune, ou anis, fenouil , coriandc confits , conseiues de roses, ou cotignat, à fin de garder que les vapeurs et fumées qui montent de l'estomach à la teste ne blessent le cerueau : pareillement le colignat pris douant le past astreint le ventre, à cause qu'il est styptique et astringent , et parlant serre l'estomach : mais prins après le past , le lasche : à raison aussi qu'il le resserre , astraint et contraint les viandes de sortir hors.
Si c'est vn enfant , luy conuiendra donner petit et souuent à manger :
pource que lesieunes ne peuuent porter la faim comme les plus aagés > , à laison qu'ils ont vne grande chaleur:
par quoy ils ont besoin de grande nourriture, autrement leurs corps se consommeroient : au contraire , le vieil a sa chaleur naturelle plus imbecille,à cause de quoy il porte mieux la faim que le ieune. Et par semblable raison, en temps d'Hyuer, faut en toutes aages donner plus d'alimens qu'en Esté: pource que la chaleur naturelle est plus grande eu Hyuer qu'en autre temps , ainsi qu'il est prouué par Hippocrates'^. Et après le quatorzième iour (assauoir s'il n'y a rien qui répugne, comme fiéure et autres accidens), on peut donner vnpeu de vin et augmenter son manger peu à peu, selon qu'il sera besoin, prenant lousiours indication de la vertu et coustume du malade.
Il doit euiler le dormir de iour , s'il est possible, si ce n'est bien peu, pourueu que la Dure-mere ou le cerueau ne soit affligé de phlegmon : car en telle nécessité, il seroit meilleur faire
« Hipp., aph. 13 et 14, liu. 1. — A. P. 2 Hipp., aph. 15, liu. 1; Feutres hyeme, etc. — A. P.
du iour la nuit , et principalement de la première partie du iour, à sçauoir de six heures du matin iusques à dix : pource qu'en ceste partie du iour , comme aussi au Printemps , le sang domine au corps , comme dit Hippocrates au commencement du 2. des Epidémies. Or c'est chose toute notoire que par les veilles le sang est espandu au dehors , superficie et extrémité du corps, comme au contraire par le dormir il se retire au dedans vers les parties nobles : parti uoy si , auec ce que par le bénéfice du Soleil leuant le sang se leue et espand enl'habitude du corps, il venoit encore à s'y espandre d'auantagepar les veilles , l'inflammation et phlegmon se redoubleroit en la méninge et cerueau. Parquoy il est tres-expedient par le dormir, brider et retjrer le cours du sang en telle partip du iour, en cas d'inflammation , de l'habitude et parties externes du corps.
Le veiller pareillement doit estre modéré : car le trop veiller corrompt la bonne température du cerueau et de toute l'habitude du corps : pource qu'aussi excite crudités , douleur, pesanteur de teste , et rend les playes addes, seiches et malignes. Mais si le patient ne peut dormir , à cause de l'inflammation des membranes du cerueau, Galien commande, au treizième liure de la Méthode, faire des perfusions, linimens, onctions dans les narines et au front ou es oreilles , de choses refrigeratiues : à cause qu'ils endorment et rendent stupides les membranes et le cerueau , qui sont excessiuement eschauffés. Pour ceste raison on appliquera aux temples vnguentum popiileum ou rosatiim auec oxyrhodiuum ou oxycrat. Aussi luy faut faire sentir vne esponge trempée
en vne décoction de pauot blanc ou noir, aupc escorce de mandragore, semence de hyoscyame, lailue, pourpier, pi anlin, morelleouaulres. Semblablement on luy pourra faire vn potage ou vn orge mundé, auquel l'on mettra vne emulsion de semence papaueris albi : ou bien prendre 5 . j. vel 5 . j C . syrupi fiopaueris auec 3 . ij. aquœ lactuvjv : et faut que ledit patient vse de telles choses quatre heures après souper , à fin de luy prouoquer le dormir. Lequel dormir aide grandement à faire la digestion.
Il restaure la substance du corps et esprits qui sont dissipés par le trop vçiller. D'auantage appaise les douleurs : il fortifie ceux qui ont lassitude : pareillement fait oublier les courroux et tristesses, et corrige le iugement depraué : parquoy est besoin au Chirurgien prouoquer le dormir au malade lors qu'il luy est nécessaire.
Pareillement si le patient est replet, soit faite euacuation par saignée ou purgationetgrandediete^ selon Taduis et conseil du docte Médecin. Et en cest endroit noieras qu'on doit euiter les médecines fortes ausditesplayes, principalement au commencement , de peur d'enfiammcr les humeurs et faire commotion à toutes les facultés : qui seroit cause d'induire infiammalion , douleur, fiéure et autres accidens :
ce que i'ay veu aduenir souuentesfois.
Et quant aussi à la saignée ( selon Galien au quatrième de la3/(//«odejue doit eslre seulement faite pour l'abondance du sang , mais aussi pour la grandeur de la maladie présente ou future : à fin de diuerlir et faire reuulsion pour tirer la fluxion , laquelle commence aux parties contraires : et celle qui est jaconiointe,
LE IIVITIEME LIVRE
doit estre vacuée de la partie mesme , ou la (Icriuer de la partie proche.
Exemple pour faire la reuulsion : si la partie dextre de la teste est blessée, la saignée se f<*ra de la veine Cepfiîflique du bras droit , s'il n'y auoit grande plénitude: et en défaut de la Cephalique faut ouurir la Médiane :
et si on ne peut trouuerla Médiane, soit prinse la Basilique : et si la blessure est du costé senestre, sera fait le semblable du bras senestre , plustost qu'à l'opposite, à fin que plus aisément on attire et descharge la partie par la rectitude des filamens. Et en tirant le sang , faut auoir esgard sur toutes choses à la vertu du patient, qui se fera en touchant son pouls ( si le Médecin n'est présent) , pource , comme dit Galien au liure de Sanguinis missiove, qu'il monstre infailliblement la vertu et force du patient. Parquoy faut auoir esgard en sa mutation et inégalité : et si tu le trouues petit et lent, auecques vne petite sueur qui commence à venir au froni , mal de cœur, comme volonté de vomir et bien souuent d'asseller, auec baaillemens et mutation de couleur, ayant les leures pâlies: si telles choses apparoissent, subit le faut clorre la veine , de peur que tu ne tires l'ame auec le sang : et alors donneras au malade vn peu de pain trempé en vin, et luy frotteras les temples et le nez de fort vinaigre , et le feras coucher tout à plat à la renuerse.
Et quant au second point , qui est de la fluxion ja faite et arrestée en la partie , elle doit estre vacuée par la partie mesme, ou estre deriuée par la proche. La partie sera deschargée de la fluxion coniointe et arrestée en la partie, faisant des scarifications aux léuresde la playe , ou par application de sangsues bien préparées :
DES PLWFS m PARTir.VLlER.
la matière sera deriiiée en ouurant les veines proches de la playe, à sçauoir, de la veine Puppe, ou celle du milieu du front, ou des veines et artères les plus apparentes des temples, ou celles de dessous la langue.
Pareillement seront faites frictions et application de ventouses sur les espaules, soit auec scarification ou sans scarification , selon la nécessité.
Outre-plus, noieras que pendant la curalion, souuentesfois il couuiendra faire des frictions assez longues et fortes, auec linges vn peu aspres , vniuersellement par tout le corps, excepté la teste : lesquelles seruiront , tant pour faire reiiulsion des matières qui pourroient monter en haut, per halilum, c'est à dire, par exhalation , ou insensible transpiration de certaines vapeurs contenues entre cuir et chair, lesquelles s'augmentent fort en nostre corps, et principalement par faute de faire l'exercice accoiilumé >.
D'abondant ne veux outre passer, que ne recite de la saignée ceste histoire , digne au Chirurgien et à tous d'est rc bien notée. C'est que ces iours passés, ie fus appelle aux fauxbourgs saint Germain des prés , à l'image saint Michel , au logis du sire Jean Matiau, pour visiter et medicamenter vn ieune homme , aagé de vingt-huit ans ou enuiron, et de température sanguine , de monsieur Douradour, l'vn des maistresd'hostel de Madame l'Admirable Brion : lequel estoit tombé la teste sur vne pierre , à l'endroit de l'os Pariétal
' Ici se trouvaient dans l'édilion do lôfil plusieurs figures représentant une laiiectie, quatre ventouses, et un searilicatcur. Les premières planclies ont été transportées depuis au livre des Opérationi, cliap. 67 et GS; et celle de seariticaleur au livre des Comlmsitom et gangrenés, chap. 8.
partie senestre : et au moyen du coup , s'estoit fait vne playe contuse, sans toulesfois aucune fracture d'os. Par le moyen de laquelle le septième iour luy suruint vne fiéure continue et resuerie , auec grande inflammation phlegmoneuse, causée par la lésion du Pericrane, accompagnée d'vne tumeur merueilleuse de toute la teste et le col , ayant le visage grandement defliguré , ne pouuant voir ny parler, et moins aualler aucunes choses , si elles n'estoient bien liquides. Subit voyant tels accidens, neantmoins que le lourde deuant,qui estoit le huitième iour de sa blessure, auoit esté saigné par Germain Agace, maistre barbier audit saint Germain, lequel luy auoit tiré quatre palettes de sang : et voyant les accidens si grands, la force et vertu du patient bonne, reiteray la saignée, et luy tiray quatorze palettes pour cesle fois : puis le iour suiiiant, voyant que la (iéure ny aucims des accidens nes'estoient nullement diminués , mais plustost esloient augmentés , I eïlere la saignée, et luy tire derechef quatre palettes, qui estoient vingl-deux : et le lendemain voyant encores les accidens n'estre diminués, fus encores d'aduis le resaigner, ce que n'osay faire seul , veu la grande évacuation qu'on auoit ja faite. Et alors priay Monsieur Violaines, Docteur Uegent en la faculté de Médecine, homme docte et de bon iugement, pour voir le patient. Lequel subit luy ayant touché le pouls, le Irouuant fort robuste , et voyant pareillement à l'œil, la grande tumeur, l'impétuosité el véhémence de Tinflammalion , fust d'aduis que promptement fust resaigné : et luy ayant dit que ja on auoit tiré vingldeux palettes, mvsa de ces mots : Esto, qu'on luy en eust tiré d'auantage , si
LE IIVITIRMI-; LIVRE
pst-ce qu'il luy en Tant encores tirer : attendu que les deux indications principales qui nous indiquent à luire la saignée , sont présentes : sçauoir la grandeur de la maladie, et la force et vertu du Patient. Adonc fus bien ipyeux,el soudain luy on tiray encore trois palettes en sa présence : et luy en voulois tirer d'auantage, ce qu'il reioist à l'apres disnée , où ie luy en reliray encore deux , qui sont viugtsepl palettes, qui furent tirées audit patient en quatre iours suiuans». Et la nuit suiuante, le patient reposa fort hien : et le lendemain le trouuay sans liéure , la tumeur grandement dirainuée, l'inflammation presque toute esteinte, hors mis les paupières supérieures des yeux , et le mollet des oreilles, lesquels endroits s'apostumerent, et ietterent assez grande quantité de boiie. Et proteste qu'il fut entièrement guari, grâces à Dieu, par les remèdes : qui sans la bénédiction diceluy sont du tout inutiles.
Or i'ay bien voulu reciter telle histoire, à fin que le ieu«e Chirurgien ne soit timide à tirer du sang aux grandes inflammalions: pourueu que j)iiucipalement la force et vertu du patient soit grande :ie dy grande, parce qu'il y a des personnes que si on leur auoit tiré trois palettes de sang, on seroit quelquesfois cause de leur ester la vie.
Et pour retourner à nostre propos , il faut que le malade euite l'acte vénérien , non seulement pendant que Isa playe n'est encores consolidée , mais long temps après, pource qu'en petite quantité de semence, est contenu grande quantité d'esprits : et qu'vne grande portion de ladite se-
1 Lex pàleltes de Paris \)runeni tenir trois oncfs et )i!tis. — A. P.
menée procède du cerueau , qui est cause de débiliter les vertus, et principalement la faculté animale. Dont grands accidens, et souuentmort prochaine adulent par tel acte à ceux qui ont playes à la teste : ce ^que ie puis attester auoir veu'souuent aduenir eu bien petites playes de leste, encores que la playe fust du tout consolidée.
Semblablement h; Chirurgien ne doit mespriser les affections de l'ame , pour-ce qu'elles causent grands mouuemens et mutations au corps, à cause qu'elles dilatent ou compliment le cœur : et en ce faisant les esprits se resoluent, ou astraignent et suffoquent : ces passions sont ioye, amour, espérance, ire, tristesse, crainte, et autres : toutes lesquelles doiuent estre corrigées par leurs contraires.
D'auantage faut que le malade soit en vn lieu de repos, et hors de grand bruit , s'il est possible , comme loin de cloches , non près de mareschal , tonnelier, maletier, armurier, passages de charrettes et leurs semblables, pour-ce que le bruit luy augmente la douleur, lafiéure et autres mauuais accidens.
Et me souuient quand i'estois dernièrement au chasteau de îledin , qn"à l'heure qu'on faisait la batterie, le bruit et retentissement de l'artillerie causoit àiix patiens vne douleur extresme, et principalement à ceux quiestoien t blessés àla teste : car ils disoient qu'il leur sembloit aduis, qu'autant de coups de canon qu'on tiroit , qu'on leur donnoit autant de coups de baston sur leurs playes: et mesmementleur suruenoit flux de sang par icelles, et faisoient grands pleurs et lamentations: de sorte que la douleur, liéure et autres accidens estoient par telle véhémence grandement augmentés, et la mort accélérée.
DES PLAYHS EN PARTICVLIER.
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Et te suffise du régime vniuersel.
Maintenant faut déclarer la cure particulière, selon qu'aucuns des anciens ont escrit, et aussi selon ce que i'ay expérimenté par plusieurs années.