‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 161 sur 511 · INDICATIONS ET PRECEPTES GENERAVX POVR LES BANDES ET LIGATVRES · texte numérisé non relu

INDICATIONS ET PRECEPTES GENERAVX POVR LES BANDES ET LIGATVRES

La bande, ou ligature, doit auoir deux indications, l'une à la partie, l'autre a la maladie, comme dit Hippocrates en Iq première et seconde section du liure des Fractures. Quand on bande une jambe, il la faut bander estant droite : car si on la bande estant ployée , le bandage se défera lors qu'elle sera estendue, à cause que les muscles se mettent en autre figure. Au contraire , lors que nous voulons bander le bras , il faut qu'il soit ployé : car s'il est estendu , et qu'on le ployé api es, la ligature se laschera , à cause ( comme nous auons dit) que les muscles seront permrtis en autre figure. Sur quoy nous obseruerons , qu'il faut bander et lier les parties en la figure qu'on veut qu'elles den^eqrent '.

» A. Paré avait déjà touché la question de la position des membres vers la lin du cha-

DES BANDAGES

Il faut que les compresses et astelles embrassent toute la partie fracturée :

toutesfois aux os iugulaires, et aux costes , et aux vertèbres , cela ne se

pitre 6 du Lhire des fractures de l'édition de J564. Il semble toutefois qu'alors il n'était pas aussi nettement fixé sur la position à leur donner avant d'appliquer le bandage, et qu'il l'appliquait parfois dans une position qu'il se réservait de changer plus lard. Voici le texte :

Le membre ainsi bandé, noire art commande le situer en sa figure conuenablc et accoustumée, afin que lepalierit y puisse longuement durer .laquelle /igure se trouuera louable et bonne si les muscles sont en leur lieu et le vlus haut qu'il sera possible , toutesfois sans douleur : ce qui se fera si le membre est tenu en figure moifcnne. Folio 44.

On retrouvera cette recommandation de la figure moyenne répétée au livre actuel des fractures, chapitre 4 (voyez plus bas, page 303} , et il n'est pas facile de concilier cette règle générale avec l'extension absolue conseillée [)our les fractures de la cuisse et de la jambe. C'est que la grande autorité en cette matière, après Hippncrate, c'était Galien; et que Galien est tombé aussi dans cette apparente contradiction. Mais du moins Galien y échappe en établissant pour le traitement des fractures du membre inférieur, cette distinction ingénieuse, qu'il faut préférer la position à laquelle les malades sont le plus accoutumés d'après leur profession; fléchie, s'ils ont d'habitude les jambes fléchies-, étendue, s'ils travaillent les jambes dans l'extension. Paré a copié la règle générale , sans se soucier beaucoup si elle était en contradiction avec ses préceptes spéciaux pour chaque fracture , et en réalité il conserve l'extension complète pour les membres inférieurs; plus lard, au contraire, Fabrice d'Aquapendenle, ne Iraitant que des fractures en général , et pressant les conséquences du principe général de Galien, en esl arrivé à recommander la flexion pour presque toutes les fractures des membres, et a été vérilablemcnl le prédécesseur et le maître de Percival Pott, (jui n'a guère fait que comnieater et développer sa doctrine.

peut faire, parce que telles parties ne peuuent estre enuironnées *.

Quant à l'indication de la maladie , s'il y a vu vlcere caue, sinueux , et cuniculeux , iettant grande quantité de sanie , il faut commencer à lier et comprimer au fond du sinus, et finir à l'orifice de l'vlcere : soit que le sinus soit en haut, ou en bas, ou aux costés : à fin que par ce moyen on expurge la sanie, et qu'on face approcher les parties séparées et distantes^.

Car si la sanie demeure sans estre euacuée, elle ronge et corrode les parties , et fait croistre l'vlcere et le rend incurable, et souuent fait carie aux os : parce qu'ils s'altèrent et pourrissent, à cause que les humeurs acres s'imbibent en leur substance.

Or entre les bandages, les vns sont par eux-mesmes remèdes , comme ceux qui conioignent les choses desiointes et séparées: les autres seruent aux remèdes, comme ceux qui seruent pour tenir les médicaments appropriés aux maladies. Tel bandage , dit Hippocrates au commencement de la secondesection de lof fie ine du Médecin, ou il se fait qu'il appelle Deligatio opérons , ou il est fait qu'il appelle Deligatio operata.

Quant au premier, pour bien bander, il faut que la bande soit roulée estroittenient, à fin qu'elle soit mieux entortillée autour de la partie qu'on veut bander, et que le Chirurgien la tienne fermement en sa main. D'auantage en bandant faut prendre garde que les bouts des baiides , et la cousture, ne soient finis sur le lieu douloureux , mais au dessus , ou au dessous, ou à costé. Outre-plus il se faut

1 Ce paragraphe manque dans les éditions de 1575 et 15/9, il a été ajouté en 1585. ^Beau précepte pour le Chirurgien, — A. P*

LE DOVZIEME LIVRE

bk;n garder de mettre quelque nœud sur ledit lien , ou bien à l'endroit du dos, ou des fesses, ou aux costés: ny à l'endroit des iointures, ou au derrière de la teste, ou aux costés des temples, ny sous les aisselles, aines, et plantes des pieds : et pour dire en vn mot , à l'endroit où le malade a accouslumé de se coucher , et s'appuyer. Plus, il faut plier les bandes à l'endroit qu'on veut qu'elles soient attachées et cousues, à fin qu'elles tiennent plus ferme : car quand les bouts sont larares , encore qu'elles soient liées estroittement , toutesfois elles ne tiennent pas fidèlement. Parquoii'ay tousiours de coustume de les replier en long en leui" extrémité, lors que ie les veux coudre et arrester K

Quant au second , le Chirurgien qui aura fait les ligatures, doit prendre garde aux intentions pourquoy elles ont esté faites, et s'il a bandé bien proprement , et face qu'elles soient belles à voir , et qu'elles ne rident point, à fin de contenter les malades et lesassistaus : car chacun ou-

1 A. Paré avait déjà donné ce précepte, et même avec plus de détails , dans ic Liure des f raclures de l'édition de 1564 , chap. G , fol. 43, verso.

<i le ne veux icij oublier à t' udueriir , ion bandage fuil, qu'il ne le faul pas coudre la Jin de les bandes en lu largeur que elles sont ; car elles ne liendroienl pas si ferme, ores qu'elles fussent estroittenient attachées : mais te les faut replier en long de caste et d'autre, faisant l'extrémité d'icelles presque en pointe ■■ puis les coudre pour les arrester ; en quoy fai.^ani la ■\wendras garde de ne faire la cousluri' à l'endroit de la playe, de peur de la douleur qui s'y ferait en les y ailachanl. »

Ce jjassage nie parait d'un haut intérêt pour l'histoire des bandages. On voit que Earé ne savait les arrêter qu'à l'aide d'un nœud ou d'une suture, et qu'il ne faisait point encore i:sai;e des épinglt's, bitn qu'on

urierdoit poliret embellirson ouurage, tant que possible iiii sera.

Les bandages trop lasches aux fractures et luxations sont souuent cause de rendre les parties tortues , bossues, et contrefaites '.

Aux fractures, luxations, et séparations des os, aussi aux playes et contusions faut commencer le bandage , et y faire les premières reuolutions ou tortillemens, qui seront deux ou trois , et les serrer ( s'il est possible ) plus en tels endroits qu'es autres, à fln de tenir fermement les os en leur lieu , et exprimer et expulser le sang et autres humeurs qui peuuent estie -ja flués, et aussi pour garder qu'il n'eu flue plus qu'il ne sera besoin. Car par une fracture (laquelle ne se fait iamais sans contusion) le sang sort de ses vaisseaux , à raison qu'ils sont violentement foulés, pressés, et exprimés : qui cause meurdrisseure en la chair,de couleur premièrement rouge, puis liuide ou noire, parce que le sang estant hors de ses propres vaisseaux s'est espandu en la chair et sous le

les trouve nommées plusieurs fois dans ses OEuvres, et par exemple ci -devant, page 214, première colonne. >«ous avons vu également, à l'occasion du bec de lièvre, que la suture entortillée proposée par Paré ét.îit l)ratiquéeà l'aide d'aiguilles et non pas d'épingles. On a cherché à diviser l'histoire des bandages en plusieurs époques; à mon avis , l'époque principale serait celle de l'invention, mais surtout de l'applicatim des épingles : car c'est elle qui sépare absiilument la déligalion ancienne de la ddigation moderne.

1 Cette remarque, assez mal liée à ce qui précède et à ce qui suit, est de 1585. Elle semblerait véritablement mieux à sa place dans le chapitre suivant, où il est parlé des inconvénients des bandages trop serrés dans les luxations et les fractures. L'auteur y revient d'ailleurs également au chai)itre ^,

«ES EANDACxî'S.

cuir, et en la substance des parties subiacentes. Partant faut conduire la bande le plus loing de la partie fracturée, ou luxée, que l'on pourra. Car qui feroit autrement, il renuoyerait le sang au lieu blessé, et pourroit causer apostemes et autres mauuais accidens. Or le sang- qui flue , tend en bas seulement par vn chemin : et celuy qui est exprimé , va par deux , à sçauoir de haut en bas , et de bas en haut 1. Toutesfois il faut auoir esgard de le repousser pluslost vers le corps que vers les extrémités, parce qu'elles ne sont assez capables ny fortes pour receuoir sans accident telle abondance de sang : car il s'y pourroit faire une inflammation ou aposîeme :

et lors qu'on le repoulse vers le corps, il est régi et gouuerné par les vertus et facultés naturelles '-.

1 Galien sur la sent. 25. de la 1. sect. des Fractures. — A. P.

^ Toute la fin de ce paragraphe est empruntée, sauf quelques dilîéreiues de rédaction , à l'édition de 16G4, chapitre cité, folio 43 ; mais le texte primitif étant réellement beaucoup plus clair, je crois devoir le reproduire.

« ^ijanl réduit le membre , le plus près qu'il sera possible de sa Jigure naturelle , il faut...i commencer le bandayc sur la fracture, et y faire trois ou quatre tours, à Jin de tenir mieux les os. De là retourner la bande en haut sur les parties saines , tousiours tirant vers le corps , et le plus loin de la fracture que l'on pourra , iusqa'à ce que la bande soit tout employée : car par ce moyen on repoulse le sanij qui ia esioil coulé à lu fracture et aux enuirons d'icelle : aussi on engurde (pi' il en coule d'auaniage. Or qui feroit la ligature autrement , il renuoiroit le suny au lieu blessé : et pourroit causer apostemes et autres mauuais accidens. Car, comme dit Hippocrates, le sang qui coule en bas , seulement y va par vn chemin : mais celiiy qui en est repoul.sé par la bande , vn par deux .sentiers, à sçauoir de haut en bus , et de bas en haut. En quoy

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