CHAPITRE V
PRECEPTES ET OBSRP.VATIONS COMMVNES POVR LES FRACTVRES ET LVXATIONS.
D'auantage , en toute fracture et luxation , les parties caues et exténuées, comme celles qui sont vers les iointures , doiuent estre remplies de compresses ou bandes appliquées autour pour faire la partie égale , à fin que les astelles la compriment également, pour mieux tenir les os en leur lieu naturel : comme quand on bande le genoûil , il faut emplir la cauité, c'est-à (lire la partie postérieure , qui est le iarret , à lin (lue le bandage soit mieux et pluspromptement fait. 11 faut faire le semblable sous les aisselles, et au dessus du talon , et au bras près le carpe, etcntouteslos autres partiesoù il y a rauité et inégalité'.
' Ce incinior pavagraijlic est extrait, avec
LE DOVZIKME LIVRE ,
Apres auoir bandé et lié, faut interroger le malade s'il sent la partie estre trop serrée, et s'il dit ouy, et qu'il ne la peut endurer, la faut desserrer. Car si le bandage est trop serré, il excite douleur, chaleur, fluxion, gangrené, et par conséquent mortification : et celuy qui n'est pas assez serré ne profite rien, principalement aux fractures et luxations. Or si la partie est bien liandée, c'est à dire si elle n'est trop lasche ny trop serrée , on la trouuera le lendemain enflée d'vne tumeur molle œdémateuse, à cause que la ligature a exprimé le sang du lieu fracturé * : au contraire , si elle est trop serrée , la tumeur sera dure. Et si on ne trouue aucune tumeur le lendemain , c'est signe que la ligature n'est assez serrée, et qu'elle n'a aucunement chassé et exprimé le sang de la partie fracturée ou luxée. Si doncques on connoist que pour la ligature trop serrée il soit suruenu vne tumeur grande et dure, promptement il la conuient deslier, pour empescher les accidens:
et faut fomenter la partie d'eau chaude auec huile, puis la rebander médiocrement, ne serrant fort les bandes pendant qu'il y aura douleur et inflammation 2. Auquel temps ne faut aussi mettre choses pesantes, de peur d'augmenter les accidens susdits. Et lors que le malade se porte bien, faut laisser le bandage trois ou quatre
des dilTérences fort peu importantes de rédaction, du chapitre 6 du Liure des fiacltires de l'édition de 15G4.
1 Hippocrates sent. 37. et 38. sect. 1. des Fraciures. — A. P.
2 Ce paragraphe est également reproduit sous une forme un peu différente d'après la fin du chapitre G et le commencement du ('liai)itro 7 du fAurc des fractures de l'édition de JàOi.
DES BA.NDAGES.
iours sans le deslier, et plustost aux délicats, et plus tard aux robustes, ïoutesfois il faut icy noter, que le troisième iour, et de là en autant iusques au septième, on trouue les bandes lasches, et la partie plus gresle , qui est bon signe , à cause que la tumeur s'est esuanoiiie et résolue , parce que par la ligature on a exprimé le sang qui auoit couru à la partie :
ioint que par la compression on a défendu vue portion du nourrissement, qui la fait monstrer plus gresle et amaigrie *. Et ainsi les os rompus, en les serrant , se dresseront et toucheront mieux : et lors on doit assez serrer sur la fracture, et ailleurs moins : et à l'endroit où la fracture fait eminence , faut comprimer et serrer d'auantage auec compresses et astelles.
Et pour le dire en vn mot , le septième iour passé, il faut plus estroittement bander qu'auparauant , pource qu'en tel temps l'inflammation , douleur, et autres accidens, sont communément passés.
Or ce que nous auons cy dessus déclaré des trois bandes, ne peut estre deuëment fait en toutes parties , comme aux fractures de la mandibule , à l'os furculaire , à la teste , au nez, et aux costes : parce qu'à raison qu'elles ne sont longues et rondes , on ne peut faire la ligature tout autour d'icelles parties, comme l'on fait aux bras, aux cuisses et iambes : mais elle se fait seulement par dehors.