‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 165 sur 511 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

VTILITÉ DES BANDAGES.

Par les choses précédentes nous connoissons que l'vtilité des bandages

• Hippocrates sent. 39. iO. 4 1 . de la sect. 1 . des Fractures. — A . V.

est, que par iceux les choses desiointes et séparées sont poussées en leur lieu naturel, et les cntr'ouuerf es sont conioinles, comme es fractures, fentes, contusions, vlceres sinueux : esquelles choses rvnité est perdue , et pour la conionction desquellesles bandes sont nécessaires : outre-plus, par icelles les choses lesquelles seroient serrées et coniointes , tenues séparées : comme on voit qu'es combustions les doigts se ioignent ensemble, elles iarrets, et aussi les aisselles contre la poitrine, et le menton contre le sternon : et par bien bander, icelles choses n'aduicnnent point.

Les bandes et ligatures seruent pareillement à refaire les parties emaciées et amaigries. Exemple. Si la Ïambe dextre est en atrophie, il faut lier la senestre, commençant au pied et finissant en l'aine. Si c'est le bras dextre, on liera le senestre, commençant à la main et finissant sous l'aisselle : car en ce faisant, on renuoye vnc grande portion du sang de ces parties ainsi liées en la veine cane : laquelle estant plus pleine , en sera enuoyé à la partie eniaciée, en laquelle les vaisseaux ne sont remplis, mais aucunement vuides. Or il en conuient enuoyer beaucoup , d'autant que la partie est vuide, et pareillement pour l'alimenter. D'auantage faut que la partie saine soit en repos , et qu'elle soit bandée et liée sans douleur, à fin que le sang et esprits y fluent moins : ce qu'ils feroient d'auantage , si elle estoit liée auec douleur.

Plus, les ligatures et compresses seruent à estancher le flux de sang dos playes, dequoy l'expérience iournelle nous fait foy, en ce qu'après vue saignée , y mettant vne compresse et ligature dessus, le sang est estanché.

LE DOVZIÉME LIVRE ,

D'abondant les ligatures seruent aux femmes nouuellement accouchées: lors qu'on bande leur ventre , on exprime le sang de leur matrice, qui en est grandement arrousée et imbue , et par ce moyen on aide à la vertu expultrice à le ietter hors. Aussi ceste ligature prohibe que les vents n'entrent en icelle matrice.

La ligature sert aussi aux femmes grosses à supporter le fardeau de leur grossesse, et celles principalement qui jportent leurs enfans si bas qu'ils leur pendent entre les iambes , leur empeschant la liberté de marcher : car par la ligature appellée des femmes Notnbrillere , outre qu'elles sont soulagées de la pesanteur, le faix estant retroussé, l'enfant est contraint remonter plus haut , dont leur est le marcher plus aisé K

Outre ces choses , les ligatures seruent à faire réuulsion et deriualion de plusieurs parties du corps, et aussi à tenir les medicamcns appropriés aux maladies, comme au col, au thorax et au ventre-. Galien, au troisième commentaire de l'Officine dii Médecin , commande de commencer le bandage sur les fractures et luxations, et sur les playes et contusions , à fin de descharger la partie du sang et humeurs qui ont deOué sur icelle , et garder qu'ils ne fluent. Toutesfois s'il y a sinus ausdites vlceres, il faut commencer sur iceluy, à fin d'euacuer le pus ou sanie par l'ouuerture de l'vl-

cere.

Que diray-ie plus? La ligature a

J Ce paragraphe manque dans la première édition et a été ajouté en 1579.

2 Ce paragraphe s'arrêtait ici dans les éditions de 1575 et 1579 ; la citation de Galien qui le complète est une addition de

trois vtilités en l'amputation des membres, comme bras et iambes. La première, c'est qu'elle tient le cuir et les muscles eslcués en haut , à fin qu'après l'œuure ils recouurent l'extrémité des os qui auront esté coupés.

Car après la consolidation et la cicatrice faite, les muscles seruent comme d'vn coussinet aux extrémités des os :

et par ainsi la partie pourra demeurer plus forte, et moins douloureuse quand on pressera dessus, ioint aussi que la curation est plus briefue. Car d'autant que la partie est plus couuerte de chair, plustost aussi les os sont couuerts. La seconde est, qu'elle prohibe l'hemorrhagie , ou flux de sang, à cause qu'elle presse les veines et artères, de sorte qu'il n'en peut sortir que bien peu. La troisième est qu'elle rend obtus et hebeté , c'est à dire qu'elle oste grandement le sentiment de la partie , parce qu'elle empeschepar sa grande adstriction que l'esprit animal , lequel donne sentiment par les nerfs, ne peut reluire à la partie pendant qu'on la coupe ^.

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