‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 173 sur 511 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

CVRE VNIVERSELLE DES FP.ACTVRES ET LVXATIONS*.

Or r'habiller une partie rompue, ou luxée et séparée, est la réduire en son lieu. Parquoi le'^ vulgaires à bon droit appellent ceux qui réduisent les os fracturés ou luxés , R'habilleurs ou renoUeurs. Et pour bien redresser et r'habiller les os , il faut auoir parfaite connoissance de l'anatomie d'iceux , et la pratique de ce faire apprise des bons maistres et continuée de longue main.

Et en la cure de telles dispositions, on doit auoir trois intentions. La première est remettre l'os en son lieu. La seconde , l'y faire tenir. La tierce, empescher qu'il n'y .suruienne aucuns mauuais accidens : et s'ils y estoient suruenus , les corriger : qui sont comme douleur , in-

1 Ce chapitre est formé de trois chapitres presque entiers de l'édition de 1564 , outre des additions considérables faites pour la plupart en 1575, mais (juelques unes aussi en 1579 et même en 15S5. Tout ce qui se rapporte aux luxations date d'abord de 1575; en ISGi il n'élail question que des fractures.

DES FRACTVRES DES OS

flammation, fiéure, aposleme, gangrené, mortilicalion , et autres.

Donc pour réduire aisément vne fracture ou luxation , il le faut faire tout chaudement, ou du premier iour, s'il est possible : pour-ce qu'alors le malade est moins molesté de douleur et inflammation , et que les muscles ne sont encores fort refroidis. Et pour y procéder, faut que le malade , et la partie luxée, et le Chirurgien soient en bonne veuë, et ayans bons seruiteurs, bonnes ligatures, et bonnes machines, si le cas le requiert : aussi que les assistans se taisent, etescoutentle réducteur, et ne crient, ne disent, ne facent aucune chose, qui empesche le Chirurgien de faire son œuure. En après faut lier et tenir la partie près de la fracture, ou luxation, tant d'vn costé que d'autre , c'est à dire , tant vers la partie supérieure ^par laquelle i'entens celle qui est vers le centre du corps) qu'inférieure, de peur qu'en faisant Textension par trop loin d'icelles, l'on ne blesse les parties saines, et aussi que l'extension ne se peust deuëment faire : pareillement, de peur que le malade en tirant ne suiue le Chirurgien, s'il n'estoit lié qu'en la partie inférieure , et non vers le corps*.

Ces choses estans ainsi ordonnées, faut que le Chirurgien estende, et tire bien droit la partie offensée, d'autant que les os estans rompus, ou luxés, les muscles se retirent vers leur origine ^ : et par mesme moyen tout l'os se retire , comme escrit Galien sur la 1. sent, de la 1. section des Fractures. Pource il est impossible de les réduire

1 Tout ce commencement de chapitre est de 1575.

2 Hippocratcs sen, CO. de la 2. sect. De^ J'racUU'vut — A. V»

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sans estendre les muscles. La partie ainsi tirée, seront les os plus aisément réduits en leur lieu, pressant auec les mains dessus, s'ils font quelque eminence. Et les réduisant, il se faut donner garde que les bouts des os fracturés ne s'entre -choppent , de peur qu'ils s'esbrechent et rompent.

Car les esquilles seroient cause de faire aposteme, pour puis après estre iettés hors. Si vn os rompu surpasse la peau , et qu'il soit nud et descouuert, et ne puisse estre réduit, alors le faut scier ou couper, qui est l'aduis d'Hippocrates, et du iour mesme, s'il est possible. Puis seront bandés et liés auecques compresses et astelles».

Et si c'est vne luxation, après l'extension faite faut pousser, tourner et virer la partie luxée , selon qu'il sera nécessaire.

Quelquesfois le Chirurgien est contraint d' vser de machines, comme aux luxations inueterées, et aux fractures et luxations des grands os, et aux corps robustes, et aux grandes iointures : pource que la force qui y est requise ne peut estre souuentes fois faite par la seule main du Chirurgien. Car d'autant plus que les muscles sont forts et robustes, d'autant ils ont plus de force et vertu, pour se retirer vers leur origine. Partant à ceux-là nous sommes contraints d'vser de machines, parce que les mains du Chirurgien ne sont pas suffisantes

• Ce paragraphe répond au quatrième chapitre de l'édition de 1564, intitulé : De la manière de réduire les os fraclurés. Seulement on n'y lisait pas la citation de Galien qui a été ajoutée en 1579, et surtout il y manquait le passage qui commence ainsi : el les reduismil, et linit par ces mots : s'il est possible. Cette addition assez importante se lit pour la première luis dans 1 cdilion de I 1585,

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pour lîrer otredtiir'è toiles fractures ou luxations. Toutosfois il se faut bien donner garde de tirer trop fort, de peur d'encourir es accidens sUsdils:

qui sont rompre les muscles et nerfs, et causer dotileur, gangrené, conuulsion, paralysie, et autres accidents, lesquels viennent plustost aux robustes et vieiix , (pi'aux ieunes, poUrce qu'ilssontmoins blessés que les vieux, lors qu'ils sont fort tirés, à cause qu'ils ont le corps plus humide et mol. Car tout ainsi qu'on tire fort les cuirs sans les deschirer et rompre,lors qu'ils sont moiiillés et mois , mais quand ils sont durs et s€cs, ils se rompent plustost : ainsi est-il des muscles, nerfs, et ligamens. Car quand ils sont humides et mois, ils obéissent et se rompent fdcilenient : mais quand ils so:it secs et durs , ils ne se peuuent estendre sans grande force, non seulement s'ils sont tirés plus qn'il ne faut, mais aussi s'ils ne s(mi que moyennement estendus, ponrce qu'en ce cas les libres nernenses, et corps des muscles, se rompent : ce qui n'aduient aux ieunes, qui sont h^imides et mois, et généralement à tous ceux qui ont la chair niollasse et hnmide, comme enfanfs, feirtïnes, et eunuques*.

Parquoy (comme fions auons dit) le Chirurgien y aura esgard , à fin de faire la réduction ainsi qn'ii appartient: laquelle on c onnoistra estre bien faite, quand la douleur est appaisée, à raison que les fibres des muscles et antres parties sont remises en leur situation natiirelle, et que les os ne pressent plus : auec ce qu'au toucher on ne sent aucune eminence, mais une égalité. Et si les fractiues ou luxalioûs sont aux cuisses, ou aux

LE TREIZIÈME LIVRE

Ïambes, pour connoîstre si les os sont bien réduits , il faut faire conférence de la partie saine auec la malade, approchant les pieds et genonx l'vn près de l'autre, pour voir sils sont bien égaux en longueur. Laquelle chose on doit obseruer toutes les fois qu'on traitera le malade, pource que l'os réduit peut resortir hors de son lien , le malade se tournant de costé et d'autre en sort lit, ou par certains tressalllemens, qui vieiment lors qu'il dort : ce qui se fait par la force des muscles se retirans vers leursorigines, et ce faisans esbrarilent et mouuent l'os fracturé , qui à raison de ce ne garde la situation que le Chirurgien lui a baillée, ains cheuanche Tvn sur l'attire : dont le fflalade sent vne extrême douleur, insques à ce qne les os soyent de rechef remis en lenrs places. A quoy le Chirurgien doit estre fort attentif: car le callus se faisant, si les os chenanchent les vns sur les autres , l'os demeurera d'autant plus court, et par conséquent le membre : qui fera tousiours clocher le malade, à son grand regret, et deshonneur du Chirurgien. Parquoy faut que le malade y donne bon ordre de son costé , se gardant bien de remuer la partie rompue , le plus qu'il Ini sera possible , iusques à ce que ïe callus soit affermi et endurci : mais la luxation estant réduite et Lien bandée, ne se défait pas si facilement comme la fracture '.

Or ayant fait la reductiotr ainsi qu'il a esté déclaré, faut venir à la seconde intention pour la curation des fractures et luxations : c'est que la partie qui estoit rompue ou luxée, et

. ■ Ce paragraphe , ahisi que le précédent , date de l'édition de 1575.

■ Ce paragraphe constiluait le cliapilrc 5 de l'édition de 156'( : Des signes par lesquel^s ou coiutoislra les os eslrc àicit réduits.

DES FRACTVBES DES OS

est feiïiise, tienne ferme en son lieu : qui se fera par bandag^es, compresses, et autres choses que nous déclarerons particulièrement cy après, selon chacune partie , et aussi par les médicaments propres : à quoy sert pareillement tenir la partie en repos, et en sa figure et situation naturelle et accoustumée, à fin qu'elle y puisse longuement demeurer , et la penser quand il sera besoin, euitant la dou leur tant qu'il sera possible. Et partant après la réduction faite, il est bon d'appliquer tout autour du cerat (et faul que les bandes et compresses en soyent imbues : autrement ils beuroienl ledit cerat par leur seicheresse, et partant profiteroit peu. Geste doctrine est prise d'Hippocrate, du 3 liu. deVOfficine du Médecin) et autres repercussifs, puis des résolutifs, selon qu'il sera besoin •. Et faut que les bandes et compresses soyent trempées et baignées en oxycrat , ou oxyrhodinum, si c'est fracture simple : ou en gros vin austère , et autres liqueurs semblables, vn peu tiedes, si la fracture est auec playe (comme escrit Ga-

■ Cette manière de panser les fractures simples n'a pas toujours été celle de Paré , et nous pouvons signaler à cet égard trois modiflcalions qu'a subies sa pratique. Ainsi en 1564 il écrivait :

Ayant réduit le membre le plus près qii'il sera possible de sa Jirjure naturelle, il faut appliquer tout autour de la fracture, mesme sur iceUe, de l'huile rosat auec im peu de vinaigre , et des emplastres couuertes d'vnguent rosat, etc.

Les éditions de 1^)75 et 157& portent :

Et parlant après la réduction faite , il est bon d'appliquer tout autour, mesme sur icelle, de l'kuile rosat auec blancs d' œufs, cl autres repercussifs, puis des résolutifs, selon qu'il sera besoin.

Enfin la rédaction actuelle avec la citation d'Hippocrate date seulement de 1585.

lieu sur la 21. sen; de la i. section des Frachires ' ), lesquelles faudra souuentesfois humecter, principalement en Esté : car par ce moyen on robore la partie, en repoussant la defluxion, et par conséquent on empesche l'inflammation et la douleur. Et quand les accidens seront passés, il faut désister d'humecter les bandes, de peur de retarder le callus : à la génération duquel il faut procéder par les choses qui aident à le faire, comme nous déclarerons cy après.

Or quant à la figure que l'on doit obseruer, elle sera conuenable, si les muscles sont en leur situation naturelle : ce qui se fera si la partie est tenue en figure moyenne, laquelle si elle est sans douleur, le malade y pourra longuement demeurer.

Ces choses faites, il luy faudra demander s'il est point trop serré: et s'il dit que non, si ce n'est vn peu sur la fracture, il la conuient laisser trois ou quatre iours, plus ou moins, sans la deslier, s'il ne sent grande douleur: Mais aux luxations on la pourra bien laisser sept ou huit jours, s'il n'y suruienl aucun accident.

Et faut que le Chirurgien entende, qu'en traitant les os fracturés ou luxés , il doit par tous moyens prendre garde d'empescher les accidens qui pourroient suruenir : qui est la troisième intention que traiterons à présent 2.

' Cette mention de !a fracture compliquée de plaie et la citation de Galien qui la suit, ne datent que de 1579. Du reste nous ne nous y arrêterons pas , attendu que la thérapeutique des fractures compliquées est spécialement traitée au chapitre i>4.

- Toute la fin de ce chapitre, depuis ce que

nous avons dit appartenir au chapitre 5 de

l'édition de 1564 , est empruntée au cha-

[ pitre 6 de cette même édition , à part lou-

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