CHAPITRE V
LA TUeiSiÉME INTENTION EST CORRIGER LES ACCIDENS *.
Pour ce faire faut traiter la partie le plus doucement, et auecques moins de douleur que faire se pourra (ainsi qu'il a esté cy deuant déclaré) prenant garde d'empescher la fluxion sur la partie ; et ce par medicamens qui ont vertu de corroborer, et repousser les humeurs : et par bonne manière de viure, aussi par purgation etphlebotomie s'il en est besoin 2.
Que si les accidens sont desia suruenus, il y faut remédier selon la diuersité d'iceux : car il y en a de plusieurs et de diuerses sortes : entre lesquels se fait communément vu prurit ou démangeaison au commencement.
jours ce qui regarde les luxations. Ce chapitre G a pour titre : De la manière de irailer les fractures an premier appareil; aussi est- Il bien i)lus étendu que le texte qui y correspond dans les éditions complètes; mais les détails concernant l'application des bandes ont été reportés par l'auteur au Liure des bandages, chapitre 3, comme il a été dit. Voyez ci-devant la note de la page 294.
» Ce chapitre est presque entièrement de l'édition de 1575, à part le passage relatif au prurit, qui existait dans celle de I5G4, et quelcjucs additions postérieures.
- L'auteur est fort bref ici sur les médicaments comme sur le régime; il s'étendra davantage lorsqu'il fera l'histoire de sa propre fracture. C'est là, aux chapitres 'U A 31, qu'il faut recourir pour étudier à fond la doctrine de Paré touchant la formation du cal et la thérapeutique des fractures ; et c'est là aussi que je comparerai le texte détinitif avec ce qu'il avait dit sur le même sujet dans SCS premiers traites.
Or le prurit est engendré des vapeurs de ce qui reste du sang, et des autres humeurs contenus en la partie, qui sont ou vue mordication modérée, d'où vient prurit simple, ou mordication grande , d'où vient prurit douloureux 1. Parquoy lors que telle matière est vuidée , la cause du prurit est cessée Or lesdites vapeurs ne se peuuent bien exhaler, pource que la partie est pressée et couuerte d'emplastres, de compresses, et de bandes : ioint aussi qu'elle demeure sans son exercice accoustumé, et pource y a moins de chaleur naturelle. Partant conuient deslier les bandes de trois iours en trois iours, pour donner air et transpiration aux excremens fuligineux et matières sanieuses contenues sous le cuir , de peur qu'elles ne le rompent et vlcerent :
ce qui est suruenu à plusieurs par faute de ce faire. Pareillement faut fomenter la partie auec eau chaude , et ce assez longuement : car comme il est escrit au 3. de VOfficine du Chirurgien, longue fomentation d'eau chaude atténue et euacue , la moindre remplit et amollit 2. Aussi vser de légères frictions auec la main ou linges chauds, desquels on la frottera en toute figure : à sçauoir, en haut, en bas, à dextre, à senestre, et en rond. Pareillement on peut vser de fomentation faite d'vne décoction de saulge, camomille, melilot, roses, et semblables, bouillis en eau et eu vin. Et par
' Galien, sur la 4. sent, de la 1. sect. Des /raclures. — .\. P. — Cette citation se rapporte aux mots : ipii font ou vue mordication oiorfcm-, etc. ;c'est une addition faiteen 1570.
- Cette partie de la phrase , depuis les mots : et ce assez longiiemeiii, jusiju'à ceuxci, remplit et amollit, a clé également ajoutée eu liû'ô.
DES FRArTVRES DES OS.
ces moyens pelit-à-petit on estera le prurit '.
Et où il y auroit desia vessies , il les coniiient couper , pour donner prompte issue à l'humeur, lequel retenu pourroit corroder et faire vlcere : et après faudra appliquer quelque médicament refrigeratif, conimc est l'onguent album Rhasis camphoratum ou desiccatiuiim rubrum , ou vn- 5'«en/t«7Uosafwm, où il n'entre point do vinaigre , auquel on y adioustera poudre de bois pourri , ou de la tulie préparée, ou autres semblables.
Mais il adulent aussi quelquesfois des accidens beaucoup plus grands et dangereux , que nous déclarerons cy après.
Or s'il y auoit quelques pièces ou esquilles d'os qui fussent du tout séparées, il les faut prompteraent oster, principalement s'ils picquent les muscles 2, et aussi si l'os estoit esclallé et sorti hors de la chair, en sorte qu'on ne le peust réduire, il le conuient
' Ce paragraphe sur la cause du prurit et les moyens d'y remédier est emprunté presque littéralement au chapitre 7 de l'édition de 1564; seulement en parlant des frictions, cette édition recommande de les faire en haut, en bas, à dextrc, à seneslre, à tors, à traiiers , et en rond : car telle friction resoidl les vapeurs superflues contenues en la partie.
L'édition de 1545, suivie par celle de 1552, conseillait de tout autres moyens; on y lisait :
El s'il suruenoit prurit en lapartie , il conuient faire ablution auec oxtjcrat, auquel on aura fait bouillir sel et alun, puis soit appliqué vnguentum populenm , vel nulritum , ou autre de telle faculté. Folio 38, verso.
Nous verrons dans l'histoire de sa fracture de jambe, que ce fut alors que Paré changea de sentiment à cet égard. Voyez ci-après chapitre 25.
- Hippocrates, sent. 46. scct. 3. Da fraclurei. — A. r.
couper auec tenailles incisiues, ou par le bec de perroquet : desquels t'aideras selon que verras estre vtile.
Le Chirurgien doit pareillement prendre garde que la partie blessée ait sonnent vue nabellalion , à fin qu'elle n'acquière inflammalion : aussi garder qu'elle ne soit trop couuerte ny pressée. La flabellation se fera en la changeant de place, et la sousleuant par fois. Tel précepte n'est seu^ Icment à noter pour les fractures , mais aussi pour toutes parties blessées et vlcerées*. • ,,
Ayant donc ainsi discouru des fractures et luxations en gênerai , maintenant ie traiteray des particulières, commençant au nez.