CHAPITRE XX
DE LA FRACTVRE DE LA CVISSE FAITE AV MILIEV DE l"0S ^.
On trouue communément les extrémités de l'os de la cuisse estant rompu cheuaucher l'vne sur l'autre, à cause
• L'édition de 1575 ajoutait : Et quelquesfois trop gros ; « ceste cause il faut faire la ligature plus serrée.
Ce passage avait été emprunte à la traduction de Paul d'Egine par Dalechamps ; il a été supprimé dès 1579.
2 Le premier auteur qui se soit occupé de la position à donner à la main dans les fractures des os du métacarpe est Albucasis. Il fléchissait les doigts quand les fragmens faisaient saillie vers la paume de la main; il les étendait quand ils proéminaient vers la face dorsale. Guillaume de Salicet vint ensuite qui préconisa l'extension dans tous les cas; et la troisième doctrine qui recommande la flexion pour toutes ces fractures , appartient à A. Paré.
5 Ce chapitre se lit déjà, en partie du moins, dans l'édition de I56i.
icelle , lesquels se retirent tous vers leur origine , comme nous auons dit cy deuant. Parquoy lorsqu'on réduira ceste fracture , faut que le malade soit couché sur le dos , et ait la iambeestendue, et que le Chirurgien tire bien fort la cuisse : et où il ne le pourra faire seul , il aura deux seruiteurs forts et puissans 1, pour r'amener les extrémités des os rompus l'vne contre l'autre. Et à ces fins les anciens auoient l'instrument nommé ylossocomium, lorsque la main n'estoit assez forte.
Figure cl' vu instrument nommé Clossoo
oviium.
O vi — ^^ • — .'il, Si" — >
' L'édition de 15Ci dit : Il faut que le Chirurgien tire et eslende bien fort lacuisse, aidé à ce faire par hommes et ministres fortz et puis sants , etc.
En lieu d'iceluy on peut pareillements'aiderdenoslremoiiflo: carlfippocrales permet la tension si grande, que mesme il hande sans auoir rejoint les os, parce que où le muscle est plus puissant qne le bandage , aisément les os se remettent par la contraction du muscle *.
D'abondant le Chirurgien considérera, en réduisant ceste fracture, que cest os est courbé en la partie intérieure, et gibbeux en l'extérieure:
partant il le faut remettre en sa figure naturelle , et auoir mémoire qu'il n'est de figure droite : et où l'on y commettra faute, le malade demeurera claudicant à iamais ^ , A ceste
« Ce paragraphe n'existe pas dans l'édition de 1504, et les deux phrases qui le constituent sont clles-môincs d'une date difTcrtnte.
La première, qui a rapport au inoulle, est de 1575, et peut-être de la petite édition de 1572 ; et elle marque ainsi l'époque de l'application du moufle à la réduction des fractures et des luxations, entre 15G4 et 1575 au plus tard.
La citation d'Hippocrale est de 15T9, et elle demande une explication ;> car le langage d'A. Paré tendrait à lui donner un sens tout contraire au sens réel. Hippocrate dit que l'extension dans ces fractures peut être portée même un peu plus loin qu'il n'est absolument nécessaire, sans aucun inconvénient; car quand même on écarterait les fragments à distance, l'action des muscles en dépit de l'appareil parviendrait toujours à les rapprocher. C'est l'idée que veut rendre A. Paré par ces mots : sans auoir rciobil les os.
2 Cette idée appartient à Hippocrate , et elle n'en vaut pas mieux pour cela. Le déplacement le plus commun dans ces fractures est celui où l'un des fragments et même tous les deux sont dejetés en dehors, et la compresse spéciale mise en dedans de la cuisse tcrtdrait encore à augmenter ce déplacement.
L'édition de l5Gi donnait en cet endroit deax figures du fémur pour montrer la concavité de sa face interne.
LE TREIZIEME LIVRE
cau.se faut appliquer vne compresse au dedans de la cuisse, qui remplisse le plat et cauité dïcelle, de peur que l'os ne se démette de sa place * : laquelle .«era couuerte d'onguent rosat, ou de quelque autre médicament glutineux, de peur qu'elle ne se déplace.
Semblablement on mettra d'autres compresses sur la partie qui est plus gresie, laquelle est près du genoùil, à lin que les ligatures soyent égales, lesquelles se font pour trois intentions dites cy dessus. La première est, pour contenir l'os en la ligure où il aura esté réduit, iusques à ce que les pièces soyent conglutinées par le callus qui les soude. La deuxième , pour em-
■ Ce paragraphe se termine en cet endroit dans l'édition de 15<J4; et pour mieux dire, le reste du chapitre appartient, sauf quelques modilications de détail , à la rédaction de 1575. Dans celle de 1664 , le chapitre finissait ainsi :
« De peir que l'os ne se démette de sa
place, et se reprenant ne change sa figure naturelle. Ayant vsé de ceste façon de pratiquer on cognoistra, par les signes cy deuant escrits , la réduction du membre fracturé estre bien faitte. Pour ce faut que le malade de sa part y donne bon ordre, se tenant stable et coy, sans mouuoir la partie : aussi il faut que le Chirurgien tant qu'il pourra , comprime les muscles par compresses, bandes, astelles, ecclisses, férules et torches de paille : lesquelles seront si longues qu'elles prejidront depuis l'os Ilium, iusques à l'extrémité du pied, à Gn de mieux tenir l'os, et garder que le patient soy tournant de costé ou d'autre, ne mette l'os réduit hors du lieu où il aura esté remis : toutesfois il se faut garder de trop presser par lesditles torches et ecclisses les eminenccs des os, comme sont les chenilles du pied et eminenccs du genoil et autres : ny pareillement les nerfs et tendons.
» On peut appeller selon Hippocrates les cassoles, les torches et tous autres inslrumens qu'on accommode aux fractures pour
DES FKACTVRES DES GS
pescher la fluxion qui aisément y vient , tant pour la douleur que pour la débilite de la partie. La troisième , pour contenir les compresses et astelles, et les remèdes qu'on y applique. L'inflammation est empeschée en reprimant et rechassant le sang et les autres humeurs , qui autrement y flueroient : et en exprimant le sang contenu en la partie fracturée, vers les parties prochaines, tant supérieures qu'inférieures. Et partant Icsdites bandes se doiuefit faire de bonne toile forte, et non rude. Leur largeur et longueur gist en la coniecture artificielle du Chirurgien , qui les mesure selon que la fracture est grande ou petite, et la grosseur ou longueur de la partie : et doiuent tousiours couurir toute la partie fracturée , et grande portion de la saine.
Or parce qu'au liure des Bandages, i'ay exposé principalement le bandage d'Hippocrates , ie te veux icy exposer celuy de nostre pratique ordinaire : qlii eèt que nos praticiens veulent aiioir trois bandés pour telles fractures ^
tenir le membre en figtire droitte et indonloiireuse , glossocomes, c'est-à-dire, engins ou machines, lesquels on applique pour tenir le membre en vn estât sans que le patient le puisse remuer à de\tre ou à senestre, haut ou bas, soît en veillant, soit en dormant, tant qu'il luy est possible.
» D'auantage le Chirurgien àuisei-a diligp^rtïnent si l'os est en sa vraye figure et situation : et ou il n'y seroit, se mettra en deuoir de l'y remettre. » Folio 49, verso.
Presque tous ces détails ont été reportés, soit avec une rédaction nouvelle , soit dans les mémerf termes, au Liure desbandages, notamment aux chapitres 7 et 8. Voyez cî-dè- ■yant pages 28C et suivantes.
' L'édition de 1575 présentait ici une autre rédaction et un antre sens :
«Or les anci&is vauknt. auoiV trois bandes
La première se doit commencer sur la fracture (comme nous auons dit au liure des bandes) y faisant deux ou trois tours , et plus serrés que les autres, qui seront menés contre-mont où elle doit estre terminée : et ses reuolutions doiuent estre fortiointesFvne contre l'autre : ainsi conduite , fait qu'elle tient les os, et exprime et reprime le sang loin de la fracture. La deuxième fera aussi deux tours sur la fracture , puis sera menée contre-bas auec reuolutions plus escartées l'vne de l'autre que la première , et de bas on la fera retourner contre-mont , où aussi se finira. Son effet est semblablement d'etptimer et réprimer : et ses réûolutiotis descendent contre-bas, et sont moins jointes , à fin qu'il se face moindre expression de sang aux extre mités, qui ne pèuuent sans inflammation en receuoir beaucoup, à cause qu'elles sont loin de la chaleur naturelle , qui est plus grande au centre qu'eue n'est aux extrémités. La ito\siéftie doit commencer en bas à l'extrémité du membre, et estre conduite doùcernefat contre-mont, et faire ses reuolutions au contraire des ^ux |)remief es, à fin de réduire les muscles qui petruent auoir esté destors de teur deùé situation naturelle '.
pour (elles fractures. » Voye:^ à cet égavd fë chapitre 3 du Liure des bandages, ci-cîèvan* page 281 , et la note qui s'y rattache j voyez également la note suivante.
' J'ai déjà noté au livre des bandugea qu€ Paré s'écartait dans sa pratique des préceptes qu'il adoptait en théorie sur la foi d'IIippocrate. C'est ainsi qu'il décrit deux appareils distincts, l'un au livre des bandages, l'autre ici; mais il est facile de voir qu'en dépit d'Hippocratc c'est à son bandage ordinaire qu'il donne la préférence. Du reste, il faut bien convenir que c'était une pure atlairo d'iiubilude , et qu'il importe foit
LE TREIZIEME LIVRE
Apres auoir fait ces baiidafjes , il faut appliquer trois astollcs faites de gros papier de carte, ou autre matière, comme nous auons dit. La première sera posée au dessous de la fracture, assez large et longue, tant qu'il sera besoin : et deux autres, vue de chacun costé, distante l'vnc de Tautre d'vn doigt, à fin do tenir l'os qu'il ne vacille çà ou là , enueloppé d"estoupes ou de coton, et auec des liens ^ les serrer tant qu'il sera conuenable.
Et après il faut faire situation de la partie : laquelle doit auoir trois intentions , à sçauoir, mol, égal, et haut.
Mol, parce que la dure comprimant la partie malade , cause douleur et inflammation. D'auantage le malade ne la pouuant souffrir, estcontraintpour la changer et se soulager, remuer la partie fracturée, laquelle doit demeurer en repos sans estre remuée. Egal, parce que le contraire fait douleur et distorsion de la partie , quand vne partie d'icelle est îippuyée , et l'autre suspendue sans appuy : et pource se faut garder, dit Hippocrates sect. 1.
J)es fractures - , que lo- talon et pied ne dv^meure suspendu sans appuy, parce que- incontinent se feroit douleur et fluxion ÎHcheuse. Haut, pour empescher la fluxion, qui est irritée par la situation basse et penchante : et partant la cuisse et la iambe seront tenues plus haut que le reste du corps, sur certains orcillicrs , ou quelques matelats 3, gardant toutosfois en ceste hauteur telle médiocrité, que la partie ne soit trop tendue : comme aduer-
pcu de recouvrir un membre fracturé avec deux bandes ou avec trois.
■ « L'édition de l.")76 dit : aiicc da ni/>eus.
2 Cette citation et la (in de la i)brase qui s'y rapporte man(]uent en 1575,
3 La fin de la i)hrasc cl en conséquence la citation d'IIippocratc manquent en 1575.
tit Hippocrates, sent. 5G. sect. 1. Des fractures.
Et sera aussi tenue la cuisse en pareille longueur que la saine : et pour ce faire la faut appuyer de costé et d'autre avec des torches de paille, comme nous dirons bien tost d'vne iambe rompue.
Or quand le bandage est ainsi conduit que nous auons dit, la nuit et le lendemain le malade se sent plus serré que lors qu'on Ta mis du commencement : et au genoiiil se fait vne tumeur molle par l'expulsion de l'humeur qui estoit en la partie fracturée, et le deuxième iour la ligature se lasche, pource qu'vne partie de l'humeur se résout : et le troisième iour on la trouue encore plus lasche, pource que la matière s'est d'auantage résolue.
Adoncquesfaut débander la ligature, de peur qu'elle ne fasche le malade pour la situation où il demeure si longuement contraint sans aucunement se remuer* : et aussi estant la partie couuerte et enueloppée si long temps sans estre débandée, qu'il n'y suruienne vn prurit , qui vient par faute de transpiration et résolution delhumeur ja arresté : et aussi de celuy qui flue, à raison de la chaleur et douleur, et des excremens et superfluités du nourrissement de la partie, qui abondent pour raison de son imbécillité.
Car par la rétention diceux non seulement aucuns sentent vne démangeaison, mais aussi souuent se font des vlceres à la peau , à raison des humeurs sanieux et acres qui croupissent là.
Et quand tel accident aduient , il fautfomenlerlaparlied'eau tiède auec
' Le mnhide doit estre habillé le troisième iour. — Hippocrates au Liure des fractures ^ sent. iO. et il. sect. 1. — A. P.
DES FRACTVP.es DES OS.
huile, autant d'espace de temps qu'Usera besoin , pource qu'elle appaise la douleur, lelasche ce qui est troptendu par la compression du bandage , eschauffe la partie refroidie par la repercussion et expression du sang et des esprits qu'ont faits les bandes. S'il y a tumeur auec grande meurdrisseure, il faut longuement faire ladite fomentation , pour résoudre ce qui est es- Iran ge en la partie , et y appliquer autres remèdes plus résolutifs. Toutcsfois faut auoir esgard de non les trop continuer, pource qu'ils empescheroient la génération du callus* :
parquoy nous aurons tousiours esgard en ce fait à la reigle mise par Hippocrates, sentence quinzième, section troisième de l'Officine du Chirurgien, touchant le temps et durée de la fomentation : qui est que petite fomentation attire, et ne résout rien.
D'auantage faut considérer le tempérament et habitude du malade : car s'il estoit pléthorique , ils atlireroienl les humeurs superflus en la partie.
Les anciens veulent iusques au septième iour qu'on remue le bandage de trois iours en trois iours : et passé le septième , de sept iours en sept iours. En cela on n'en peut donner reigle certaine : car selon les accidens il faut habiller le malade , plus tost ou plus tard, selon la douleur et autres accidens. Il est vray que s'il n'y auoit aucun accident , ie scrois bien d'aduis que ce fust le plus tard qu'il seroit possible : car si les bords de l'os fracturé sont esbranlés et remués, celaempescUc ragglulination du câlins. Car ainsi que l'on ioiut les pièces de bois auec de la colle , ou les potiers d'estain leurs pots : ainsi Nature
' La On de la phrase avec la citation manquent dans l'édition de 1575.
cimente les os auec le callus , de façon qu'ils ont grand besoin (pendant que le callus se fait) de demeurer à repos : ou autrement la matière du callus se fond, et ne s'agglutine point. Pour aider à l'agglutination du callus (qui commence à se faire après le treizième iour, ou bien le quinzième, plustost ou plus tard, selon que la partie sera en son tempérament) on y appliquera vn emplastre fait de blanc d'œuf , battu auec poudres de roses rouges et farine de fourment , et autres emplastres catagmatiques, qui seront cy après escrites à la fracture d'vne iambe rompue.