CHAPITRE XXI
DE LA FRACTVRE FAITE PRES LA lOIN- TVRE DVDIT OS ^
Quelquesfois il se fait fracture près la iointure de la hanche au col de l'os femoris : ce que ie proteste auoir veu en vue honneste dame, ayant esté appelle pour la penser. Voyant que sa iambe estoit plus courte que l'autre, auec vue eminence que le trochanter faisoit extérieurement au dessus de la loin te de l'ischion, i'estimois de prime face que ce fust la teste de l'os, et y auoir luxation, et non fracture. Alors
' Ce chapitre si important, puisqu'il offre la première observation connue de fracture du col du fémur, et que l'histoire de cette fracture proprement dite ne remonte pas plus haut ; ce chapitre manque dans l'édition de 15Gi, et se lit dans celle de 1575. Existaitil déjà dans l'édition perdue de 1572? Quoi qu'il en soit , c'est au moins à l'une ou l'autre de ces ép<->q»es si rapprochées, que la fracture du col du fémur a été pour la première fois révélée aux Chirurgiens.
Lïï TREIZItME LIVRE,
ie tiray et pqussay Vos, ce mp sembloit , on sa boi'te , attendu que les ilei^^ iainbes esloient egajes (ii\ longpeijr et flgure : et la pensay et accous^ray comme d'vneluxation. Deux ioi}rs qpjes ip la fus reuoir , qui se plaignpit sentir vue extrême douleur, et trouuay sa iambe courte , et son pied tourné au dedans. Alors ie def- |eis ^Rules les bandes, et trouuay l'eiflinenee copame auparauapt. Adonc |p pj'efrorçay de recbef à réduire l'os en S.1 boçte. Ce faisant i'apperçeu que l'os crepitoit , et p|i esgard quïl i^'y qi}Qit nqlle cquilé en la iointe, lors ie conne^sq^'il y aupit fracture, et non luxation.
■ (Pareillement Tepiphyse delà teste de cest os quelquesfois se sépare et desioint , (le sortp que le Cbii'urgien est deceu , estimant qu'il y ait luxation , ^t non (^li^iqiîclipn de l'epiphyse dudit os. )
Adonc ie réduis l'os : appliquant des astellej» s]}r les çopipressps, pt feis la Jigatur^^ à deux cl^efs, la croisant par dessus la iojntp'e? et autour du corps eii Cfûj^ S. André ; ef le rpste de la çuration s,g fe\l ainsj qu'quons dit par cy deuapt ; et po§ay qp arc (le perçe^q Pfif tlpssus le pied, de peur que la pqqye^tuVP ne pj-essast sur le^ ortei]s.
p'3|)pp(]qnl lipis attqplier vpp cprde pu plancher qy iflilieu de spu lit , CPfpme pu (Iqit tousiours fqire aux fractures et luxations de la cuisse ei (le lîj iaipbc , à laqpeUe }p^ m^laiies §p gQustiennent des bras pour se sousieuer lors qu'ils vont à leurs affaires, et aussi pour quelquesfois vn bien peu se tourner et esleuer le dos et le croupion , à fin de donner vnc transpiration aux parties pressées , qui par tfop long temps leur estant déniée , cause vpe tloulem* pt cha^eqr estrange : (^q^\ s'ep^u^t ylpere }p pjus
spuuent qp croiïpîpn, laquelle induit douleur, fipure , et vne si grande inquiétude , que la mort s'ensuit , si on n'y donne bon ordre. Aussi que d'autant que la fracture est faite près des Jointures , d'autant est plus difficile à traiter , et plus malaisément guérie :
pomce qu'à cause des perfs, tendons et ligamens communs, elle apporte de plus grands accidens, et que ce lieu est exangue. Celle qui est faite au milieu de l'os est plus aisée à traiter et plustost curée.
Que djrayle plus? c'est qu'il faut que le Chirurgien prenne souupnt garde que Tqs np se deniette coq^me on l'qura réduit. Ce qu'il fait aisément , parce qu'il est spul , et que par la moipdre faute du malade se sousleuaut en allant ^ sps affaires ou autreraept , l'os de la cuisse se déplace , et les extrémités cheuauchent l'vne sur l'autre : et partpqt faut à tputes les fois qu'pn l'babUle , auoir esgard à Iq figure de l'os , et çouferer la longueur (\e la ïambe saine à la nialade : et aup;irauant quolepallus soit fait, la tirer et réduire , en sorte que le malade ne tjenieure bpitpux : et quïl se remue aussi le mpins qu'il ppurra.
Auicenne a dit que peu soiuient on * guérit si beurpuspuient la fracture 4e la cuisse , qqp Ip malade ne demeure boiteux ', Autres anciens aussi nous ont laissé par pscrit que l'os de la cuisse est cpnsoUdé en cinquante ioufs : niai^ pn pela il n'y a point de reigle certaine, cpninie i'ay dit cy dessus. P'auantage , soit que le pallus soit fait en cinquante pu soixante iours, si est-ce pourtant que le malade ne se pourra pas encores dé long temps soustenir et cheminer
Liurp 3. fçn. (5. traita !• cUap. té.—
DES FRACTVRES DES OS
dessus, à cause que la partie tlemeurc bien loîig temps débile : et partant les malades cberainent quelque temps sur des crosses. Ainsi faut-il entendre en toutes les autres parties fraclurées et luxées, du temps preGx qu i!s leur ont baillé pour cstre le callus fait , et les iointes affermies K
Icyle ieuneCbirurgien noiera, que les epiphyses des os souuent se desioignent et séparent : qui est une espèce de luxation, laquelle Colombus, au chapitre second de son Anatonrie , dit que mal aisément se reunissent, à raison que telle conionction et alliance d'os ne se fait pas par vne seule teste entrant en vne seule cauilé, mais par le moyen de plusieurs tubercules receuës dedans plusieurs sinuosités, laquelle rencontre est malaisée à réduire. Qui se fait de cause interne ou externe : Externe , quelquesfois par la faute du Chirurgien, qui manie trop rudement les os tendres des petits enfans, ou par cheutes, ou autres causes qu'auons dit cy dessus : Interne , à cause de certains humeurs qui ont coulé et croupi en quelque iointure , ainsi que nous voyons souuent arriuer en la petite et grosso verolle , ou d'autre humeur non verollique : ainsi que de récente mémoire est aduenu à defunct monsieur Marchant, Aduocat au Chaslellet de Paris , homme d'honneur et de bonne doctrine et expérience, lequel eust une defluxion à la iointure du genoiiil qui le tourmenta par l'espace de huit mois, et appela plusieurs gens doctes , tant
' Le chapitre se termine ici dans tes éditions de 1575 et 1579. Ce qui .suit date seulement de 1585. 11 faut observer cependant que la disjonction des epiphyses élail déjà signalée dès 1575, dans la parenthèse qui coupe si désagréablement le récit de l'observation qu'on vient de lire plus haut.
Médecins que Chirurgiens , pour cuider le soulager : ce qu'on ne peust faire par aucun moyen , à cause que son mal commença à l'os. Vn iour se tournant en son lit , los de la cuisse se rompit pies le genoiiil , dont il mourut tost après. La cuisse fut ouucrle , et luy fut trouué fracture et séparation de l'apophyse dudit os, lequel pareillement estoit tout carieux et pourri , neantmoins sans iamais auoir eu la verolle.
A bonne cause a esté dit par nos anciens , que les os pcuucnt souffrir les trois genres de maladies, à sçauoir solution de continuité , incommoderation ou mauuaise composition , et intempérie.