‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 19 sur 511 · CHAPITRE XVIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIT

DES ACCIDEMS QVl ADVIEISr<ENT A LA DVRE-MERE.

Si par fortune la Dure-mere est incisée ou escorchée, pour l'agglutiner, Hippocrates commande y appliquer succum nepetœ , meslé auec fai'ine d'orge. En lieu d'iceluy remède, on peut vser de ceste poudre flui a pareille faculté

^. Colophoniae 3. iij.

Myrrh;e, aloes, mast. sang. dra. ana 3- j-

Croci , sarcocoUîe ana 3. C> .

Misceantur, et fiât puluis subtilis.

Et pour expurger le sang ou la sanie qui est ou peut estre entre le Crâne et la Dure-mere, faut mettre vne tente de linge délié en quatre ou cinq doubles, trempé en syrop rosat et d'absynthe, auec vn peu d'eau de vie, entre le Crâne et la Dure-mere , à fin d'abaisser la Dure-mere de peur qu'elle ne touche au Crâne : pour donner issue au sang et à la sanie, qui peuuent estre tombés entre l'os et ladite Dure-mere: et aussi pour défen-

dre que, par la pulsation du cerueau, la Dure-mere ne frappe contre les bonis du circuit de l'aspérité de l'os qu'aura coupé la trépane. Et à chacune fois que le patient sera habillé , on mettra vne autre tente semblable, iusques à ce que la mondiûcalion soll faite. Mesme le Chirurgien , chacune fois qu'il habillera le patient , comprimera la Dure-mere auec vn tel instrument : et luy faut faire clorre le nez et la bouche, et qu'il souffle et expire , h On que par tel mojen il expurge la sanie qui est entre l'os et la Dure-mere,

Ledit instrument, duquel sera comprimée ladite Dure-mere , doit estre rond, large, poly, et vni en son extrémité, comme cestuy-cy.

InHlrumenl propre pour presser et baisser la Dnrc-mere en bas, à fin de donner issue à la sanie.

Et par dessus la susdite poudre , soit mise sur la Dure-mere une esponge trempée et espreinte en me décoction , laquelle ait faculté desic-

DES J'LWES EN i'AKTIClV LIEU.

caliue, loboiatiue , iaile de choses aromatiques propres à la leste, comme il s'ensuit.

:^. Foliorum saluiœ , maioranae, betonicœ , rosarum rubrarum, absinlhij et myrtillorum , floruni chamajiii. meliloli, stœchados vtriusque, ana m. fi.

Radicis cyperi, calaini aromatici, ireos, caryophyllatai, angelica; ana § . fi .

Bulliant oninia secunduin arteni, cuiii aqua fabrorum , et vino lubio : fiât dccoctio ad Ysum dictum.

Et en lieu d'icelle on pourra vser de vin clairet auec portion d'eau de vie: à fin que ladite esponge attire et seiche la sanie et autres humidités.

Icelle esponge sera plus propre qu'un linge ou autre chose , pource que d'elle-mesme elle attire la sanie , et aussi qu'elle obeïst par sa mollesse à la pulsation du cerueau.

Et par dessus toute la playe et parties proches, sera appliqué vnemplastre faict de Diachalciteos liquéfié auec vinaigre ou vin et huile rosat , à fin qu'iceluy emplastre soit rendu moins chaud et plus mol. Car (comme dit Hippocrates • ) on ne doit mettre aucune chose dure et fort pesante sur les playes de la teste, ny faire ligature fort serrée, de peur d'induire douleur et inflammation : ce qui est aussi recité par Galien^, qu'vn Apothicaire auoit bandé et lié si fort la teste à quelqu'vn , qui auoit douleur causée d'inflammation , qu'il fut cause de luy faire sortir les yeux hors la teste , à raison que telle ligature comprimoit les sutures , en sorte que les vapeurs fuligineux qui s'exhalent tant par lesdites sutures que par les porosités du Crâne , ne se pouuoient exhaler par icelles : et aussi que par

> Hipp. au lui. des playes de a leste. — A. P. - Gai. au liu. de la man, de bander. — . 1\

telle compression, les artères ne pouuoient auoir leur mouuement pulsatif. Pour ces causes, la douleur et inflammation fut si grandement augmentée, que les yeux luy creuerent et sortirent hors la teste '. Par ainsi à bon droit Hippocrates défend couurir et lier par trop les playes de la teste. En quoy tu retiendras en mémoire que les emplastres que tu appliqueras sur la teste , seront de consistence molle : et les compresses pareillement seront faites de linge mol et subtil, ou de coton , ou de laine , ou d'estouppes : et sera la teste ( comme auons dit) peu serrée et pressée. Et après que le malade aura esté habille, si la playe iette beaucoup , le faudra faire situer sur la playe, s'il est possible, et qu'il estouppe par fois le nez et la bouche , et qu'il expire , pour faire esleuer et enfler le cerueau : à fin que par tel moyen la sanie contenue au dedans soit expellée, de peur qu'elle n'acquière acrimonie et autre mauuaise qualité. Autrement il faudra gratifier le malade de se tenir et situer en la façon qui luy sera plus aisée et qui luy viendra mieux à plaisir. On pourra mettre aussi entre le Crâne et la Dure-mere huile de térébenthine et vn peu d'eau de vie auec aloës et saffran subtilement puluerisé , pour mondifier et desseicher la sanie.

• L'édition de 16G1 ajoute l'histoire suivante, retranchée dans toutes les autres .-

«Ce que véritablement puis attester auoir veu aduenirà la sœur de feu Loys deBailiy, marchant drappier demeurant sur le pont Saint-Michel à Paris, laquelle eust vne si extrême douleur et inflammation ci la teste, que ses yeux lui sortoient, et creuerent en ma présence : non par ligature, mais par vne extrême inflammation des membranes.»

Fol. 175.

LE HVITJEME LIVKE

Autre pour mesme ejfet.

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