‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 192 sur 511 · DE LA FRACTVRE DE LA IAMBE · texte numérisé non relu

DE LA FRACTVRE DE LA IAMBE

On r'habille ceste fracture comme l'os du petit bras , quand les deux os sont rompus ensemble.

Hippocrales prognostique que la

«Ce pronostic avait déjà été poité par Paul d'Egine ; seulement A. Paré accuse la roidcur de l'article, tandis que Taul accuse son peu de solidité. Au reste, les deux Ihéoricg sont cKaleuient fondées en réalité.

' Liurc des ffuclures , SCCt. 2. sent. G5. — A. P.

2 L'édition de tbCr't dit quelque chose de celle fracture au chapitre 9, folio 4(). J'y trouve spécialement la remarque suivante qui est fort juste, et qui a été supprimée plus tard, sans doute par oubli.

Si le petit J'ocile de la iuvibe nommé siira , est seulement rompu, le patient pourra eneor cheminer : mais si c'est le gros nommé tibia, encor que le petit aoiI entier, il demeurera impotent ius(pies à ce que le callus soit fait , pource que ledit os souslienl le corps, et non pas le pelil qui est fait seulement pour seruir d'appuy aux muscles, auec ce qu'il n'a mouuemenl co}ut)ie le gros.

DES FMACTVRES DES OS

de défunt Nestor, Docteur Reg-ent en la faculté do Médecine, et de Richard Hubert, Chirurgien ordinaire du lloy ( duquel le renom est assez conneu) estant mandé, et moy auec luy, pour visiter quelque malade au villa g^e des Bons-Hommes, près Paris^Or voulant

1 La date exacle de cet accident était demeurée inconnue; je l'ai retrouvée dans la ])ctite édition de 1564, où toute celte histoire est déjà racontée , Liure des fractures, chapitre 11. Voici le commencement de ce chapitre.

ylijant par cy-ckuaul amplement déduit les simples fractures des os, suiuamment il coniiienl déclarer la manière par laquelle se doit trailter me fracture composée , c'est-à-dire auec playe : pour laquelle monsirer plus enidemmeut , nous prendrons pour exemple vne iambe de laquelle les deux fociles seront entièrement rompuz auccques playe : ce qui m'adiiinl le qualriesme iour du moy s de Mai 1561, comme monsieur Nestor, Docteur régent en la Faculté de médecine , Richard Hubert , et Antoine Portail , maistres Barbiers Chirurgiens à Paris, desquels le renom est assez cogneu , pourront amplement tesmoigner, estants mandez et moy auec eux pour visiter (pielques malades au village des Bons-Hommes, près Paris, le malheur tn'adnint en la manière qui s'ensuit. Piaulant passer l'eau, etc.

Ce passage est extrêmement précieux pour l'histoire de la chirurgie française au xvr siècle. Ainsi donc ce n'étaient pas seulementElienncLarivière et Paré qui avaient franchi les limites opposées aux barhiers par l'orgueilleux collège de Saint-Côme, ils n'avaient fait qu'ouvrir la voie; et Antoine Portail et Uichard Hubert, tous deux plus tard Chirurgiens du roi, avaient commencé par être barbiers !

Il est a remarquer que le nom d'Antoine Portail a disparu de cet endroit dès 1575. On a vu dans mon Introduction que Paré avait eu avec lui une discussion dont nous ignorons et le sujet et l'issue, mais qui laissa entre eux une hostilité que nous a révélée le pamphlet de Compérat. On conçoit dés lors que Paré ait voulu effacer de ses oeuvres le nom de son ennemi.

passer l'eau, et tascher à faire entrer mon chenal' en vn bateau :ie luy donnay d'vne houssine sur la croupe, dont la beste stimulée me rua vn tel coup de pied, qu'elle me brisa entièrement les deux os de la iambe senestrc, à quatre doigts au dessus de la iointure du pied. Ayant reçu le coup , et craignant que le chenal ne me ruast de reclief, le demarchay vn pas : mais soudain tombant en terre , les os ja fracturés sortirent hors, et rompirent la chair , la chausse, et la botte , dont le sentis telle douleur qu'il est possible à l'homme d'endurer^.

Mes os ainsi rompus , et le pied contre-mont, ie craignois grandement qu'il me fallust couper la iambe ^:

pource iettant ma veué et mon esprit au ciel, i'inuoquay mon Dieu ^ et luy priay qu'il luy pleust par sa bénigne grâce me vouloir assister en mon extrême nécessité. Sovulain fus porté dans le bateau pour passer de l'autre part poin- me faire penser : mais le branlement d'icelui me cuida faire mourir, pource que l'extrémité des os rompus frayoit contre la chair , et ceux qui me porloient n'y pouuoient donner ordre.

Estant hors, fus porté en vne maison du village, auec plus grande douleur que ie n'auois enduré au bateau:

car vn me tenoit le corps , l'autre la iambe, l'autre le pied : et en cheminant Ivn haussoit à senestre, l'autre

' L'édition de 1561 dit : ma luKpienee.

- L'édition de 1564 dit : qu'il n'est possible à homme uu moins selon mon iugemenl en endurer plus grande sans mort. Celle de 1575 porte : horsmis selon mon jugement la mort.

5 L'édition de 1564 ajoute : pour me sauner la vie.

^ L'édition de 15G4 : le nom de Dieu.

bnissoit à dextre. Enfin loutesfois on me posa 8ur vn lit pour reprendre vn peu n»on ijaleine : où pendant que mon appareil se faisoil, ie me feis essuyer tout le corpg, pource que i'estois ep speur vniuerselle : et si on m'eust ietté en l'eau , ie n'eusse esté plus mouillé. Ce fait , on me pensa auec vn médicament tel que nous peusmes pratiquer audit lieu , lequel nous composasmes de blanc d'œuf, de farine de froment, de suye de four, auec du beurre frais fondu '. Sur tout i^ priay maistre Richard Hubert, ne m'espargner non plus que si j'eusse esté le plus estrange du monde en son endroit : et qu'en réduisant la fracture , il mist en oubli l'amitié qu'il me portoit. D'auantage l'admonestay (oros qu'il soeust bien son art) de tirer fort le pied on figure droite, et que si la playe n'estoit suffisante, qu'il l'ac- {•reust auec yn rasoir, pour remettre plus aisément les os en Itur position naturelie : et qu'il recbercbasl dilig(!mment la pîaye auec les doigts, plus lust qu'auec autre instrument (car le sentiment dp tact estpl\|s certain que nul autre instrument) pour ester les fragmens ut pipces dos os, qui pouuoient estre du tout séparées ; mesmes qu'il exprimast et feist sortir le sang qui estoit en grande abondance aux epuirans de la playe : et qu'il me bandast et situast la iambe ainsi qu'il sçauoit , et ce faisant qu'il eust trois bandes , comme nous auons dit cy dessus, et qu'il commencast à bander ladite playe : puis fussent mises des astelles , les vnes de largeur de trois

» L'édition de lf>C4 portait ici en note marginale : Kemade aisé à Juive pour vue fracture rcceuie au deffaui d'unira. En 157.S Paré changea cette note pour celle-ci : Bon medicamcul de village promplcmenl appavàtté.

LK TREIZIEME LIVRE

doigts, les autres de deux, et longues de demy pied et cambrées.pour mieux se coucher autour de la iambe : lesquelles aussi cstoienl moins larges par les bouts, etloingl'vne de l'autre d'vn doigt *. Puis furent liées auec

' A. Paré avait consacré un article spécial de son ouvrage sur les Playcs d'hacquebula, publié en 1545 et 1552, aux fractures compliquées de plaie. Comme ce qu'il en a dit n'a point été reproduit dans l'édition de 15Gi ni dans les OEuvres complètes , je prendrai soin de rattacher ses doctrines primitives aux doctrines postérieures en chaque occasion. On vient de lire, par exemple, la conduite qu'il prescrivait pour lui-même à Richard Hubert; on peut la comparer avec ce qu'il recommandait en 1545, folio 37.

« Le commencement de la cure doibt estre comme i'ay dit : ostant premièrement sans violence les esquilles totalement séparées dCi deux parties fracturées:'^cars'ellesadheroient auec vne d'icelles, n'auroient bcsoing d'estrc ostées , et se pourroient agglutiner par la vertu nutritiue de l'os). Puis fault esgualer et réduire l'os en sa situation , le tenant en bonne figure auec bandes et compresses, esclacs, astelles faites de boys, plomb, ferblanc , cuir corroyé, gros papyer de chartes, ou escorce d'arbres : et selon la diuersilé des fractures et membres, faut diuersifier les bandes, compresses, astelles. et autres remèdes, lesquelz seront escriptz cy après. Et fault que icelles compresses et bandes soient baignées en oxycrat, ou gros vin, médiocrement austère, ou autres liqueurs semblables : et qu'elles soient souuentes foys humectées, principalement en esté, et de nuict. Par ce moyen on roborera la partie et ostera Ion la cause d'inflammation. »

L'édition de 15G4 donne le texte actuel ; mais elle ajoute quelques détails qui sans doute pourraient se retrouver dans les règles générales des fractures , mais qu'il est bon de voir appliqués à un cas de fracture avec plaie.

« Ce faisant qu'il commencast à bander laditte playe et y feist trois ou quatre tours dessus, la serrant asses mediocrernent , à

DES FBACTVRpS DES OS.

petits rubans (Je filet , semblables à ceux dont les femmes entortillent et lient leurs cheveux : et tout ce, à fin qu'elles comprimassent mieux et fussent vn peu plus serrées à l'endroit de la fracture qu'en autre lieu.

Apres la iambe ainsi bandée, ie luy feis remplir la cauité du iarret, et celle qui est entre le pommeau de la iambe et du talon, de compresses faites d'estoupes enueloppées de linges Puis

fin d'exprimer entièrement le sang contenu en la partie : puis qu'il conduisist le reste de la bande iusques près le genoil, à fin d'empescher que le sang et les humeurs ne dedluassent en la playe. Suiuamment qu'il eust vne seconde bande qui commenceroit encor sur la playe vn tour ou deux, qui puis après seroit conduitte en serrant vn peu d'auantage iusques sur le pied pour y finir : outre ce, qu'il en prit vne tierce, et commonçast son bandage sur le pied , la conduisant au contraire de la première, de sorte que ses reuolutions fussent vn peu distinctes l'vns de l'autre, et prinsent fin auec la première : à fin qqe les rnuscles quj auoient e&lé pour la première bande aucunement tqrtis pt change? de sitiiafjon natnrelle y fussent remis. ^<t iamt^eainsi bmidepserqpqsee en telle situation que nous auops dit.

» Puis luy seront appliquez en longueur quelques asfçiles ou férules, nofnniees des Gracs spletiia, larges de deux ou trois doigts, et longues tant qu'il en sera besoin : à fin qu'elles aident à tenir les os en leur situation naturelle : et couuient mettre lesditles astelles loin l'vne de l'autre de deux doigts ou cnuiron ; mesmes les cambrer vn pt'u ppur mieqx se concber sur la rondeur d(i membre : et les faire pioins larges par les bonis, à lin qu'e|l(;s cûmp'inient inJeMX la partie. Lesdiltes astelles seront comprimées pt IJeçs çipec petits rubcnts de fi| , etc. »

On voit (^ailleurs qu'il y a ici quelques ditTéfences, si légères qu'elles soient, conccrnapt, la longuepr, la largeur et l'intervalle des atlçlles.

1 Ç;ette preqiièrç pbrs(se n^anque dan.s l'édition de 15G4.

y furent apposés deux fenons, ou torcbes dc' paille, dans lesquelles on meit vu petit bastou à chacune pour tenir la paille ferme et roide, et enueloppées d'vn demy linceul, puis apposées aux postés dp la iambe : et comprenoient en longueur depuis le talon iusques près de l'aine? et furent après liées en quatre endroits : et par ce moyen la iambe ne peut eslre peruerlie ny tournép 4'vn posté ou d'autre', Et après fut située en figure droite et non couibép, et esleuéeen médiocre hauteur, mollement, et vniement , à fin d'euiter douleur, fluxion, inflammation, et autres accidens.

Or il faut icy noter , que si on fait faute à bien situer la iambe, on rendra le malade boiteux : pour autant que si eilp (lepipure trop baulé» la fracture demeurera concaue ep ^a

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