‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 194 sur 511 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

CE OV'iL FAVT NECESSAIREMENT OBSER- VER AVX BANDAGES , OVAND IL Y A PLAYE AVEC FRACTVRE.

Il n'y a doute aucun, selon la doctrine des anciens, qu'il ne faille bander sur la playe : autrement elle s'enfleroit, receuant les humeurs des autres, parties, dont plusieurs accidens suruiendroient : ainsi que l'on peut voir par expérience en quelque partie charneuse et bien saine. Si elle n'est bandée qu'en haut et en bas , sans y

quelles, pour plus fortement tenir. Ion mettra vue verge de boys, les reuohanl d'vn drap : et au contmencemenl faut peu restraindre la partie, en laissant vue fenestre à l'endroit de la playe, pour la medicamenter sans la deslier, comme il appert par la figure subséquente. Edition de 1545, folio 37.

DES FRACTVRES DES OS

comprendre le milieu , la partie non comprimée deuiendra fort enflée , et changera sa couleur, denenant liuide, à cause delà trop grande multitude d'humeurs qui sont enuoyés des parties circonuoisines pressées. Par plus forte raison telle chose se fera , si la partie est vlcerée, veu que sans \lcere ou playe telle tumeur ou liuidité se fait. Pour ces causes l'vlcere demeure insuppurable et lacrymeux, c'est à dire , que d'iceluy distille une sanie crue et claire , comme sont les larmes qui dégouttent des yeux , lors qu'ils sont offensés d'inflammation.

Or si cest humeur crue coule et demeure long temps sur la substance des os, il les altère et pourrit : encores plustost s'ils sont rares et mois , que s'ils sont plus solides et durs K

Laquelle corruption et altération se connoist , parce que l'vlcere iette plus de boue claire et plus fétide, qu'il ne feroit en un simple vlcere : aussi pour voir les léures de l'ulcère renuersées, et la chair baueuse et mollasse, et le malade dit sentir quelques fois vne douleur pulsatiue au profond de l'vlcere : pareillement en sondant on trouue l'os du tout desnué de son

1 Tout ce paragraptie dans lequel A. Paré combat si vivement la doctrine qu'il avait préconisée en 1545 et 1552 (voir la note précédente), date de l'édition de 1564, où il forme le commencement du chapitre 12 du Liure des fractures. C'était la lecture des anciens qui avait ainsi fait changer d'opinion à notre chirurgien ; en efl'et, dés l'édition de 1564 il renvoyait, en marge de ce passage, k flippocrates au liure des fractures, et plus tard il n'a fait que multiplier ces renvois marginaux. Il cite spécialement la section 3 du livre indiqué d'IIippocratc. On lit également en marge dans les éditions complètes ce précepte bref et précis : Faut bander sur la playe^

périoste, et souuentesfois aspre et ra boteux: ou qu'en pressant dessusauec la sonde, elle entre dedans la substance de l'os. Mais icy ie laisseray ce propos, veu que i'ay escrit (ce me semble) assez suffisamment de l'altération des os K

Or cette altération et pourriture n'aduiendra iamais si le malade est bien bandé et pensé.

Pource i'aduertisle Chirurgien à ne faillir de bander sur 1 a playe s'il est possible, c'est à dire, s'il n'y a vne si grande douleur et inflammation qu'elle peustengarder de ce faire : car lors on seroit contraint de laisser la propre cure pour suruenir à l'accident. Pour l'esgard duquel sera prise vne pièce de toile non trop vsée , qu'on ployera en deux ou trois doubles : et sera de telle largeur, qu'elle couurira et comprimera entièrement la playe et les parties proches : et ne fera qu'vne seule reuolution , et sera cousue au costé de la playe, à fin que lors qu'on la voudra penser, on ne face que la descoudre 2, sans aucunement (s'il est possible) remuer ny esbranler les os fracturés , pource que la fracture ne demande à estre remuée souuenl comme fait la playe, pour estre traitée ainsi qu'il est requis.

Il se faut garder de trop estreindre

« Ce paragraphe a été ajouté en 1675, et se terminait alors par ces mots : au liure des playes faites par liarquebuses , et au liure des playes de la teste humaine. Sans doute ce double renvoi se trouvait dans l'édition perdue de 1572 qui ne contenait pas les deux livres cités; et par mégarde il avait été conservé dans la première édition complète. Il a été retranché dès 1579.

2 Remarquez que Paré ne fait jamais usage des épingles, mais toujours de la couture pour arrêter ses bandages. Voyez d'ailleurs la note 1 de la page 280.

LE rhÊl7AtMÈ LIVRE ,

el presser sur ]a playe, pour prohiber douleur, inflammation, et autres mauuais acdtlenSi Et pour le dire en vn mot , si la playe est liée , pressée , et bandée camme il appartient, elle empescbe la descente des humeurs :

mais aussi si elle n'est bien faite , il s'y fera aposteme , piincipalement^ quand elle sera trop lascbe ou trop serrée. Or ceste admonition est pour les apprentifs , qui n'ont encore leur iugement entier en ceste pratique' :

ioint que plusieurs suiuent la pratique de Paulus , et font circonuolulions deçà et delà , selon le lieu supérieur et inférieur de la playe , puis ramènent la bande et circonuolulions en croix saint André. Mais tel bandage feuestré ne vaut rien , et faut faire celuy que le t'ay déclaré suiuant Hippocrates.

le veux à présent retourner à déclarer comme ie fus traité de ma fracture après le premier appareil.

» Tout ce paragraphe manque dans l'édition de 1064, el il se compose Itii-raéme de deux additions de dates différentes. Ainsi la première partie , qui précède le chiffre de renvoi de la note, est de 1575 , et le reste de Ib'i^. Cette rerharque a son importance, en ce que f'on voit dans trois éditions successives A. l'aré insîstei' de plus en plus sur la docfrrne qu'il ai adoptée, et finit enfin par cette déclaration que le bandage feneslré de Paul d'Egine ne vaut rien. Peut-être Paré ripostail-il par cette critique peu ménagée à quelque servile adorateur des anciens qui lui avait fait la guerre, comme il répliqua plus tard à Gourraelen. Quoi qu'il en soit, il importe de remarquer qiK; Paul d'I.gine ne recommande pas de laisser la plaie à découvert, et que les circonvolutions en croix ont précisément pour but de la recouvrir. Dalechamps, que Paré a oublié cette fois de consulter , a très bien rendu le passage ck Paul.

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