‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 199 sur 511 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

PAR QVELS SIGNES ON CONNOISTRA LE CALLVS SE FAIRE.

Véritablement ic conneus que le callus se commençoit à faire en ma frac-

cmplastrc aux vlcercs cacoctbes et rnalings, ce que i'ay cogncu : et depuis l'appluiuaiit plusieurs fois aux fractures, i'ay Irouué audict eiuplaslre grand vertu et ellicace d'engendrer le callus. »

C'est à peu prés le même emplâtre noir qu'il préconise encore dans le texte actuel : seulement au lieu de la litliargc d'argent, il a substitué la lithargc d'or.

1 Ce paragraphe manque dans l'édition de 1564.

turc , lors que t'vlcere commença à jetter moins de sanie que de couslume : aussi que les douleurs cessèrent, pareillement les tressaillemens :

qui fut cause que ie ne voulus faire penser ma iambe si souuent que ie faisois auparauant.Caren essuyantla playe quand le callus se fait, on desseiche les matières du callus, c'estàsçauoir, ro.<r, camhhim, et (ibiten, qui sont les propres alimens de la substance , tant de l'os que de la chair, le le conneus aussi, pource qu'à l'entour de la playe on voyoii sortir par les pores vne petite sueur sanguinolente , qui teignoit les bandes et compresses , comme les anciens ont laissé par escrit'. Ce qui adulent pource que, la matière du callus amassée en ce lieu, Nature pousse hors par les porosités du cuir quelque rosée sanguinolente, en manière de resudation. Puis aussi ie sentois vne vapeur, ou exhalation, auec vne chaleur tempérée, qui procedoit des parties supérieures iusques à la playe, auec vn sentiment qui m'estoit fort agréable.

Alors ie ne voulus plus tenir la partie tant serrée , de peur d'empes-

1 C'est Galien qui le premier a signalé ce phénomène que personne peut-être n'a constaté après lui, excepté A. Paré. iMais celui-ci peut-il même faire autorité sur ce point? Je n'oserais prendre sur moi de le décider ; seulement il est bon de remarquer qu'il croyait dès long-temps auparavant à la réalité de ce signe, et qu'il pouvait donc avoir (jnelquc prévention à cet égard. On lit dans l'édition de 1545, folio 40, verso :

Le signe pur lequel on congnoist manifcsle~ ment que le ctillusse forme, est qu'on voit sortir par les po/es de In partie affectée quelque sueur sanquinolente , laquelle taincl et ensauglantil uulcunemenl les compresses cl bandes. El ce pource que le callus amassé en ce lieu fait sortir hors par les pores quelque rosée sanguinolente , par manière de resudation.

DES FKACTVRES DES OS

cher la descente de la matière du câlins : d'autant que l'os ne se reiinit point par le callus , si ce n'est par le moyen du sang qui y vient , ne péchant en quantité ny en qualité'. Et commençay à vser d'alimens propres pour engendrer vn sang gros et visqueux , et qui facilement se mue en la substance du callus: comme sont les extrémités tendineuses et cartilagineuses, à sçauoir , tremeaux, gigoteaux,pieds de bœuf, groins et oreilles de porc, testes de cheureau, de mouton, d'aigneau: lesquels estoient cuits le plus souuent aucc ris, ou orge mondé , en les diuersiflant auiourd'huy de l'vne, et demain de l'autre forme. l'vsois aussi de fourmentée, ou panade de pain de pur fourment, cuit en bouillon de chapon et moyeux d'œufs. le beuuois du vin clairet assez gros et astringent , et médiocrement trempé , et au dessert chaslaignes et nèfles.

Or ce n'est sans raison que ie t'ay spécifié ces alimens : car il y a autant de danger d'vser de viandes trop dures, comme de chair de bœuf, comme de trop légère : car les dures font vn callus trop sec, et les trop légères le font trop deslié: or doit-il estre visqueux, comme escrit Galien au G. de la Méthode chap. 5 -. Lesquels

• Hippocrates, sect. 1. Des fractures, sent. 43. — A. P.

2 La première phrase de ce paragraphe a été ajoutée ici en 1579. Du reste toul ce qu'on vient de lire sur le régime du blessé, et ce qui va suivre touchant la théorie du cal, se retrouvent déjà à fort peu de chose près danslapremière publication de Paré en 1546. Voici le texte , folio 30.

« Et lorsqu'on congnoistra les accidents estre passés et qu'il se fera régénération de chair en l'vlcere, puisque le Médecin et Chirurgien ne sont que ministres de Nature,

alimens receus premièrement en Festomach, auquel ils sont préparés, sont depuis enuoyés aux intestins,desquels sont attirés aux veines mesaraïques , et d'icelles à la veine porte , et d'elle au foye, puisa la grande veine caue, et de là es veines qui sont distribuées par tout le corps : dont aucunes portent mesmement le sang dans les os, ausquels est faite la moelle , qui est la propre nourriture d'iceux : et pour ceste raison elle est contenue en la cauité des grands os , et aux petites cauités et porosités des petits, dans lesquels il y a vn humeur qui est leur propre nourriture , en lieu de la moelle. Or la moelle est engendrée de la plus espaisse partie du sang, qui est portée aux cauités des grands os par grandes veines et artères, et aux petits par petites qui finissent aux porosités d'iceux. Car aux grands os on trouue cauités manifestes , par où entrent lesdites veines et artères, pour les causes que dessus. Semblablementaussiy entrent des nerfs, desquels est faite vue membrane, quienueloppe et couure ladite moelle : au moyen de quoy ladite membrane a sentiment exquis , ainsi que l'expérience le monstre : non que ie veuille dire que ladite moelle ait de soy sentiment, ains seulement de sa mem-

fault qu'ilz tendent luy ayder à faire l'exiccation du callus. Ce qu'ilz ne peuuent mieux faire que par le régime du patient , luy donnant viandes nutritiues et de suc visqueux, comme extrémités de bestes, trumeaux de bœuf et gigoteaux de veau cuitz auec ris et horge ou semblables : bon pain de pur froment, ou de segle selon la cousturae et le pays. Pour son boire, vin assés gros, et a aulcuns de la bière, pourueu qu'ilz ne soient point subiectz à obstructions , ausquelles fault bien auoir esgard : car tant s'en fault que l'aliment visqueux (lequel de soy est

LE TREIZIEME LIVRE

brniie. Or d'icelle modiille , et de la propre substance de l'os , se fait vne resudation crasse et terrestre , dont s'engendre et fait le callus, par la vertu nulriliuc; tenant le lieu de formatrice : du temps duquel callus ne se peut donner règle (comme nous

opilatif )aydeà la génération du callus, que plustost il rempesthes'il n'est promptemeut distribué et porté facilement par les conduictz. Ainsi me semble que le suc d'horge est assés conuenable en ce cas : car auec viscosité a vne vertu detersiue par laquelle facilement est distribué.

» Or combien qu'il appartient au Médecin pbilosopher ces choses, i'ay osé en cest endroit en escriprc quelque petit de mon aduis : par tant que raison veult que chascun ouurier ayt congnoissancedcson intention : parquoy me semble chose inepte , qu'vn Chirurgien tende à la génération du callus, s'il ne sçait par quelle fin et comment.

» Il vient des alimens premièrement reccus en l'estomach , auquel sont préparés, puis enuoyés es intestins, desqnelz sont attirés es veines mesaraïques : et d'icelles à la veine porte, et d'elle au foye : puis à la grand veine caue, et de le es veines qui sont disséminées en la chair : de laquelle se fait vneresudalion as os : dequo^ est faicte vne chose moyenne entre la chair et l'os nommée .sonldc, faicte par la vcrlii nulriliue, tenant le lieu de la vertu formatrice : laquelle matière comme Galicn recite au sixiesme de sa Blethodc, est nécessaire pour engendrer le callus : car par la vertu nulriliue et formatrice se concrée et engendre vne matière crasse et terrestre, superflue de l'aliment, enuoyée aux os, et telle substance redundanle du propre nutriment de l'os est la vraye maliere du callus : laquelle se commence le dousicsme,ou quinsiesme.ou vingliesme lourde la fracture, selon lespracliciens (jui de celle matière ont traicté. Combien que du temps ne se peult donner reigle certaine, à cause delà variété des tempéraments : aussi pource que les choses qui empcschcnt la génération du callus, en aulcuns plustost sont oslées,et es aullres plus tard. »

auons dit cy dessus) pource que le; choses qui empeschent la génération d'iceluy sont ostées aux vns plustost, et aux autres plus tard *,

Et pour retourner à nostre propos, les simples fractures sans playe de la iambe le plus souuent sont glutinées en cinquante iours par le callus^ :

mais à cause de la playe et esquilles séparées, et autres accidens qui estoient à ma iambe, ie fus trojs mois et plus deuant que le callus fust fait , pendant lesquels ie demeurpy tousiours couché à la renuerse , qui est vne espèce de gesne à vn pauure malade. Encores fus-je vn autre mois auant que ie peusse bien appuyer le pied en terre sans potence : ce que ie commençay aucc douleur, à raison que le callus tenoit la place des muscles 3. Car auparauant que le mouuement puisse estre libre , il est nécessaire que peu à peu les tendons et les membranes soient desjointes, ou deprises contre la cicatrice^.

1 Le chapitre finissait ici dans l'édition do 15G4 et même dans celle de 1675; et la suite de l'histoire ne se retrouvait dans la première qu'à la fin du chapitre suivant, et dans l'autre q l'à la fin du chapitre 31, qui faisait le 30"" ; elle a élé replacée ici en 157!).

2 L'édition de 15Gi dit : çn qitarduti; iour.Sj ce qui était véritablement trop peu, au moins pour le plus grand nombre des cas.

3 L'édition de 15G4 ajoute : el que la cicatrice de l'vlcere ne permeiloit l'exiemion et flexion des muscles.

■•L'édition de 1564, suivie encore parcelle de 1575, ajoutait ici :

7'oute.sfois , grâces à Dieu , i'en ay esté entièrement guéri sans boiter en façon aucune.

VA il y a lieu de s'étonner que cette phrase si essentielle ait élé omise dans les éditions suivantes.

Dès 1575 l'observation était complétée par les deux paragraphes qui suivent; mais il n'en était pas ainsi en I5(i't, elle finissait

DES FRACTVRES DES OS

Que diray-ie plus? Ma iambe saine aidoil à la malade , comme fait la main à sa sœur, et le bras à son compagnon qui seroit rompu, aidant à le sousleiier, tourner et virer d'vn coslé et d'autre, la couurant et descouurant lors qu'il estoit nécessaire , d'vne prouidence admirable : ainsi que nous voyons que (Nature voulant défendre la vie) souuent l'homme jette au deuant de ce qui nous peut offenser les mains seules , et prend l'espée nue , pensant eslre mieux qu'elles soient blessées, meurtries, voire entièrement amputées, de peur que le cerueau ou le cœur fussent offensés, pource que sont parties principales et source de nostre vie : ce qu'on voit ordinairement, sans que premièrement on y aye pensé : et telles choses sont offices de l'ame à nous incompréhensibles.

Or i'ay bien voulu icy alléguer ceste histoire de ma iambe , à fin qu'elle serue de méthode à toutes autres fractures accompagnées de pliye.

Page 1