‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 206 sur 511 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

CAVSES DES LVXATIONS.

Les causes des luxations sont trois eu gênerai, à scauoir internes, et externes , et la troisième est héréditaire.

Internes, comme quand il y a certaines humeurs et ventosilés qui tombent aux iointures en si grandt; abondance, qu'elles lubrifient et relaschcnt les ligaments qui lient les os ensemble, et les jettent hors de leur boette : ou bien remplissent lesdits ligamens, de telle sorte qu'iceux engrossis, et par conséquent accourcis, venans à se retirer ensemble, retirent ou les apophyses des os, dont ils ont leur origine, ou bien les os mesmes hors leurs sinus et cauité : ce qu'on voit souuent aduenir à la hanche par vue schiatique, et aux vertèbres, qui rendent les patiens bossus et contrefaits, à raison qu'elles sont déplacées de leur propre lieu '.

Externes, comme tomber de haut en bas, ou receuoir quelque coup

1 La luxation spontanée de la hanche est ici clairement indiquée; mais elle le sera [ mieux encore ci-aprés au chapitre 40.

orbe, ou estre tiré sur vue gesne, ou endurer Taslrapade , ou s'cnlorscr violentement par vno mesmarclieure.

Aussi par vue indeuë situation , comme l'on voit es ieune.s garçons qui belulent la farine, et tondeurs, lesquels par vnc lon^nie continuation, jettent les genouils au dedans. Pareillement les enfans qui apprennent à escrire, par Vne indeuë situation se tournansde costé, haussans l'espaule deuienneni bossus. Aussi les autres manouuriers, par vne coustume à exercer leur art (ce que l'oti volt aux laboureurs} se plians le dos, deuiennent courbes et contrefaits : et les ieunes filles, par leur trop serrer le corps sont rendues bossues K Toutes lesquelles choses font que les os sortent de leur place et lieu naturel : ce qui aduient aussi souuentesfois aux enfantemens difficiles, quand les sages-femmes tirans les bras des enfans, disloquent les ioinlures de l'espaule ou de la cuisse -.

La cause héréditaire est celle qui vient de père et mère aux enfans, comme quand les bossus- engendrent des enfans bossus et contrefaits, et les boiteux engendrent des boiteux :

dont l'expérience fait foy, non pas lousiours, mais le plus souuent. D'abondant Ilippocrates, liure de Arliculis sect. 3. sent. 88. et 94. et sect. 4. sent. 5. et 4, dit que les enfans au ventre de la mère se peuuent luxer les bras et les iambes par cheutcs, coups, ou pour auoir esté pressés:

ce que nous voyons en ceux qui ont les pieds bots : ou pour auoir les arti-

1 Les trots plirases qui précèdent, à partir de ces mots, amsi par vne indeuë situation, ont été intercalée? en 1585.

2 L'édition de 1575 ajoutait ici : et où elles ne seront réduites les accidens susdits peuuent sumenir. Ces mots ODt été retranchés en 1579.

LE QVA1*0H2IÉMÈ LtVllE ,

des trop humides et laxes. Et de ce ne se faut non plus esbahir, que de ce que Galien escril au Commentaire sur le liure des Articles, à sçauoir que l'enfant estant au ventre de sa merc, peut auoir des apostemes qui se peuuent ouurir et cicatrizer. Il aduient aussi qu'aucuns ont les cauités de leurs iointures peu profondes, et que les léures ou bords de leurs pyxides ou cauités sont fort rabbatues , dont les testes des os n'entrent assez profondément en icelles : et que les ligamens qui tiennent les os en leurs iointures, ne sont fermes, mais fort déliés et menus de leur conformation : ou sont humides d'eux-mesmes et fort lubriques, ou humectés par vne fluxion d'humeurs pituiteux et muqueux, qui relaschent et amollissent les ligamens qui doiuent tenir ferme la liaison des os, comme nous auons déclaré : et à ceux-là les os se desioignent facilement de leurs ioinlures, et aussi facilement y sont réduits, de façon que les malades le plus souuent les remettent d'euxmesmes sans aide du Chirurgien : ce que i'ay veu plusieurs fois.

Aussi quand les marges ou bords des cauités sont rompus, et la cauité d'iceux est applanie, s'ensuit pareillement facile luxation K

» Ce cliapitre est sans doute en grande partie emprunté aux anciens ; mais il serait injuste cependant de ne pas noter la méthode a^ec laquelle A. Paré expose leurs idées, et la nouveauté de quelques aperçus qu'il y ajoute. Ainsi je ne sache pas que d'autres aient parlé avant lui de ces causes spéciales des déviations des genoux et du rachis, indiquées dans le passage intercalé en 15S5; ni des luxations produites par les sa- L'cs-femmes, ni de celles qui reconnaissent pour causes le peu de profondeur des cavités articulaires ou la fraelur» des bords de

Des LVXATIOINS.

Page 1