‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 22 sur 511 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

POVfiQVOY ON TREPANE AVX FRACTVRES DV CRANE.

Or à présent ennuient au ieune Chirurgien sçauoir la raison pourquoy on trépane les fractures des os de la teste , et non des autres parties de nosire corps.

Ce qui se fait pour quatre causes :

la première , pour esleuer les os et oster les esclats, fragmens et esquilles fracturées , qui compriment ou picqueut les membranes , et quelquesfois la substance du cerueau. Secondement , à fin qu'on puisse vacuer, deterger et seicher le sang ou la sanie , qui sont ja tombés par la fracture, pour la ruption des vaisseaux semés entre les deux tables (dit Diploé), ou de ceux qui attachent la Dure-niere auecquesle Crâne, qui pourroit pourrir l'os, et les membranes et mesme le cerueau. Tiercement,pour appliquer remèdes conuenables à la playe et fracture , selon qu'il est nécessaire.

Quartement , pour suppléer à la ligature repercussiue et defensiue de

fluxion et inflammation , laquelle si elle pouuoit y estre accommodée , comme es autres membres, expelleroit et prohiberoit les superfluilés du lieu affecté'.

' L'édition de J^Gl ne distingue pas ces quatre causes ; le paragraphe qu'on vient de lire est remplacé par ceini-ci :

« ledis que c'est àcausequelcssuperfluilez ne peuueiil estre oxpeilees ny proliibees du lieu alTecté et des parties voisines par ligatures, comme es autres membres: parquoy conuient au Chirurgien desnuer le crâne et ouurir la fracture : à celle fin qu'on puisse vacuer, detcrgeretseicherle sang ou la sanie qui pourroit tomber sur les membres. Et si ne conduoit ou decouloil par les fractures du crâne quoique superfluité aux parties internes, ce seroit chose superflue au Chirurgien d'exciser ou trépaner l'os : mais il n'est possjble.Qui est souuent cause que les membranes se putréfient, et mesme la substance du cerueau; parquoy donc il est nécessaire d'ouurir le crâne par trépane ou autres instruments, tant pour donner issue et évacuer les supcrlluitez, que pour esleuer les os qui compriment ou picqueut lesmembranes, et quelquefois la subst.ince du cerueau, ou pour autres causes qu'auons par cy-deuaut déclarées.» fol. 180.

Nous voici arrivés aux indications du trépan , et il est essentiel de nous y arrêter quelques instants. On voit comment A. Paré ayant ébauché sa doctrine en ir)GI , l'a complétée un peu plus tard; et le lecteur est à même déjuger de la valeur des raisons qu'il apporte à l'appui. Je n'en dirai rien de plus, sinon pour faire remarquer combien elle est éloignée de la doctr.ne de J.-L. Petit et de l'Académie de chirurgie, ce qui enlève à (^'lle dernière l'argument banal de l'cxpéricHvc des siècles. Or la doctrine de Paré, en partie puisée dans la tradition , en partie dans l'imagination de l'autour, ne saurait non plus se prévaloir de sa haute antiquité, ni même d'une admission universelle.

Déjà il y avait eu à cet égard di.<-sentiment entre Lanfranc et les autres chirurgiens antérieurs à Guy de Cbauliac ; après Guy,

DES I'LA.Vi:S EN PARTICVLIKU.

Ol

Or pourquoy les ligatures qui sont propres aux fractures des aulres parlies de nostre corps ne sont vtiles et

les opinions ne furent pas moins parlagées. Nicolas de Florence n'admellait que deux cas où l'on dût trépane: ;[)reniiérement, dans une fracture comniinulive , pour enlever ies e. quilles; secondement , dans la Assure capillaire, afin d'ouvrir un passage à la matière qu'il supposait devoir s'amasser pardessous, et qui n'aurait pas trouvé une issue tufïlsante. II y mettait encore cette restriction, quil ne fallait opérer qu'en cas de nécessité démontrée.

Pierre d'Argelala est plus hardi; il adopte la doctrine de Lanfranc, en conséquence il ne trépane que dans ces deux cas: enfoncement de l'os , piqûre du cerveau et de ses membranes par les esquilles. Il s'écarte par là essentiellement de Guy de Chauliac qu'il ne nomme pas , de Galien , de Paul et d'Avicenne qu'il nomme; et abordant directement la question de la fissure capillaire, il faut savoir , dit-îl , qu'elle peut guérir sans ablation de l'os, comme l'expérience le montre , comme je l'ai vu; alors il suffit de pourvoir à l'incarnation de l'os, à l'aide de topiques convenables ou de la rugine; e/ j'e« ui fait /'expt'rîfwce,ajoute-t-il, datis les petites Jissures déterminées par un choc et accompagnées de contusion. Lib. I. Tract, vu. cap. 3 et 5.

Bérenger de Carpi ne paraît pas si bien inspiré sur cette question que sur plusieurs autres; il adopte le sentiment de Nicolas , tout en citant des faits qui auraient pu le mener à une conclusion différente. Voici comme il expose sa doctrine.

Quand il y a des esquilles qui piquent ou compriment les membranes, il faut opérer dans la première heure ou peu après.

S'il y a unefi£\.iire capillaire , quand même il n'apparaîtrait encore aucun accident fâcheux, si le sujet est cacochyme et ne veut pas se soumettre au régime, il est essentiel d'opérer; et le plus tôt est le mieux. Si le sujet est fort et obéissantau médecin, il faut attendre les accidents, qui viennent en hiver d'ordinaire le quatorzième jour, en été avant le septième.

Les deux principales causes qui nécêssi-

commodes à celles du Crâne , c'est à cause que la figure de la teste est ronde, laquelle ne se peut bien commo-

tent le trépan sont la présence d'esquilles et de corps étrangers, et l'amas de pus qui a besoin d'une libre issue.

Dans le premier cas , si les esquilles ou les corps étrangers causent des accidents par leur piqûre , il faut opérer immédiatement. vS'il n'y a pas de piqûre, les uns attendent trois jours , les autres plus. A la vérité, il n'est pas autant besoin de se hiter; mais si la perforation est manifeste et si la plaie est telle que le pus doive s'amasser sous l'os, et que celui-ci ne lui offre pas une issue libre, il ne faut pas attendre au-delà du deuxième ou du troisième jour.

Si l'on n'est pas bien certain de la formation du pus, on pourra attendre jusqu'au septième jour en été, au quatorzième en hyver, et même plus tard, jusqu'à ce que lepus se révèle par les accidens qu'il développera. Alors en effet la dure-mère sera séparée du crâne; condition sans laquelle il ne faudrait pas trépaner. Du reste dès que le médecin est arrivé à savoir que l'opération est nécessaire, le plus tôt est le mieux, sans attendre ni les accidents ni les jours indiqués.

« Remarque cependant, lecteur, que quelquefois les accidentssignalés arrivent, et qu'on ne fait pas l'opération, et que le malade n'en guérit pas moins. J'en ai vu un cassans le vouloir. Je traitais, quasi malgré moi, à Bologne, uncertain Martin, messager des lettres, qui avait reçu sur la tête un coup d'une épée assez mal tranchante. Il avait au crâne une fracture presque capillaire, plus grande toutefois et pénétrant jusqu'à la dure-mère , sans lésion de celle-ci. Vers le dixième jour, les accidents m'ayant démontré que la duremère était décollée, je voulus inciser l'os et agrandir la blessure, mais le blessé n'y voulut jamais consentir. Alors je piocédai avec des attractifs , et toujours il sortait du pus par cette fente en quantité notable quand je lui faisais faire des efforts d'expiration ; toujours cependant il garda de la fièvre, des frissons, des inquiétudes, presque jusqu'au cinquantième jour Enfin la nature sépara toute l'épaisseur de l'os, de la dure-mère à

LE HVITIEME LIVRE,

demeDt serrer et lier, tant pour tenir les os fracturés en leur lieu naturel , que pour exprimer et renuoyer le

la surface , clans rélendiie d'une petite hostie. La duie-méie apparut alors déjà couverte de chair, et le malade guérit. 11 est vrai qu'il était jeune et d'une forte complexion.

a J'ai rapporté ce fait pour montrer coque peut la nature quand on ne suit pas un traitemenlrégulier; et j'en ai vu également d'autres exemples aussi heureux. »

Et enfin un i)eu plus loin il ajoute :

« On peut juger par tout ce qui a été dit que le temps d'opérer peut élre bien connu. Je dis cependant avec Xicolas qu'il ne faut trépaner que quand la nécessité y oblige , car healicoup ont été guéris sans trépanation , avec les remèdes convenables, que le médecin ne pensait pas pouvoir ainsi guérir; et je l'ai vérifié plus d'une fuis, comme bien d'autres praticiens. » Fol. 82.

Enfin une doctrine plus complète et mieux raisonnée, bieu que toujours empreinte des préjugés de l'époque, était professée par Eallopc, et le passage où il en est question mérite d'être reproduit en entier.

« L'indication de trépaner se tire de ce qui est contenu dans le cràne-et qui cherche une issue; toutes les fois donc que dans la cavité crânienne il y aura quelque corps étranger, toujours il faudra diviser les os. Ces corps étrangers sont : 1» un fragment de l'instrument vulnérant, d'une flèche, d'un poignard, d'une pierre; et je n'aurais pas cru, si je ne l'avais vu, que la pointe d'une lance put s'y briser :1a pointe d'un esponton s'est rompue, il n'y a pas un an, dans la tcle d'un individu de Padouo; quelquefois enfin j'ai extrait des fragmens de pierres; voilàlepremicrca^;2„du i)us ^'/''^p), quand, après avoir mis l'osa nu, nous avons des indices qu'il s'amasse dans le crâne ; 3o une esquille d'os détachée et qui pi(iue la dure-mère; il faut dans ce cas en faire l'extraction; 4" un grand fragment d'os enfoncé , qui aura cunlus la dure-mèreelaura amené la stupeur par suite de la compression du cerveau, alors il faut découvrir la dure-mcrc et relever l'os. Mais coninicnt

sang loin delà partie vulnerée etfracluri'o, et aussi pour euipescher qu'il ne se face nouuelle fluxion : ce qui estim-

saurez-vous si la dure-mère est comprimée ou non? S'il survient subitement du vomissement et du délire; si le délire se déclare et que vous voyiez une dépresjion, la duremère soulTre. Enfin vous devez savoir qu'il arrive (luebiuefois , dans les fractures rlu crâne , une indication spéciale de trépaner pour laisser s'écouler la matière. Dans ce cas, (|uand vous voyez une fissure qui vous cause des craintes, il ne faut pas tout d'abord en venir au trépan; que faire donc!' Jl faut en toute fracture rechercher si elle pénètre à l'intérieur ou non ;si elle ne pénétrait pas, il ne serait pas besoin de trépaner; car la trépanation est une opération mortelle. C'est pourquoi, avant d'y recourir, prenez soin de ruginer l'os, et d'arriver ainsi jusqu'audiploé, et enfin jusqu'à la table in terne; si en eflet la table externe seule est fracturée, il n'y a nul danger. >i'allez donc pas ouvrir le crâne à moins de piqûre ou de pression; s'il n'y a qu'une fissure ou une mar(|ue, il faut essayer d'abord de la rugination de l'os. » Oi>.omniii,p. 048.

Il est remarquable qu'en tout ceci il ne s'agit nullement des accidents produits par l'épanchemcnl du sang sans fracture. On voit bien que Parc a songé à cet épanchement dans les cas de fracture; mais alors même il lui fait jouer un rôle fort différent de celui qu'il a obtenu dans les théories modernes; et s'il veut qu'on l'évacué, c'est seulement parce qu'il pourroii pourrir l'os et les membranes et mesme le cerneau. J'ai cru un moment trouver cette lacune remplie, et c'était encore dans le livre de Lérenger, si souvent cité. Dans une sorte de résumé qui termine l'ouvrage, il parle de la rupture des vaisseaux sans fracture, dans la dure-mcre , cl entre la ditrc-iitèrc cl la pie-uicre. l.e \)ri:mier cas peut rendre la trépanation nécessaire , mais on n'est averti de l'épanchement que par les accidents qui rcsidlent du 'Ucollcnicnl de la dure-mère; dans le second cas la guérison est impossible, à moins que la nature n'évacue l'humeur par les narines ou par une autre voie; et dan^ les deux cas

DES PLAYES EN l'AUTICVLlEn.

possible do faire à la leste tant à cause de sa figure, qui ne peut permettre telleligature,quepourceque les vaisseaux, àsçauoir veines et artères qui sont au dessous du Crâne ,ne peuuent estre serrées pour exprimer et renuoyer le sang , ains seulement les extérieurs , ce qui causeroit douleur et inflammation : d'autant que telle ligature empescheroit par sa compression le mouuement des artères : pareillement arresteroitl'euacuation des excremens fuligineux , qui s'euaporent par les commissures du lest , à cause qu'elles seroient trop serrées:

pareillement renuoieroit le sang du lieu blessé aux membranes et au cerueau (comme nous auons prédit ) , et seroit-on cause d'induire douleur, chaleur, fiéure, aposteme, apoplexie, spasme, paralysie , et par conséquent la mort. Et partant pour euiter tels accidens, nous conuient faire ouuerture au Crâne, lors qu'il est fracturé ou contus,ce qu'il n'est besoin aux autres parties.

Et auparauant que l'on applique la trépane , faut bien serrer le patient, et luy mettre sous la teste quelque drap plié en plusieurs doubles , et presser sur le cheuet ou trauersin , à fin que lors qu'on lera roperation , que la teste du patient n'enfonce sur la plume, mais qu'elle soit stable, sans qu'elle tourne de costé ne d'autre, ny qu'elle enfonce, si ce n'est par le commandement du Chirurgien qui tre-

le danger vient de ce que le sang s^c lournc en sanio. — Il y a ici une n-flexion (jui n'échappera à personne : les sj mplôincs de la compression par l'épanchemenl . si Itien mis en relief par la tluH)rie moderne, avaient donc échappé à l'observation de tous les cliiruraiens antérieurs.

pane. Auec cela, luy faut bien estoupper les oreilles de coton: à fin d"obtondre le bruit de la Trépane ou autres instrumens capitaux. Et auparauant que d'appliquer la Trépane , on doit commencer à percer l'os auec vu instrument , lequel aura sa pointe de figure triangle, à fin qu'il entre mieux et plus subit, et n'aura sa pointe non plus grosse que le clou de la Trépane , à fin qu'elle ne vacille de costé ny d'autre. La figure est presque semblable à vu Foret, horsmis la pointe, comme lu voisj^ar ce portrait.

Forel pour commencer à ontirir le crâne.

A Te monstre le manche.

BB Les pointes qui s'insèrent dans le manche par vnc viz.

Maintenant faut descrire les Trépanes.

LK IIVITIEME LIVRE

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