CHAPITRE XXII
DE LA I.VXATION DE l'eSPAVLE.
Il se fait facilement luxation en l'espaule, parce qu'en ceste iointure les ligamens sont lasches, et la cauité de l'omoplate peu caue, et de toutes parts égale et lissée, c'est-à-dire, polie, et pareillement la teste de l'auantbras : ce qui se fait par le moyen des cartilages, et de certain humeur glaireux qui la lubrifle et humecte :
ioint aussi qu'il n'y a point de ligament en ceste iointure d'os en os, comme il y a en la hanche et au genoliil. Et telle chose a esté ftiite par la prouidence de Nature, à cause qu'icelle ne fait seulement extension et flexion , comme le coude , mais fait d'auantage: c'est qu'elle contourne le bras circulairement,en figure supine, et prone, et en toutes parts.
L'os adiutoire, que Hippocrates appelle rauant-bras , se peut luxer en quatre manières, c'est à sçauoir, en la partie supérieure, inférieure, antérieure, et extérieure •: iamais en la
> Galien , sur la sent. 1 . et 2. du Liure des arlicks. — A. T.
Il y a eu ici une variation iniportanlc dans le texte. En 1576, Taré admellail des luxa-
posterieure , à raison de la cauité du palleron qui reçoit la teste de l'auantbras : iamais aussi en Tinterieure parlie de la iointure, tant pour le grand et fort muscle deltoïde qu'elle a par dessus, que la creste du palleron et de l'acromium qu'elle a tirant vers le col, et rap')physe ancyroïde qu'elle a tirant en dedans.
Communément et le plus souuent elle se fait en la partie inférieure:
partant nous la descrirons premièrement. Doncques le signe que la luxation est faite en la partie inférieure, est qu'on trouue vne cauité sur l'espaule : et l'extrémité de l'omoplate , nommée acromium , se trouue estre aiguë et auancée en dehors , parce que la teste du haut du bras est descendue sous l'aisselle , qui y fait vne eminence. Le coude se iette en dehors , et s'escarte des costes : toutesfois l'approchant de force , on le fait ioindre et toucher à icelles. Aussi il est » plus difficile au malade de l'auancer en deuant , que le retirer en derrière: d'auantage le bras est plus long 2. Pareillement le malade no
lions en la partie supérieure, inférieure, antérieure et posTERiEVRE ; et cn conséqucnce, les remarques qui suivent sur l'impossibilité de la luxation postérieure et même sur Vanterieure n'existaient pas. La dénomination de luxation en arrière venait sans doute à l'auteur de son éducation première, et il l'avait vue dans Guy de Chauiiac. On peut penser qu'il se corrigea dans l'édition do 1579, soit par la lecture du texte de Galien, qu'il cite; ou encore par les réflexions de Dalechamps sur le texte de Paul d'Egine , où l'on retrouve d'ailleurs les doctrines de Galien.
L'édition de 1575 dit : aussi il est plus loin que l'autre, et plus difficile, etc.
^ Le texte a subi ici un changement singulier. En 1575 et en 1579, on lisait : le bras est plus court; ce n'est qu'à partir de l'édi-
DES LVXATfONS.
peut leiier le bras sur l'autre espaule, uy porter sa main à la bouche, et sent douleur quand il manie son bras en quelque manière que ce soit , pource que les muscles sont pressés et tendus , et aucunes de leurs fibres sont rompues. Et ce signe n'est pas seulement particulier pour la partie inférieure , mais pour les luxations faites en toute autre partie de l'espaule.
Il faut Icy entendre, que le signe de ne pouuoir lener le bras ny Festeudre, n'est certain pour conclure la luxation ^ Car cela peut aussi venir d'autre cause , comme contusion , fracture , inflammation , piaye , aposteme, ou scirrhe, oi! quelque fluxion faite sur les nerfs qui naissent des vertèbres du col pour estre distribués au bras.
Or il y a six manières de réduire la luxation , quand elle est faite en la partie inférieure. La première, auec le poing ou les doigts. La seconde , auec l'espaule mise sous les aisselles : lesquelles deux conuiennent à la desloùeure récente, et facile à réduire, comme aux ieunes enfans, et femmes, et ceux qui sont peu charnus, et généralement qui ont vne habitude
tion de 1535 que Parc a remis , le bras est plus louij. D'où est venue cette correction? Celse avait écrit que le bras était allongé; et le traducteur latin de Paré, se trouvant entre l'autorité du texte qu'il traduisait et l'autorité de Celse, préféra cette dernière, et se permit cette incroyable licence de traduire le brus plus court par bruchium loiujius. Celle licence eut d'ailleurs un plein succès , et peut-être A. Paré avait-il été consulté à cet égard ; quoi qu'il en soit, il est certain qu'en 1585 il a mieux aimé suivre son traducteur que son propre texte. Mais que devient dans tout ceci l'autorilé de l'observateur ;' ' Belle annotation. — A. P.
mollasse et pituit( use. La troisième , auec le peloton de fil poussé par le taion. La quatrième, auec vne pelote, iettant le bras sur vne barre de bois, ou sur vne courge , ou autre chose semblable, soustenue par deux seruiteurs, ou entre deux colomnes, ou sur vne porte. La cinquième , auec l'eschelle. La sixième, auec le ambi K Toutes lesquelles nous descrirons maintenant.
Et en quelque manière qu'elle soit luxée , faut pour la réduire tirer le bras en bas vers la terre 2.