‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 226 sur 511 · CHAPITRE XXill · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXill

LA PREMIERE MANIERE DE REDVIRE L'ES- PAVLE, AVEC LE POING OV LES DOIGTS lOINTS ENSEMBLE.

Il faut premièrement tenir fermement le malade au dessus de la iointure de l'espaule, par vn homme assez fort : secondement, luy faire tirer le bras par vn autre au dessus du coude contre bas, tellement que la teste de l'auant-bras suit posée vis-à-vis de sa boette. Ayant tiré suffisamment , le Chirurgien haussera et poussera de ses mains ou de son poing , l'os dedans sa cauité.

Et icy noteras, qu'aux luxations récentes, et aux ieunes, et aux peu charnus , et à ceux qui sont de tempérament mollasse , lors qu'on fait suffisante extension, la teste de l'os estant desueloppée d'entre les mus-

• L'édition de 1575 écrit le lambin ; mais ce paraît être une faute d'impression qui a été corrigée dès 157!).

^ Cette dernière phrase n'a été ajoutée qu'en 1585. Du reste on la retrouvera plus bas au chapitre 28.

LE QVATORZIEME LIVRE ,

des, et autres parties qui la compriment, lesdils muscles de cesto partie soudai» lâchés aident à réduire l'os 1 : ce que f ay conneu quelquesfois: car ne faisant seulement qu'vne préparation en tirant et haussant \n peu le bras, la réduction se faisoit sans y penser : ce qui se faisoit par le moyen des muscles qui se retiroient vers leur principe, et ce faisant tiroient l'os en sa boette.

Et si par ce moyen la main n'est suffisante, tu attacheras l'espaule du malade par le lien qu'auons cy dessus figuré, contre vn pilier, ou tenu par derrière par vn fort homme : puis

le bras du malade sera lié au dessus du coude auec vn escheueau de fil, lequel sera attaché auec vne corde , et tiré par la moufle qu'auons pareillement descriie cy dessus, et vn seruileur tirera la corde tant et si peu qu'on voudra. Puis le Chirurgien aura vne seruiette, ou autre lien, qui sera passé sous le bras du malade , assez près de la deloiieure, lequel sera passé sur le col du Chirurgien , à fin qu'il esleue le bras en haut : et de ses deux mains réduira l'os en son lieu , en tournant le bras vers la poitrine du malade , comme tu vois par ceste figure.

Apres la réduction, faut appliquer sur toutes les parties voisines de l'espaule vn médicament f;iit de f(Mc farine, bol armenc , nujrtila^ , encens, poix résine, «/«»?, subtilement puluerisés, et incorporés auec blanc d'œufs.

Et faut mettre sous l'aisselle vn peloton de laine ou de colon , ou vne compresse de drapeau trempée en

* Point notable. — X. P.

huile rosat ou de myrtile, auec vn peu de vinaigre, et vn peu d'onguent rosat réfrigérant de Galien, de peur quelle ne tint au poil, s'il y en auoit. Apres on fera la ligature large de cinq doigts , ou plus ou moins, selon la grosseur du malade, et longue de deux brassées ou plus, laquelle sera à deux chefs : commençant le bandage par le milieu d'icelle.iettéesous l'aisselle , et menée par dessus l'espaule

DÈS LVXATIONS.

malade , puis par dessous l'autre aisselle , de sorte que ses reuolu lions se croisent en forme de croix S. André, et faire tant de tours qu'il sera besoin. Apres on attacliera le bras contre les costes, et sera situé en escharpe assez haut en Ggure d'vn angle droit, tenant la main près Tespaule saine, à tin que l'os recentement remis ne tombe de rechef hors de sa boette : et ne faudra remuer l'appareil de quatre ou de cinq iours, s il n'y suruient quelque accident.

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