‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 266 sur 511 · DE LA TEIGNE · texte numérisé non relu

DE LA TEIGNE

Teigne est une galle espaisse, qui se produit en la leste auecques escailles et crousles de couleur cendrée , et quélquesfois iaune , hideuse à voir, auec vne senteur puante et cadauereuse. Elle est ainsi appelée du vulgaire, parce que le cuir de la teste apparoit troiié et rongé, comme le drap

1 II n'est pas besoin sans doute d'expliquer celte plaisanterie de l'époque ; eitirer uu roijuume de Buiiicre, baver, saliver.

- Ce dernier paragraphe a été ajouté en

OPERATIONS DE CHIRVRGIE.

mang^é de teignes, qui sont yers qui rongent les habillemens K

Il y en a trois différences. La première est appelée Squamosa, à cause que lors que le malade se gratte, fait sortir grande quantité de petites escailles Manchastres , semblables à du son : d'aucuns praticiens est dite Teigne seiche, pourlagrandeadustion de l'humeur. La seconde espèce est nommée Ficosa , à raison que lors qu'on oste la crouste, qui est iaunastre, on trouue dessous de petits grains de chair rouge, semblables aux grains d'vne figue, et jette vne maliere sanguinolente. La troisième est dite C'>rrosiua, à raison que l'on y trouue plusieurs vlceres, ausquelles il y a plusieurs petits trous, desquels sort vne sanie liquide, semblable à la laueure de chair sanglante , auec portion du poil. Icelle est fort puante et cadauereuse , de couleur plombinc ou iaunastre , parfois faite d'humeur pituiteux , nitreux , et aucunesfois de cholere aduste, et de raelancholie.

Toutes les susdites espèces se font d'humeurs corrompus selon la diuersité d'iceiles, plus ou moins : comme la furfureuse moins que la iîqueuse, et la fiqueuse moins que l'vlcereuse.

Quelquesfois elle vient dés la nati-

1 Ce chapitre commence autrement dans les deu\ premières éditions :

Teigne est vne maladie qui occupe le cuir miisculeux qui couure la lesle, laquelle a esté ainsi nommée des anciens, à cause qu'elle ronge la teste et les autres ■parties quelle occupe, comme vn ver que l'on nomme teigne, qui ronge les habillemens.

La nouvelle rédaclion^ne date que de l'édition de 1585.

uité de l'enfant , et lors est de très difficile curation : ou d'vne nourrice teigneuse, et alors ne faut attenter la cure iusqucs à ce que Tenfant soit paruenu en aage suffisant pour tolérer les remèdes : toutesfois on pourra appliquer des feuilles de choux ou de porée, oinctes d'un peu de beurre frais, ou autre remède doux, qui aye puissance d'amollir et donner issue à la matière qui fait la teigne. Ceux qui sont en aage suffisant seront saignés, purgés, et baignés, ainsi qu'il sera nécessaire.

Il y a encore vne autre espèce moins maligne, familière aux enfans, qui leur couure parfois toute la teste et le visage , qui vient de l'impurité du sang dont ils estoient nourris au ventre de leur mère 1.

Et pour les medicamens topiques, on fera vne fomentation remolliente et discutieute , faite auec racine d'aïthea^ de lis, lapath, acetosi, lesquelles seront boiiillies en lexiue, adiouslant vn peu de vinaigre. Apres la fomentation faite, qui sera continuée par cinq ou six iours ( deux fois chaque iour), on fera raire le malade : et seront faites plusieurs scarifications , applications de sangsues , cornets :

puis on frottera la teste d'huile de staphysagre , auec vn peu de sauon noir, à fin d'attirer et obtondre l'humeur conioint à la partie. Aussi on pourra vser de ce médicament, tant que l'on connoistra la guarison parfaite , lequel est grandement loué de de Vigo , Gourdon et Guidon :

ï Ce paragraphe manque dans les deux premières éditions, et a été ajouté en

Onguent sonuerain pour la teigne, pris mol à mot de de Vigo '.

2i Hclleboii albi et nigri, atram. auripigmeiiti, lilliarg auri, cale. viu. vilrioli, aluiti. gallar. fulig. ciner. clauellalarum ana §. ft.

Arg. viui extincti g . iij.

Mrus,. œris 5. ij.

Fiat pulv's qui incorpor. cum succo Iiorraginis , scabiosae, fumariai , oxylapalhi, aceli ana. quart, j.

Oleiantiqui lî>. j.

Bull, vsque ad consumpt. succorum : tune in fine decoct. ponanlur pulueies, addendo :

Picisliquid. ^ . 6.

Cerae quant, suff.

Fiat vnguenluni.

Quant au vif-argent, il le faut desteindre auecvn peu de térébenthine et axonge , puis l'incorporer auec les autres ingrediens 2. Les susdits autheurs afferment cest onguent guarir de toute espèce de teigne. Et quant à moy , véritablement ie le prouue grandement, considérant la promesse des susdilsautbeurs, et les ingrediens qui entrent en la composition.

La crousfeuse nommée Ficof^a sera aussi fomentée tant que les croustes soient tombées : et pour promptemcnt les faire tomber, on y appli quera du cresson pilé et fricas^^é auec graisse de porc , et le lendemain les crousles tomberont sans nul doute :

et mesmement si on en continue longtemps, ledit cresson la guaritdu tout :

«J'ai en vain clierclié cet onguent dans Vigo, et, généralement, Vigo est assez fécond en formules pour ne pas copier celles des autres. Celle-ci se trouve dans Guy de Clianliac, qui l'emprunte à Gordon, et dit l'avoir trouvée très efficace.

-Celle phrase est une addition posthume, et se lit pour la première fois dans l'édition de 1598.

LE QVINZIKME LIVRE

ce que i'ay expérimenté : et sera appliqué du susdit onguent. J'en ay traité qui ont esté guaris par application d'huile de vitriol , et par fois de Tegyptiac fortifié. Et si l'on voit la racine du poil estre pourrie, on les doit arracher auec pincettes : et si telle corruption comprenoit tout ou grande partie de la teste, pour plus et promptement les arracher , faut prendre des pièces de fustaine, et espandre sus l'endroit velu vn tel remède.

Onguent bien esprouué.

2f. Picis nigrae g. vj.

Picis resinae § . ij.

Pul. virid. aeris et vitrioli Piom. ana 3 . j. vel 3.6.

Sulph. viui 3 . fi.

Coquant. omnia simul in aceto acerrimo quan. suff. fiât medicam, ad vsum :

qui sera appliqué sus la teste , et laissé par l'espace de trois iours:puis seront lesdits emplastres tirés à contrepoil assez violentement, à fin d'arracher auec ses racines iceluy poil : et tel remède sera continué, tant que l'on verra estre nécessaire.

Et quant à la troisième espèce , nommée Teigne corrosiue,\\ faut mondifîer les vlceres, y appliquant vn tel onguent.

Tf.. Vng. enulat. cummercur. duplic. a'gyptiac. ana 3 . iij.

Vitrioli albi puluer. 5. j.

Incorpor. omnia simul , fiât vnguentum ad vsura.

Ou bien on vsera du susdit. Et s'il aduenoil quelque douleur, ou autre accident , ou y remédiera comme le prudent chirurgien connoistra estre nécessaire.

Sur tous autres remèdes, i'ay bien approuué ceux-cy:

2r. Caphur. §. fi.

Alumin. roch. viLr. virid. œiis, sulphur. viui, fulig. forna. ana 3. vj.

Olei amygd. dulc. et axiuig. porci ana 3. ij- Incorporcntur simul in niorlario, liât viiguentum.

Autres prennent du jus de fumier de brebis , et en frottent les lieux où est la teigne, et y laissent vn linge trempé par dessus K

Or si le malade ne peut estre guari par tous les susdits remèdes , et qu'il eust pareillement en autres endroits de son corps vlceres crousteuses, semblables à celles qui sont à la teste , ie conseille que l'on luy frotte la teste d'vn Uniment fait d'axonge et vif-argent , auec vn pou de souphre : puis que luy soit appliqué sus la teste l'emplastre de de Vigo cum mercurio, en façon de bonnet : semblablement sur les espaules , cuisses et ïambes : et que Ton le tienne en vne cbambre chaudement, estant traité comme ceux quiont la grosse verollc:

car par ce moyen plusieurs en ont esté guaris. Et celuy qui Ta premièrement expérimenté de ma connoissance, ce fut maistre Simon le Blanc, chirurgien ordinaire du roy , homme grandement expérimenté en la chirurgie , qui appliqua l'emplastre de de Vigo cwn mercurio sus vn ieune homme qui auoit la teigne, ayant auparauant essayé tous moyens de le guarir : ce qu'il ne peut obtenir, sinon par les susdits emplastres , le traitant comme s'il eust ou la verolle : et fut parfaitement guari.

Le teigne est horrible à voir, et jette souuent vne sanie fort puante ,

• Ce paragraphe, de même que la formule qui précède, manque dans la première édition, cl a élé ajouté à la deuxième.

OPERATIONS DE CHIRVRGIE. 4^9

et cadauereuse : la récente est diffl-

ciie à curer, et la vieille encores plus fascheuse : et lors que l'on estime le malade estre guari, quelque temps après renient et repullule, à cause de la mauuaise impression de l'humeur qui aura rendu la partie intemperée.

La teigne est contagieuse, et souuent vient de cause héréditaire : aussi pour vser de viandes qui corrompent le sang. Ladite teigne est fort difficile à curer , à raison que le cuir de la teste est fort espaiset serré : parlant l'humeur difficile destre desraciné delài.

Elle délaisse souuent, après estre curée, vne depilation, et reproche au chirurgien: et partant ont lalsy^é la cure aux empiriques, et aux femmes 2.

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