‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 268 sur 511 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DE LA MIGP.AIXE^.

Migraine , est proprement quand la douleur ne lient que la moitié de

1 Ces mois, combien qu'il semblcroil meilleur faire l'incision des ancres qui sont aux temples, ont été ajoutés en 1579. Dalecliamps dit : En ce mal, l'incision des artères derrière les oreilles est profitable si l'cspril vaporeux monte par les externes : mais non s'il est enuoyé par les internes.

Il convient cependant d'ajouter que Paré cite en note Paul. yEgin., liu. 6, chap. 4, et liH.Z,cliap. 12; et cette citation témoigne qu'il avait consulté quelque autre auleur que Dalecliamps.

la teste , dextre ou senestre. Aussi la douleur quelquesfois ne monte point plus haut que les muscles temporaux , aussi quelquesfois monte iusques au sommet de la teste.

La cause de cesle douleur peut ^'■enir des veines ou artères , tant internes qu'externes, ou des méninges, ou mesme de la substance du cerueau , ou seulement du pericrane , ou cuir musculeux qui couure le crâne.

Aussi peut venir de certaines vapeurs putrides qui montent de l'estomacb , ou de la matrice , ou de quelque viscère à la teste.

La cause est interne , ou externe.

L'externe , comme chaud , froid , ou trop boire et manger viandes chaudes et vaporeuses, ou quelque vapeur et exhalation , comme celle d'antimoine , vif-argent , ou autre : ce qui est cause que les orféures et doreurs en sont souuent espris. L'interne, comme intemperature simple ou composée , auec inflammation et tension.

La pesanteur de teste monstre l'abondance d'humeur : et quand la douleur est poignante , pulsatile , et tensiue , les humeurs et vapeurs ensemble en sont cause. Si la douleur est faite par l'abondance d'vne vapeur subtile auec pulsation , cela vient à cause de l'inflammation des membranes du cerueau. La fiéure y suruient à cause de la grande inflammation , principalement quand l'humeur qui cause la douleur se putréfie. Quand la douleur est superficielle, la cause d'icelle est au pericrane : et quand elle est profonde , et que le malade sent la douleur iusqu'à la

- Comme le précédent, ce chapitre est emprunté en grande partie aux annolalions de Dalecliamps sur Taul d'Égine, Cinrurgic française, édit. citée, p. 2i.

OPERATIONS DE CHIRVRGIE.

racine des yeux , cela monstre la cause estre aux membranes du cerueau , et souuent est si cruelle , que le malade ne peut endurer que l'on luy touche à la teste. Or ces douleurs sont quelquesfols continues , quelquesfois ont des paroxysmes qui viennent sans ordre : et souuent tourmentent tant le malade, qu'il ne peut souffrir qu'on face bruit en sa chambre, ny parler haut: et ne peut voir la clairté , ny sentir aucune chose odorante, ne faire mouuement de son corps , et estime que l'on luy rompe et brise la teste auec vn maillet , et ne peut boire vin.

Lors que la cause est d'vn sang boiiillant , subtil et vaporeux , et que tous les autres remèdes n'auront serui, l'incision des artères es temples est vn très grand remède , soit que la cause vienne des vaisseaux intérieurs ou extérieurs : à cause qu'il se fait iousiours euacuation de sang et esprits , lesquels doiuent estre euacués selon la force du malade K

Christofle Landré dit auoir guari vne infinité de gens de la migraine , appliquant vn cataplasme fait de fiente de palombes ou pigeons, broyée auec huile de noyaux de pesche ~.

Or ne sera icy hors de propos reciter ceste histoire de monseigneur le prince de la Roche-sur-Yon, lequel cstoit extrêmement tourmenté d'vne douleur de teste, tant de iour que de nuit, auec peu d'intermission : et pour le guarir appella messieurs Chapelain , premier médecin du roy, et Castelan , aussi médecin dudit sei-

' Acce, Albucrasis. — Paul. lin. 6. chap.4. — A. P. — Ces citations sont empruntées de Daleciiamps.

2 Ce paragraphe date de la seconde édition ; j'ignore qui était ce Landré, que Paré appelait d'abord l'André en 1579.

gneur, et premier de la royne mère , et monsieur Duret, lecteur et médecin ordinaire du roy , homme fort sçauant et beaucoup estimé entre les gens doctes : lesquels luy ordonnèrent plusieurs remèdes , tant par dedans que par dehors , semblablement saignées , ventouses , bains , frictions , diète : bref tout ce qui se pouuoit excogiter : tous lesquels remèdes ne luy peurent iamais appaiser la douleur.

Adonc m*(înuoya quérir, pour entendre de moy si i'auois aucun moyen à luy seder la douleur : où promptement luy conseille se faire ouurir l'artère du temple , du costé où il sentoit sa plus grande douleur : et luy dis que i'auois grande conieclure que la cause de sa douleur esloit contenue aux artères, et non aux veines, et qu'auois fait souuent telle ouuerture , dont les malades cstoient guaris , et que les anciens le conseilloienl', mesme que ie me I'auois fait ouurir pour semblable douleur, et que depuis n'auois senti aucun mal 2, Subit

1 Gai. 13. Met.ch. dernier. — A. P.

2 Je n'ai pu découvrir à quelle époque ni par qui Ambroise Paré s'était fait faire l'arlériotomic; seulement la mention de Chapelain et de Castelan atteste que ce fut avant 1609. (Voyez mon Introduction, p. cr.Lxxm). Je lis dans la Jiibliothique chimrpiccile de Haller, que Félix Wurtz avait été aussi attaqué d'une migraine, pour laquelle, d'après le conseil de Conrad Gesner, il se fit pratiquer l'artériotomie par Jean Waser, et avec le même succès que Paré. Gesner étant mort en 1565, probablement la guérison de Wurtz est antérieure à celle de Paré. Celui-ci ne pouvait cependant la connaître, car la chirurgie de Wurtz ne comprenait d'abord que les quatre premiers livres; et la traduction française, publiée fort avant dans le xyu"" siècle, n'en contient pas davantage. Or cette histoire d'artériotomie se trouve dans le cinquième livre qui n'a point été traduit, et

enuoya quérir los susdits médecins , lesquels furent de mon aduis : et en leur présence fois ouuerlure de l'artère, choisissant la plus apparente à la temple et qui auoil plus grand battement, auec vue simple incision , comme pour faire vue phlebolomic :

et fust tiré du sanj^ deux palettes et plus ', lequel sortoit par vne grande impétuosité de ladite artère, sautelant loing à raison du diastole et systole d'icelle : et proteste que par le moyen de ceste ouuerlure il perdit incontinent sa douleur sans plus luy retourner : dont ledit seigneur me feil un honorable présent.

Aucuns ont suspecte ceste incision des artères , pource qu'il est difficile d'arresler le flux de sang : et que ce faisant, la cicatrice autour de Tartere cause aneurisme, maladie fascheuse et dangereuse , et que l'artère estant en perpétuel mouuement ne se peut aisément consolider : et pour c(; conseillent de couper premièrement le cuir, puis l'escorcher et séparer, et la lier des deux costés, puis la couper, comme auons dit la varice. Mais ie te puis asseurer l'apertron auec la lan-

c'est pourquoi je suis obligé de le citer seulement d'après Haller. Au reste, l'idée primitive de celle médication, comme Paré le remarque, remonte au moins à Gaiien.

Comment d'ailleurs agit en pareil cas l'artériotomie-'cela est difiicileà dire; peut-être la cure tenait -elle à la section d'un des filets nerveux qui longent larlére. Quoi qu'il en soit, les deux succès obtenus surWurtz et surParé, auxquels s'ajoute encore la guérison du prince de La PiOche-sur-Yon , sont bien faits pour éveiller l'attention des praticiens.

' Jusqu'en 1579, Paré avait écrit dcax pui- Ictiis, il adopta le mot pulciics en 1586.

LE OVINZIKMK LIVRE

cette , comme on fait la saignée , n'estre dangereuse, comme i'ay expérimenté souuentesfois, et que la consolidation se fait aussi bien que de la veine , non si tost toutesfois, et qu'il ne suruient aucun flux de sang :

pourueu que la ligature soit bien faite , et qu'elle demeure trois ou quatre iours, en y mettant vne conuenable compresse '.

• Il faut remarquer que ces mêmes objections, qu'A. Paré avait si bien résolues, ont été encore reproduites de nos jours dans une discussion soulevée à l'Académie de médecine, à l'occasion d'un mémoire de M. Magistel; et que, là aussi, des faits nombreux ont été allégués pour en démontrer le peu de fondement. L'histoire de l'art, convenablement étudiée, réduirait à rien bien des discussions, et empêcherait bien des redite?.

Du reste, le procédé fort simple que Paré décrit ici parait lui appartenir, et nous le lui verrons défendre, dans sa grande apologie, contre le procédé des anciens, décrit par Paul d'Egine, admis par Gourmelcn, et qui élait généralement adopté au xvi'^ siècle. Voici ce qu'on lit dans Dalechamps, p. is.

« Or, si les aritres sont petites et prochaines de la peau, il sera bon en trancher et osier vne grande partie, comme on fait aux varices, et comme, de nostre temps, vn médecin oculaire de réputation a tranché vne bonne partie des artères temporales. . Si l'artère est grande et but fort, le plus seur est la lier dessus et tlessouz, puis inciser ce qui est au milieu des deux (ils, lesquels doiuent estre de quelque matière peu suietie à putréfaction, comme desoye, de lin, de cordes de lin, à fin qu'ils ne tombent point auanl que Cincision soit remplie de chair qui bouche et ferme, comme vne eslouppon, l'orifice du vaisseau incisé. Cela fait, sans danger o)i peut laisser tomber les fils.

Je ne sais quel est ce médecin oculaire dont Dalechamps fait ici mention.

CHyVPITRE V.

DES MALADIES OV INDISPOSITIONS QVI ADVIjiNNENT AVX YEVX'.

Ces iours passés estant en consultation auec monsieur Cappe! , docteur régent en la Faculté de Médecine à Paris, bomme très docte et de grande recherche , pour vn quidam qui auoit vne grande inflammation aux yeux , dont ne voyoit rien : deuisant auec luy, ie luy dis que i'auois très grand

* J'ai quelques remarques assez importantes à faire à l'occasion de ce chapitre. D'abord, bien que le titre existe dans toutes les tentions d'A. Paré, il ne fortuail pas un chapitre spécial, et restait en quelque sorte confondu avec celui de la migraine. J en ai fait le chapitre 5 de ce livre, qui, par conséquent, en comptera à la table un de plus que dans les autres éditions.

Mais son étendue a singulièrement varié dans les éditions originales. D'abord, dans celles de 1675 et 1579, il était fort court, et contenait seulement ce qui suit :

De plusieurs indispositions et muludies qui aduiennenl aux yeux.

« Quelquefois les maladies des yeux sont vniuersellement en toute la substance de l'œil, comme aposteme nommée ophlhalmie, et mouuemcnt perdu ou depraué. Aucunes sont seulement particulières de ses parties, comme vice à l'humeur crystallin, ou au nerf optique, ou aux palpcbres,'ou aux tuniques. Cccy est prouué par Galien au 4, des maladies et accidents , disant qu'aux yeux il y a triple différence d'accident : l'vne est au premier organe, comme à l'humeur crystallin = l'autre au défaut de la

désir de trouucr quelque docte médecin en la langue grecque, pour faire vn recueil de toules les maladies des yeux, et en bailler Tinterpretation en langue francoise, à fin que les ieunes chirurgiens les peussent discerner et connoistre les vnes des autres , pour pouuoir plus facilement paruenir à la curation : alors me dit qu'il ]>i feroit volontiers pour l'amour de inoy et du public. Ce que depuis a fait , en ayant recueilli la plus grand pari, lesquelles par après, pourplus grande facilité , i'ay rédigées en ceste table.

vertu animale visuelle, qui descend par le nerf optique : la tierce est es parties coadiuuantes, comme sont toutes ses autres parties, comme playes, apostemes, vlceres, con tusions et autres. Les autres sont propres, comme larmes, cataractes, glaucoma, et autres que dirons cy après. »

bans la quatrième édition, le litre avait été modifié comme on le lit aujourd'hui; le texte précédent remplacé par le premier paragraphe du texte actuel; et la table annoncée manquait absolument. Celte lacune restait accusée par un espace blanc de quelques lignes avec ces deux signes au milieu :

Il semble que Paré n'avait voulu donner sa table que pour la faire suivre de l'histoire de toutes les maladies qu'elle comprenait, et que, devancé par l'impression de son livre, comme il le dira lui-même au chapitre suivant, il renonça à la publier toute seule. Quoi qu'il en soit, et qu'elle ait été rétablie dans cet endroit par lui-même ou par ses éditeurs posthumes, elle ne parut que dans la cinquième édition, c'est-à-dire

LE QVINZIEME LIVRE,

METIIODIQVE DIVISION ET DENOMBREMENT DES MALADIES QVI SVRVlENrsENT AYX YEVX.

Les maladies ou affections des yeux, comme escrit Galien, chapitre 15 de l'Introduction^ sont en nombre de 113, desquelles aucunes occupent

Exophlhalmia Atrophia

Ecpiesmos

Slyabis)nm

Caiopsi.s et Myopiasis

Hyperopsia Anopsia Parorasis

AmbUjopia

Epiphora Jlcxis

Synchysis Pmalysis

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