‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 282 sur 511 · DES FISTVLES LACRYMALES , APPELÉES · texte numérisé non relu

DES FISTVLES LACRYMALES , APPELÉES

DES GV.Ècs Jî^gylops^.

Au grand coin de l'Oeil il y a vne glande faite de Nature, pour receuoir et contenir vne humidité pour lubrifier et humecter Fœil , à fin qu'il ne fust par ses mouuemens desseiché:

ce que nous auons assez demonstré cy dessus en l'Anatomie de cesle parlie. Or cesteglandepar fluxions phlegmoneuses on par matière catarreuse et pituiteuse tombant du cerneau , s'aposteme et vlcere , et quelquefois se dégénère en fistule, et par quelque temps se fait carie en l'os.

Aucunes desdites fistules sont ouuertespar dehors, principalement la phlegmoneuse : les autres par dedans, qui se fait de matière catarreuse , de sorte qu'il n'appert aucune ouuerture par dehors , fors vne tumeur de grosseur d' vu pois: et lors qu'on presse dessus , on fait sortir vne sanie séreuse et rousse, autresfois blanche et visqueuse par le coin tle l'œil , ou par dedans le nez : aucuns ietlent ladite sanie continuellement : les au très sont vn mois ou plus sans rien ietter , qui est le propre d'aucunes fistules.

Les vieilles fistules lacrymales sont cause de rendre l'œil atrophié , et puante haleine , et quelquesfois de faire perdre du tout l'action de l'œil: parquoy est besoiu que le patient appelle conseil tant du Médecin que du

1 Ce chapitre se trouve à la suite du précédent dans le traité Z)ev pluyes de la leste, fol. 242. Du reste , il ne contient pour ainsi dire rien de propre à l'auteur, hors peutêtre la plaque pour préserver l'œil de l'action du cautère.

Chirurgien , pour obuier à tels accidens.

Pour la curaiioti , il faut que les choses vniuerselles précèdent lespartiCulieres. Donc si l'vicere n'est assez ample, sera appliqué dedans tentes d'esponge : et pour corriger et consumer la chair superflue de ladite glande, on appliquera dextrementau profond , medicamens catlieretiqties, comme poudre de vitriol calciné , ou de mercure , eau forte , huile de vitriol* , ou vn petit cautère potentiel.

Et si tels remèdes ne profitent , et qu'il y eust carie en l'os, et que le patient voulust endurer, on doit vser de cautère actuel, lequel ie loué plus que le potentiel, pource que son opération est plus piompte et seure : ei puis bien asseurer qu'à plus eurs l'ay appliqué auec heureuse issue. En tel cas aucuns praticiens veulent que ledit cautère soit d'argent, les autres d'or, pource, disent-ils, que tels métaux sont plus exceliens que le fer :

mais quant à moy, ie n'y trouue aucune raison : parce que c'est tousiours le feu qui opère, et non la matière des cautères. Que s'il est question d'eslre si cérémonieux pour le choix desdils métaux : ie trouue par raison le fer plus propre à telle opération qu'aucun autre , de tant qu'il est plus astringent et dessiccatif que ny l'or ny l'argent, pource qu'il est plus terrestre, comme l'effet le monstre es eaux qui pas ent par les mines de fer 2.

La figure du cautère doit eslre do figure triangulaire, et vn peu aigu en

* Huile de viiriol est siccaliue , et fort astringenie. — A. P. — Cette note vient de l'édition de 156Î, et a été conservée dans les éditions coinjjlètes.

2 La dernière phrase de ce paragraphe y a clé ajoutée en 1579.

432 LE QVINZIÉME LIVRE,

son extrémité,;! (in que plus promptement il face son eff«;t. Et alors qu'on l'appliquera, on doit bander l'œil sain, de peur que le malade ne voyele feu : elluy sera teiui la leste ferme, de peur qu'il ne la tourne de coslé ny d'autre. Et sur l'œil fistule, sera appliqué vne pièce de fer , laquelle se cambre selon la cauité du grand cantbus de Fœil', en laquelle il y aura un trou qui sera posé à l'endroit de la fistule , par lequel on appliquera le cautère :

ce faisant on ne touchera nulle autre partie que l'endroit qu'on veut cautériser. El d'abondant , sert pareillement de clorre entièrement Tœil , de peur que le patient n'appercoiue ledit cautère: la figure duquel est telle auec la pièce de fer.

* Ces mots, laquelle se cambre, etc., manquent dans l'édition de 15GI ; toutefois la figure de la plaque est toujours restée la même.

D'auantage le Chirurgien aussiaura esgard que lors qu'il appliquera le cautère, ou fera quelque autre grande œuure de Chirurgie, comme couper vn bras ou autre partie du corps, ou faire quelque ouuerturc , et généralement toute opération cruelle , iamais ne doit , s'il est possible, permettre y assister aucuns des parens et amis du malade , fors seulement les seruiteurs, ou ceux qui puissent bien ratiociner et entendre que telles actes se font selon Part , à fin de luy donner aide et secours pour la guarison de sa maladie. Car ceux qui portent folle amitié au patient, et qui peu ratiocinent , tant s'en faut qu'ils donnent louange à ton œuure, qu'au contraire la vitupéreront , et l'appeleront non Chirurgien , mais bourreau : pource que la science n'est iamais contemnée si ce n'est par gens ignares, empiriques , et sans raison.

Or après auoir deuëment appliqué ledit cautère , mettras dans l'ouuerture et sur l'œil et parties voisines , blancs d'œufs agités eu eau rose , plantain et morelle: et sera le patient posé au lit ou en vne chaire la teste vnpeu haute, et sera renouuellé ledit remède subit qu'il commencera à se desseicher. Puis sera procuré la cheute de l'escarre, auec vn peu de beurre frais : laquelle estant tombée, sera l'vlcere mondiliée, puis incarnée, et cicatrisée selon l'art. Et où l'os sera trouué estre carié, seront appliqués remèdes propres aux caries des os, lesquels déclarerons cy après'.

1 Après le chapitre qu'on vient de lire , l'édition de 1561 contenait un passage qui ne se retrouve pas dans les éditions complètes; le voici :

« Et pour dire en somme des dispositions de l'œil , il s'y fait inflammations, fluxions,

OPERATIONS DE CHIRVRGIE.

Page 1