‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 302 sur 511 · DV PROGNOSTIC DES PIERRES · texte numérisé non relu

DV PROGNOSTIC DES PIERRES

La pierre estant sortie hors de Tvii des reins, et arrestée dans son vre-

la proprictc^ de l'excellent et très brave capitaine Antoine Rincon, chambellan et conseiller du roi très chrétien , seigneur de Germola et Petralata, etc.» /^ocon7a/o,p.904. Il donne à la page 9(i(; la formule de celte précieuse poudre, composée de semence et de racines de persil et de fleurs de chardon étoile séchées au four, pulvérisées, et données à la dose d'un à deux scrupules.

Quant à la pierre de la vessie , A. Paré a omis le précepte, reproduit par Franco d'après bien d'autres, d'introduire le doigt dans le rectum. Du reste, il est juste de reconnaître que la symplomatologie de Franco, à peu prés copiée par A. Paré, est bien plus riche et plus complète que celle de tous les écrivains antérieurs.

• Franco parie peu du prognostic; et presque tout ce chapitre me parait appartenir à Paré. On y trouvera cependant l'étiologio de Marianus Sanctus sur les pierres causées par le chaud et par le Troid ; et quelques idées de Franco, notamment sur la formation des pierres dans les reins chez les vieillards , et chez les enfants dans la vessie.

tere, en sorte qu'elle le bouchant du tout, ce neantmoins le patient ne laissera à vriner : parce que la nature ayant fait notre corps double, IM ineregurgitera, et sera vacuéepar l'autre vretere. Et si tel accident aduient aux deux , l'vrine sera du tout supprimée, qui sera cause de la mort du patient, et en mourant fera semblables aspirations que ceux qui .se noyent en vue grande eau , à raison que l'vrine regorge dedans la grande veine caue , et par conséquent es autres , et meurent : ponrce que la chaleur naturelle est sufToquée et esteinte par la trop grande multitude d'vrine : et aussi aucuns la vomissent , ce que l'atteste auoir vcu souuentes fois'.

Ceux à qui nature i(;lte quelque petite pierre des reins, et s'arreste aux vaisseaux vreteres , aucunes f-int vne extrême douleur, iusques à ce qu'elles soyent descendues dans la vessie , et ont plusieurs accidcns , comme esprcintes , et volonté d'aller à la selle et vriner , et ne peuuent , pource qu'ils sont le plus souuent

' Celte dernière phrase: Ja aussi aitnins lu lomhsciii, etc., esl une addition de JjSj.

OPERATIONS DE CHIRVIIGIE.

consHpi^s (le ventosHés : qiril soit vray, ils routent quasi continuellement. Et si le patient esternue, ou qu'il tousse, ou qu'il fasse quelque grande commotion de corps , il sent vue douleur poig-nante ( principalement si elle est cornue, et si elle a des aspérités) à l'endroit où est la pierre arrestée. Semblablement la douleur est communiquée à la hanche et à la cuisse , et à d'aucuns leur semble qu'on leur tire en haut les testicules par vue grande violence.

D'auantage sont vexés de la colique, auec vomissemens bilieux et sueurs vniuerselles.

La pierre s'engendre le plus souucnt aux vieux es reins , qu'elle ne fait es ieunes , à raison que leur faculté expultrice est plus débile. Au contraire, elle s'engendre en la vessie des ieunes plus souuent qu'aux vieux , d'autant plus que leur chaleur naturelle est plus forte, et par conséquent leur faculté expultrice est plus vigoureuse , et aussi pource qu'ils sont plus excessifs à la crapule, comme auons ditcy deuant.

Et quand elle est en la vessie , et que le patient iette du sang auec l'vrine, c'est signe que la pierre n'est grosse ny vnie : mais au contraire, est petite et cornue , ou espineuse , c'est à dire auec aspérités : car d'autant plus qu'elle est petite, plus facilement entre dedans le col et orifice de la vessie , et par ce moyen a plus de peine à en estre reculée et à r'entrer dedans sans violence , pource qu'elle esgraligne et vlcerc les parties où telles aspérités touchent , qui est cause de ietter lesangparla verge.

Aussi quand Tyrine est blanche et laiteuse , c'est signe que la pierre est vnie : pareillement le patient ne sent

telle douleur, que lorsqu'elle a des aspérités.

Et si la pierre estant aux reins est espineuse, il sentira douleur piquant(; comme d'aiguillons, ne se pouuant plier ny remuer qu'auec peine : s'il trauaille , il iette vne vrine sanguinolente, voire quelquesfois le sang tout pur , à cause de la violence qu'elle fait contre les parois des colaloires où elle a esté procréée.

Or les pierres qui naissent aux reins seront grosses et petites , et de diuerscs formes et flgures , à raison des interceptions ou petits ventricules qui sont au profond des cauitésdes colatoires. Véritablement l'en ay trouué en aucuns estans décèdes , de grandes comme le doigt , et de figure d'vn léurier , autresfois d'vn porc , autresfoisrondes et vnies, autresfois quarrées, et auec plusieurs aspérités, comme pomme de pin : autresfois vne seule , autresfois plusieurs, et de diuerses couleurs, comme noires , iaunastrcs , blancheastres, rougeastres, cendrées , et autres de diuerses formes et couleurs , selon la température des patiens.

Des cholériques et maigres , les pierres sont communément faites par chaleur et siccité estrange : et des phlegmatiqueset gras, par froideur et congélation , et par obstruction des conduits.

* La pierre qui est en la vessie est quelquesfois errante , autresfois attachée en haut , ou en bas , ou au fond. Si elle est attachée au fond, le patient, pour pisser à son aise , se couche sur les reins : et si elle est en haut , il se

* Ce paragraphe se lit pour la première fois dans l'édilion de 158à.

JO

courbe pour viiner : si elle en est bas, il se lienldeboiit : et si elle esterranle, qui est lors qu'elle est petile , il se met en diuerses figures.

Quelqueslois la pierre tombe du fond de la vessie au conduit de rvriue, et du tout le bouche, dont adulent entière suppression d'vrinc. Alors il faut situer le patient sur le dos, et esleuer les iambes en l'air , l'agitant et secoiiant comme si on vouloit ensacher quelque chose dans vn sac , à fin de la repousser hors du conduit de l'vrine : et semblablement se peut repousser auec vue sonde.

Ceux qui ont la pierre es reins ou en la vessie, sont presque en continuelle douleur : touteslois à d'aucuns leur douleur vient par paroxysmes , et seront quelquesfois vn mois ou deux , plus ou moins, voire vn an entier, sans sentir de douleur ' , qui est lors que les pierres sont licées et polies : mais si elles sont raboteuses auec aspérité, causent de très grandes douleurs, principalement après auoir pissé : à cause que le corps de la vessie se comprime et resserre contre la pierre pour ietler l'vrine : et la pierre qui luy est contre nature , la vertu expulsiue s'efforce autant qu'elle peut la vouloir ietter hors.

Or ces panures lapidaires, pour Tex- Ireme douleur qulls endurent , désirent plus mourir que viure, qui fait qu'ils s'exposent entre les mains du tailleur : mais le plus souuent c'est trop lard. Car iamais ils ne s'y mettent , si ce n'est lors que leurs vertus sont prosternées et abbatues, et la vessie escorchée et vlcerée , qui est cause qu'ils meurent. Parlant n'en faut donner aucun blasme au chirureieu.

LE QVINZIEAIE LIVRE ,

Ceux qui ont pierres aux reins , le plus souuent font les vrines claires, et quelquesfois laiteuses et sanieuses auec du poil *.

Les femmes ne sont si suietles d'engendrer pierres comme les hommes, à cause qu'elles ont le col de la 'vessie plus court et plus large , laxe et ample : parquoy lorsqu'il y a commencement de pierre, elle sort deuant qu'elle soit fort grosse : neantmoins à aucunes se forment et grossissent aulanl qu'aux hommes, dont l<;s (;onuient inciser , et leur aider par semblables remèdes qu'on fait aux hommes.

Lorsque la pierre excède la grosseur d'vn œuf es hommes, le plus souuent en la tirant on dilacere le corps de la vessie. Et si telle chose est faite, l'vrine fluera inuolontairement à iamais, à cause que la vessie est nerueuse et exsangue : parquoy ne se peut consolider ny réunir , et d'auantage le plus souuent y suruieut inflanmiation et gangrené , et par conséquent la mort.

Les pierres médiocrement grosses se tirent plus seurement, et le malade en eschappe plustosl que si elles estoient petites , à raison que le malade est accoustumé de longue mahi à patience, en tolérant ordinairement inflammation, douleur, et autres accidens ; ce qui n'est de niesme aux autres.

Si la pierre adhère fort contre la vessie, et est couuerle dvne membrane, la voulant tirer on dilacere ladite vessie, et par tel moyen s'ensuit conuulsion , gangrené , et par conséquent la mort. Tu dois icy noler, que la pierre estant ainsi couuerte

1 Le paragraplic s'anclc ici dans les premières éditions, le reste a élo ajouté en lôîji.

» Ces mots, et quelquesfois laicieusei , etc., sont encore une addition de 1585.

OPERATIONS DE CHIRVRGIE.

d'vne membrane, mal -aisément se peut trouuer par la sonde.

En outre, si Ja pierre esl de figure longue , et que l'on la prenne en trauers, on dilacerera et rompra-on la vessie , dont s'ensuiuront les accidens prédits.

Si le chirurgien par cas fortuit pince le corps de la vessie avec ses inslrumens, et qu'il la dilacere et sépare des parties où elle estiointe, s'ensuiura conuulsion et autres accidens prédits. Or parce qu'elle sera séparée des parties où elle adhère, se fera grande inflammation , à cause du sang qui coulera entre icelles parties, lequel se pulreQera suiuant l'aphorisme d'Hippocrales , qui dit : Si in ventrim sanguif( prœternaturamcffundilur , nccessariô putrescit. Parquoy s'ensuiura aussi gangrené, morlification , et consequemment la mort.

Apres auoir ainsi escritles causes des pierres qui sont trouuées au corps, la manière comme elles sont procréées, les signes des lieux où elles sont, les symptômes et accidens, et le prognoslic : à présent faut escrire la cuiation, à sçauoir. preseruatiue et curatiue , et comme il faut diuersiûer les remèdes et instrumens selon les corps et parties où elles sont trouuées.

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