‹ OEuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 342 sur 511 · DES CAVSES DE LA VEROLLE · texte numérisé non relu

DES CAVSES DE LA VEROLLE

Il y a deux causes de la verolle. La première vient par vne qualité spécifique et occulte, laquelle n'est suiette à aucune démonstration : on la peut toutesfois attribuer à l'ire de Dieu, lequel a permis que ccste ma-

ladie lombast sus le genre humain, pour refréner leur lasciueté et desbordée concupiscence. La seconde est pour auoir eu compagnie d'homme ou de femme ayant ladite maladie, laquelle se prend à cause que l'homme aura à la verge quelques vipères de verolle ou chaude-pisse, ou la femme à sa matrice : ou qu'elle a\ira \ne chaude-pisse (qu'elles appellent fleurs blanches) ou de la semence recentement receué de quelque verolle : et par le contact de la verge, la mucosité et sanie virulente retenue aux rugosités du col de la matrice, s'imprime aux porosités de la verge, causant vlceres malins ou chaudepisse. Puis le virus pullulera et cheminera par les veines, artères et nerfs aux parties nobles : ainsi que l'on voit le feu espris à vne corde d'harquebuse : et le foye se ressentant de lelvice, souuent par sa Hicullé expul- Irice chas.se ledit virus aux aines, et fait aposlemes appellées6«to/is (vulgairement pouliiins) lesquels s'ils ne iettent leur gourme et retournent au dedans par délitescence, ce venin infecte la masse du sang, dont s'ensuit la verolle.

Toutesfois elle peut aduenirparautre cause, coimne par la réception de l'haleine infectée d'vn verolle ou ^ erollce,baisantplusieursfoisvn enfant:

ce qui n'est hors de raison. Car par la réception des vapeurs corrompues, le \ irussepeut imprimer au corps de l'enfant, attendu sa délicatesse el rarilé puérile. Pareillement pour auoir extrait et receu vn enfant d'vne femme verollée,lesmatrones en peuuent estre entachées, d'autant que par les porosités de leurs mains le virus se com munique aux veuies et artères, et d'icelles par tout le corps: comme monsieur le Coq, docteur médecin à Paris.

DE LA GROSSE VEROLLE

fesmoigne auoir ven au traité qu'il a fait, Deligno sanclo non pirmiscmdo K Aussi par experi<*nce on voit que gens de toutes complexions, sexes, soient enlans, adolescens, hommes en aages consistans, solides, et robustes, couchansauec autresinfeclés de ceste maladie, sans aucune compagnie charnelle, s'en trouuenl atteints et espris. Il ne faut pas en attendre moins de ceiuy qui couchera au lit d'vn verollé, si la sueur ou sanie sortant de quoique viceie infecte les draps et couuerture, estans imbus de ce venin .- à cause que nos veines et artères attirent l'air, mettant en nos corps la qualité maligne des excremens imprimés aux linceuls. Autant en sera-il de manger et boire aux vaisseaux où ils auront beu et

' Cette citation se lit pour la première fois dans l'édition posthume de 159S. Antoine Lecoq, médecin de la faciillé de Paris, était mort en 1560, et le livre cité ici avait paru en 1540. C'est ce Lecoq qui, ayant été consulté pour François l", répondit, si l'on en croit Guy Patin : C'est un vilain qui a gagné la vérole; froitetar comme un autre, et comme le dernier de son royaume, puisqu'il s'est gâté de la même manière. — Du reste, Paré a emprunté cette citation à Ttiierry, et voici comment celui-ci s'exprime :

« Maistre Anthoine Lecocj , docteur rcgent en la faculté de médecine, homme docte et d'aulhorité, aflirme au liure qu'il a faicl, Deli/jiio.sancto non pcrniiscciido, qu'il a cogueu sage lemme, laquelle en receuant l'enfant à vne femme valrollée, gaigna ladicte vairoile (l'enfant sain et non affecté d'icelle), qui n'csluit que parla réception de l'air et vapeur vénéneuse, receue assez promptemenl et plus losl paries porositez des mains et bras, qui plus difficilement peuuent infecter les parties nobles, que par la respiration qui se faiot par la bouche. — Ibid. p. 17.

mange : car de leur bouche ils y laissent vne saliue sanieuse, contenue entre leurs dénis, laquelle est vénéneuse en son espèce , ainsi qu'aux lépreux, ou que labaue d'vn chien enragé en la sienne. Semblablement les enfans aliaitans nourrices verollées en sont infectés : attendu que le lait n'est que le sang blancbi, lequel estant infecté du virus, et l'enfant en estant nourri, en prend les mesmes qualités : d'aulant que nous retenons de la nature dequoy nous sommes nourris. Souuent aussi l'enfant ayant la verolle, la donne h sa mère nourrice : car par la grande chaleur et vlcere qu'il a en sa bouche, et par les vapeu rs qui s'esleuen t de son corps, il imprime au mammelon, qui est poreux, laxe et rare, le virus qui subit se communique par tout le corps, qui premièrement et le plus souuent se monstre au mammelon».

En cest endroit ie veux bien reciter ceste histoire. Vne honneste et riche femme pria son mary qu'il luy permist d'estre nourrice d'vn sien enfant : ce que luy accorda, pourueu qu'elle print vne aulre nourrice pour la soulagera nourrir l'enfant. Icelle nourrice auoit la verolle, et la bailla à l'enfant, et l'enfant à la mère, et la mère au mary, el le mary à deux autres pelilsenfants qu'il faisoitordinai rement boire et manger, et souuent coucher auecques luy, non ayant connoissance qu'il fust entaché de ceste maladie. Or la mère considérant que le petit enfant ne profitoit aucunement,et qu'il estoil en cry perpétuel, m'enuoya quérir pour connoistre sa maladie, qui ne fut difficile à iuger :

■ Ces mots .- qui premicrcmevt, et le plux ■souuent, se monstre au mammelon, sont une addition de 15S5.

lE SEIZIEME LfVnE

d'autant quil nstoit tout couuerl de boutons cl pusluU'fi, et que les telins de la nourrice esloienl tous vicerés :

pareillement ceux de la mère, ayant sus son corps plusieurs boulons : («t sem[jlal)lement le père et les deux petits enfans, dont l'vn estoil aagéde trois, et l'autre de quatre ans. hors declaray au père et mère qu'ils cstoienl tous erUacliés delà verolle, ce qui estoit prouenu par la nourrice :

lesquels i'ay traités, et furent tous guaris, reste liî petit enfant qui mourut. El la nourrice eut le fouet sous la cuslode S et l'eust eu par les quarrefours, n'eust esté de crainte de desbonuorer la maison.

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