CHAPITRE XXXI
LA CAVSE POVRQVOY l'OS S' ALTERE ET POVRRIT , ET DES SIGNEES POVR LE CONNOISTRE 2,
La solution de continuité faiU; aux os est nommée au sixième de la Méthode par Galien , Catagma. La ca-
' L'édition de 1575 dit : De l'Os.
■■» Les cinq chapitres qui suivent ont une date bien dilKienle des autres; Paré avait d'abord traité ce sujet en 1552, dans sa 2'édition des Playes d'liacqncùutes, sous ce litre spécial : La manière de iraicler cl ijiierir les os carieux, fol. ;i5; et il coinincn(,ait en ces termes :
« Ai)res toutes ces choses , il m'a semblé nécessaire de non omettre à dire quelque chose de la carie et altération des os. »
Ce travail reparut niodilié et augmenté
rie se fait en eux , pource qu'ils sont froissés , fendus , percés , fracturés, luxés , aposlemés , et descouuerts de leur cliair. Quand donc il y a déperdition de substance de la chair qui les couuroit , ils s'allèrent alors, et le sang et leur propre nourriture se desseichenl par l'air extérieur quileslouche , que les os nuds ne peuuent longuement endurer sans qu'ils s'alterenl. Aussi quand une playe est de longue duiée , la sanie croupissant dessus s'imbibe en leur substance , et les pourrit. Pareillement par l'application des choses onctueuses et oléagineuses , et autres medicamens humides et suppuralifs, à cause qu'ils rendent la playe sordide et maligne :
dans le Traité des playes de la teste, en 1561, et plus tard les Dix Hures de chirurgie, où il formait le livre 6 sous ce titre : De la manière de iraitler les caries des os. Ce livre contenait dixchapitres; le premier, quia été retranché depuis, était ainsi conçu :
Intention de l'aucleur.
« Apres auoir declairé les fractures des os, il nous faut maintenant parler des caries et pourritures, qui le plus souuent leur aduiennent à raison des accidentz susdits : traitté très nécessaire au chirurgien , à fin d'obuier aux perilz qui s'en ensuiuent. Et combien que l'en aye parlé en mon liurc des playes de la teste, si est-ce qu'il me semble que ce ne sera chose hors propos si i'en escris encor en ce présent Mure •• pource que quelcun s en pourra seruir, n'ayant l'autre à son commandement : ainsi le chirurgien ne demeurera sans remède pour la curation des os carieux. »
Le chapitre 2 avait pour titre : Les causes pourquoi l'os s'ultcreclpourrisl; le chapitre 3: Les signes pour cognoislrc l'altération cl carie des os; ils étaient d'ailleurs à peu près copiés sur deux articles portant les mêmes titres de l'édition de 1561, et ils ont été réunis en ib'ii pour constituer celui qu'on va lire.
DE LA GROSSE VEROLLE
puis la chair des parties voisines s'eschauffe et suppure , et la boue defluante sus l'os l'enflamme auec son périoste ' , à cause de quoy il tombe souuent en fiéure. Pour dire en bref, les os peuuent souffrir tous les inconueniens dont la chair est vexée :
partant se peuuent carier etpourrir^.
D'auantage, Galien nous a laissé par escrit que souuentesfois l'inflammation commence aux os 3.
Surce quelques-vns pourront obiecter que les os ne peuuent auoir pulsation, attendu qu'ils n'ont sentiment aucun. Caries anciens ont escrit que le pouls signifie mouuement des arteresauecdouleur.Ce que ie confesse :
mais ie respons aussi , que la membrane qui les couure , et les artères et nerfs qui entrent en leurs cauilés , ont un exquis sentiment : et que quand lesdites artères se meuuent, eslans eschauffées de l'os malade , elles causent douleur en la membrane qui l'eueloppe : tellement que les patiens disent sentir une douleur pulsatiue au profond des os,ce^que l'on connoist manifestement à la douleur des dents ^.
L'altération et pourriture des os est aucunes fois conneuë à l'œil , sçauoir est quand l'os est decouuert : car lors on voit qu'il y a mutation en sa cou- Ces mots : aiiec son périoste, manquent dans toutes les éditions faites du vivant de l'auteur, et ont été ajoutés dans la première édition posthume.
Hip. au liu. Des vlceres et fractures. — ^' P- — Cette citation ne date que de I564.
' Au liu. Des tumenrn contre nature — A.. P.
* Ici unissait le 2e chapitre de l'édition de 1664; il faut ajoutercependant que ces mois, ce que l'on connoisi manifestaucnt à la douleur des dents, ne sont dans aucune des éditions du vivant de l'auteur, et datent seulement de 1598.
leur naturelle , quand au lieu d'estre blanc, il se trouue liuide, iaunastre, ou noir : pareillement on la connoist au toucher de la sonde , quand on y trouue aspérité et inégalité , et en la poussant on entre en sa substance , comme en vn bois pourri : car l'os sain doit estre solide , et non mol.
Neantmoins de ce signe n'en faut faire vue reigle certaine , pource que quelquesfois i'ay veu l'os ayant esté longuement descouuert, deuenir altéré, et tellement dur, que la trépane ou autre instrument ne pouuoitentrerdedansqu'auecques peine.
Aussi ladite altération et pourriture se peut connoistre par la sanie qui sort de l'vlcere , laquelle est plus subtile et claire que celle qui coule d'vne autre vlcere estant en la chair:
mesme est moins visqueuse et plus puante que celle qui sort de la chair, des nerfs, tendons, et des membranes. D'auantage en l'vlcere se trouuera tousiours quelque chair molle baueuse et spongieuse : pareillement l'vlcere sera mal-traitable , et rebelle à clorre et cicatriser : combien toutesfois que par la longue continuation des medicamens desiccatifs astringens , on y induise quelquesfois cicatrice : mais tost après l'vlcere s'ouure et renouuelle, à raison queNature ne peut faire bon fondement ny engendrer une chair loiiable sur l'altération et carie de l'os , car c'est chose contre Nature : et partant elle doit estre ostée le plustost qu'il sera possible 1.
' Voici le texte de l'édition de 1552 qui correspond au chapitre qu'on vient de lire • je répète la phrase par laquelle il commence •■
« Apres toutes ces choses, il m'a semblé nécessaire de non omettre à dire quelque chose de la carie et altération des os : pour